Investissement : les cimentiers signent avec l’Etat pour 5,8 milliards de DH

n Les conventions seront signées mardi 28 juin à  la primature.

C’est mardi 28 juin, à 9 h30, que Holcim Maroc, Lafarge Maroc et Ciment du Maroc, les trois plus importants cimentiers du pays, signeront, au siège de la primature, avec le gouvernement, des conventions d’investissement pour leurs projets d’extension de capacité et/ou de rénovation de leurs infrastructures. Des dossiers qui, finalement, auront mis un an à se concrétiser, entre requêtes et propositions des uns et des autres.
Globalement, les investissements projetés généreront une capacité supplémentaire de production de ciment de 3,8 millions de tonnes à fin 2007, soit une augmentation de 36% par rapport à la capacité installée à fin 2004 (10,6 millions de tonnes).
C’est Holcim Maroc qui devrait investir le plus avec un programme de 2,8 milliards de DH. La filiale du géant suisse n’envisage pas moins que de construire une nouvelle cimenterie pouvant produire annuellement 1,7 million de tonnes de ciment dans la région de Settat. Un investissement qui se justifie largement. Holcim, bien positionnée dans l’Oriental avec des unités à Fès, Nador et Oujda, se voit contrainte de se rapprocher physiquement du marché du grand Casablanca qui absorbe 15% de ses ventes, alors même qu’elle paie un différentiel de transport pouvant aller jusqu’à 15% de son prix de vente, obérant ses marges. Par ailleurs, le cimentier prévoit d’investir 82 MDH dans l’extension et la modernisation de ses installations de broyage à Nador ainsi que 150 MDH pour le remplacement d’équipements de production sur différents sites. Notons également la délocalisation de la centrale à béton de salé-Oulja sur un autre site, en prévision de l’aménagement de la vallée du Bou Regreg et la création de trois nouvelles centrales. Enfin, dans le programme d’investissement, figure aussi la réalisation d’une plateforme de pré-traitement de déchets, en vue de leur valorisation en tant que combustibles alternatifs.
Pour ces projets d’envergure et notamment la nouvelle usine, Holcim devrait bénéficier d’une aide de l’Etat à hauteur de 40 MDH au titre des dépenses d’infrastructures externes qui seront conséquentes. En effet, il faudra lier autant par route que par desserte ferroviaire le lieu de l’usine situé à 25 km de la carrière. D’ailleurs pour cette dernière, l’Etat mettra, gracieusement, à la disposition du cimentier un terrain d’une superficie de 84 ha. De même que l’ONCF réalisera un embranchement entre le site de l’usine et la voir ferrée Casablanca-Marrakech.
Second en termes d’investissement avec un programme de 1,58 milliard de DH, Ciment du Maroc envisage, lui, de construire une nouvelle ligne de cuisson sur son site d’Agadir. Un investissement qui portera la capacité de l’usine à 4,5 millions de tonnes. De même, il est envisagé la modernisation des entités industrielles existantes à Agadir, Safi et Marrakech.
Là encore, l’aide de l’Etat se matérisalisera à travers le foncier. Ainsi, pour l’usine de cuisson d’Agadir, il consent à octroyer à Ciment du Maroc l’autorisation d’occupation temporaire d’une parcelle ainsi que le bail d’une autre relevant de son domaine privé. De même qu’il entend lui céder un terrain de 10 ha mitoyen à son usine.
Enfin, troisième projet, celui de Lafarge Maroc, qui entend investir 1,47 milliard de DH au cours des trois prochaines années. Ils serviront essentiellement à l’extension de l’usine de Bouskoura qui verra ainsi sa capacité passer de 2,1 à 3 millions de tonnes. Dans les projets du cimentier figurent également la mise à niveau des ateliers et le renouvellement des équipements de l’unité de Meknès ainsi que la modernisation de la station de broyage et d’ensachage de Tanger.
Pour conclure, on relèvera qu’en dépit d’une légère contraction des ventes au premier trimestre 2005 (-1,24%) et de la perspective du démantèlement douanier, suite aux accords d’agadir, les cimentiers continuent d’investir lourdement. L’explication est simple : le potentiel du marché est encore important (310 kg par habitant et par an, contre 430 kg pour l’Algérie et 513 kg pour la Tunisie) et les barrières capitalistiques à l’entrée des importations (notamment le coût du fret) sont élevées. Les analystes boursiers prévoient d’ailleurs une hausse annuelle des ventes de 5% d’ici à 2008. Plausible si l’on considère les gros chantiers d’infrastructures en cours et les besoins en logements à venir.

Avec 3,8 millions de tonnes supplémentaires, la capacité de production de ciment augmentera de 36% à fin 2007.

Privilégiés, les textiliens ?

Parmi les entreprises qui ont sollicité l’Etat pour la signature de conventions d’investissement, les textiliens sont sans doute ceux qui ont bénéficié le plus de l’aide étatique. L’exemple des conventions signées avec Legler,Settavex et Fruit of the Loom, illustre bien le souci de l’Etat d’attirer les investissements en amont (filature, tissage) du secteur. Ainsi les trois entreprises qui investiront 2,95 milliards de DH bénéficient, entre autres, d’une réduction de 20% des tarifs d’eau potable et de 30% sur ceux de l’assainissement.
Quant aux avantages classiques, ils sont nombreux. Cession de terrain à prix réduit, contribution du Fonds Hassan II (à hauteur de 10%) au coût d’acquisition des biens d’équipement, au coût de construction des bâtiments (30%) ou encore aux frais de formation professionnelle. Encore mieux, dans le cas de Fruit of the Loom (FTL), l’Etat s’est engagé à livrer un terrain de 33 ha, nivelé, et a réaliser une voie d’accès (éclairée SVP) au site. Il est vrai que l’investissement de FTL est conséquent : 1,4 milliard de DH et surtout 1 150 emplois à créer, alors que les investissements des trois cimentiers, fortement technologiques, ne créeront, eux, que 270 emplois