Installation de compteurs : l’ONEE pointé du doigt pour les longs délais d’attente

L’installation des compteurs nécessite un mois à  deux ans en fonction des régions . Cette situation favorise des pratiques illicites, corruption et fraude. L’ONEE impute ces retards à  l’augmentation de la demande.

Dans certaines localités, avoir son compteur d’électricité de chez l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE) est un vrai casse-tête. Depuis deux ans déjà, les clients se plainent des retards pour l’installation des compteurs d’électricité conventionnels et prépayés. Les délais d’installation vont d’un mois à trois ans en fonction des régions. «Dans la ville de Berrechid, la mise en place d’un compteur nécessite au minimum un mois», confirme Hicham El Hadegue, un entrepreneur immobilier. Ce délai est prolongé de deux mois dans la ville de Bir Jdid. A Ouarzazate, «il y a des clients qui attendent depuis deux ans l’installation de leur compteur», explique une source au sein de l’agence de l’office dans la ville.
Dans les zones périphériques du Grand Casablanca, qui connaissent un boom immobilier sans précédent, en l’occurrence Rahma, Tit-Mellil et Deroua, «les clients attendent jusqu’à 4 mois avant de recevoir leur compteur, sans compter la durée d’étude du dossier», avance Abderrahim Dehajje, entrepreneur immobilier dans la région. En effet, le client dépose la demande auprès de l’agence de l’ONEE la plus proche et attend 10 jours avant de payer les frais. «Et c’est là que commence le parcours du combattant», déplore Ahmed Bouhmid, président de l’Association des petits entrepreneurs immobiliers. Selon lui, le retard de livraison se pose également pour les professionnels, notamment ceux de petite et moyenne taille. «Nous devons attendre des semaines avant de recevoir les compteurs provisoires pour pouvoir commencer les travaux de construction. Cela nous coûte des sommes importantes puisque, face à la rareté de la main-d’œuvre, nous sommes obligés de payer ces travailleurs journaliers pour les garder sous la main jusqu’à l’installation du compteur et le démarrage des travaux».

100 000 nouveaux abonnements enregistrés dans le Grand Casablanca durant les 5 dernières années

Ces retards de livraison, des employés de l’office, interlocuteurs directs des clients, les justifient par la rupture de stocks. Une situation qui favorise les pratiques illicites. Pour accélérer l’installation «les clients particuliers se trouvent obligés de débourser entre 2 500 DH et 3 000 DH. Il en est de même pour les professionnels qui versent des sommes allant de 8 000 DH à 12 000 DH en fonction des régions», accuse un client. Toutefois, il est possible de récupérer le montant déboursé vers la fin des travaux. Comment ? «Le promoteur a la possibilité de concéder son compteur provisoire à l’un de ses clients à condition que ce dernier lui rembourse le montant du pot de vin et les frais d’installation», ajoute notre source.
D’autres clients, des particuliers exclusivement, n’hésitent pas à se servir à partir du réseau de l’éclairage public. C’est une solution, pourtant punie par la loi, qui est très répandue dans la périphérie de Casablanca. Il faut dire que la fréquence des contrôles est très faible, puisque «l’office n’a qu’un seul employé dans chaque région», confie une source au sien de l’office. Ce dernier effectue à la fois le contrôle et l’installation. «Si la procédure de branchement permet à l’ONEE d’approcher le nombre de demandes potentielles en matière de compteurs, comment se fait-il que l’établissement n’arrive pas à gérer ce volet de son activité?», s’interroge Abderrahim Dehajje, entrepreneur immobilier. Contacté à propos de ce sujet, le département communication de l’ONEE, rejette en bloc toutes les accusations. «En ce qui concerne les compteurs, l’ONEE a toujours veillé à anticiper les besoins de ses clients en multipliant ses opérations d’achats de compteurs, ce qui a permis de satisfaire en permanence les besoins pour une très grande partie des demandes, aussi bien au niveau de la région du Grand Casablanca qu’au niveau national». Et de souligner: «Un nouveau contrat d’une durée de 3 ans est d’ailleurs en cours de finalisation avec un fournisseur pour satisfaire les nouvelles demandes d’abonnement avec un stock de couverture parfaitement suffisant».

Sur ce même registre, les équipes de l’office confirment que la demande a connu une forte progression. Selon les chiffres fournis par l’ONEE, les demandes  pour les nouveaux abonnements durant ces cinq dernières années dans la Région du Grand Casablanca avoisinent les 100000 compteurs. Le nombre moyen de demandes quotidiennes pour de nouveaux abonnements a également augmenté de façon considérable durant les huit premiers mois de l’année 2014, avec plus de 130 demandes par jour contre un peu plus de 80 en 2013. Quant au nombre total de nouveaux compteurs installés depuis le début de cette année jusqu’à la fin du mois d’août, il a avoisiné les 22000 contre 20 000 en 2013.

Star Afric Meter n’est plus le fournisseur attitré de l’office

L’office justifie ces retards par l’augmentation de la demande mais une source bien informée au sein de ce même établissement confie que «l’entreprise fait face à ce problème de rupture depuis trois ans déjà». Dans les faits, «l’ONEE avait décidé en 2007 de généraliser les compteurs prépayés à tous les foyers ruraux. L’office a également envisagé de récupérer les anciens compteurs conventionnels pour les installer dans les communes urbaines», explique la source. Toujours d’après celle-ci, l’office avait ainsi signé un contrat avec Star Afric Meter Maroc pour la fourniture de 4 millions de compteurs sur 5 ans. «Deux ans plus tard et suite à des changements dans la direction de la distribution, les nouveaux managers ont estimé que le prix facturé est élevé et ont décidé d’arrêter le contrat. Depuis, la direction lance des appels d’offres en fonction des besoins», confie notre source.
Un responsable au sein de Star Afric confirme l’information et explique que l’entreprise continue à fournir l’office. «Toutefois, nous ne travaillons plus avec des commandes directes, puisque l’office tarde à nous payer. Actuellement nous répondons aux appels d’offres car les conditions mentionnées dans le cahier des charges garantissent le paiement», confie-t-il.
Il est à rappeler qu’en 2007 l’office prévoyait d’atteindre 1,7 million d’unités en 2010. On est en 2014, et c’est pratiquement la moitié de cet objectif qui a été atteint, d’après les données fournies par l’ONEE n Imane Trari