Inquiétant : les entreprises privées empruntent plus pour survivre que pour investir

Sur les 12 derniers mois, les crédits de trésorerie ont crû de 11.1% contre une baisse de 8.1% pour les crédits à  l’équipement. L’agroalimentaire et le textile, en dépit de forts besoins, ont bénéficié de moins de crédits à  court terme en raison de la méfiance des banques.

L’appétit des entreprises du secteur privé pour les crédits de trésorerie ne faiblit pas. Celles-ci détiennent en effet à fin septembre 159 milliards de DH de financements à court terme, en croissance de 11,1% sur une année glissante. Il y a encore peu, cela aurait pu s’apparenter à une bonne nouvelle pour l’économie. «En règle générale, tout investissement est accompagné d’un crédit de trésorerie qui en représente 20%», rappelle un banquier. Mais il n’est point question d’investissement ici car les crédits à l’équipement des mêmes entreprises ont chuté de 8,1% sur les 12 derniers mois pour s’établir à 97,2 milliards de DH. «Si le privé contracte toujours plus de crédits de trésorerie c’est bien en raison de l’allongement des délais de paiement et de l’accumulation des stocks dans lesquels il continue d’être empêtré», justifie notre professionnel. Cela est certes parlant, mais encore faut-il pouvoir déterminer quels sont les secteurs qui sont les plus concernés par ce constat.

Les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib permettent justement d’affiner l’analyse dans ce sens. Il s’agit certes de chiffres ventilés par grandes branches de l’économie (primaire, secondaire et tertiaire), ce qui englobe donc les entités du public et les ménages en plus des entreprises du secteur privé. Mais dans la mesure où ces dernières accaparent l’essentiel des financements (88% des crédits de trésorerie et 70% des crédits à l’équipement sur le total distribué), elles sont concernées en première ligne par les tendances dégagées, sachant en plus que les crédits au secteur public sont en hausse.

Selon les chiffres sectoriels, les crédits de trésorerie semblent surtout tirés par le secteur tertiaire dont les financements de ce type ont augmenté de 10,4% sur les 12 derniers mois pour atteindre 79 milliards de DH sur un total de 181 milliards de DH. Dans la catégorie, ce sont très nettement les transports et les communications qui se distinguent avec à eux seuls une croissance de près de 33% pour un encours de 13 milliards de DH. Il faut dire que les banques sont plutôt enclines à accompagner ces opérateurs dans la conjoncture actuelle étant donné qu’ils bénéficient de fortes rentrées de cash et présentent donc de bonnes capacités de remboursement. «Maroc Telecom enregistre des rentrées de cash  d’une  moyenne de 70 MDH par jour», illustre à ce titre un directeur régional d’une banque de la place.

Les crédits d’investissement des établissements publics en hausse de 48%

Les industries chimiques, métallurgiques ou encore les spécialistes de l’électricité ont également pu convaincre les banquiers de leur accorder plus de financements de trésorerie. De fait, globalement, le secteur secondaire enregistre une croissance de 7% de ses financements à court terme qui atteignent près de 88 milliards de DH. On aurait pu s’attendre à voir l’agroalimentaire et le textile, actuellement à la peine, bénéficier également de plus de crédits de trésorerie mais, au contraire, ces activités ont vu leurs lignes se contracter plus par contrainte que par choix à vrai dire. «Les banques ont clairement resserré le financement pour ces entreprises car le textile et l’agroalimentaire présentent actuellement un fort risque du fait d’une compression de leurs débouchés à l’étranger», éclaire un responsable au sein d’un établissement de la place. Vient enfin le secteur primaire qui enregistre une croissance remarquable de ses financements de trésorerie de près de 20% en un an. Mais cette croissance est à relativiser par un effet de base car le secteur ne capte pour l’instant que 14,4 milliards de DH, soit 17% des crédits de trésorerie distribués. Une petite part qu’il est donc relativement facile de faire croître.

Il reste que l’agriculture et la pêche sont l’une des rares activités qui ont vu et leurs crédits de trésorerie et leurs financements à l’équipement croître simultanément, ce qui est bon signe selon le raisonnement des banquiers. A côté de ce secteur, il y a encore l’électricité et le BTP qui ont respectivement vu leurs financements à l’équipement croître de 18,2% et 44,2% sur une année glissante avec dans l’ordre un encours actuel de 19 milliards et 9 milliards de DH. Mais que l’on ne s’y trompe pas, cette hausse est le fait en très grande partie du secteur public, tranchent unanimement les banquiers. A ce titre, il est à préciser que les établissements publics ont vu leurs crédits à l’investissement croître de près de 48% sur une année glissante pour atteindre actuellement 18,5 milliards de DH. Il faut aussi dire que dans une conjoncture difficile, les établissements de crédit sont plus à même de s’orienter vers des projets adossés au secteur public présentant de bons profils de risque. Faut-il du reste reprocher aux banques ce conservatisme, à voir l’évolution préoccupante des créances en souffrance des entreprises. Celles-ci ont en effet augmenté de 15,3% depuis le début de l’année, à 20,5 milliards de DH. En tout, les impayés chez les banques totalisent à fin septembre 35,8 milliards de DH, soit 10,3% de plus en neuf mois.