Infrastructures hydrauliques : Le gouvernement veut rattraper le retard

Un projet prioritaire sera mis en place avec un financement de 180 millions de dollars concédé par la Banque Mondiale. Les États-Unis se disent prêts à assister le Maroc pour faire face au déficit hydrique. Le FMI invite le Royaume à investir dans les infrastructures hydrauliques.

Une année de déficit hydrique inattendu vient remettre les pendules à l’heure. Le Maroc a découvert que son ambitieux programme d’infrastructures hydraulique accuse un retard énorme. Il est donc prioritaire de rattraper tout ce retard accumulé au cours des dix dernières années. La machine est lancée à plein régime. Et pour commencer, le Royaume fait d’abord appel, en urgence, à la Banque Mondiale, laquelle vient d’ailleurs d’approuver un financement de projet d’investissement d’un montant de 180 millions de dollars en vue d’appuyer une agriculture résiliente et durable au Maroc. Selon cet organisme, face à la pression accrue des changements climatiques et de la croissance démographique sur les ressources hydriques et foncières du pays, le prêt alloué au projet pour une gestion de l’eau résiliente et durable dans l’agriculture (RESWAG) entend renforcer la gouvernance des ressources hydriques dans le secteur agricole, améliorer la qualité des services d’irrigation et élargir l’accès des agriculteurs à des conseils techniques dans ce domaine.

D’après la Banque Mondiale, le nouveau projet constitue un programme «innovant et inédit, en ce qu’il allie investissements structurels, avec la modernisation des services d’irrigation et de drainage, et investissements immatériels destinés à renforcer la gouvernance des ressources hydriques et à apporter des services de conseil agricole aux cultivateurs».

Il s’articule autour de trois volets. Le premier entend améliorer le cadre de gouvernance de l’eau et garantir des prélèvements durables dans le secteur agricole. Le deuxième volet vise, indique-t-on, à fournir des services d’irrigation et de drainage climato-intelligents à travers le déploiement de techniques de conservation de l’eau sur de nouvelles surfaces. Le troisième volet prévoit d’apporter à 23 500 agriculteurs des services de conseil visant à optimiser les investissements, à renforcer la résilience climatique et à intensifier la productivité de l’eau.

Par ailleurs, lors de sa récente visite au Maroc, le Secrétaire d’Etat, Antony Blinken, a évoqué le sujet du déficit hydrique auquel le Maroc fait face. «Les partenaires se soutiennent les uns les autres dans les temps difficiles, et le Maroc connaît une des plus grandes sécheresses depuis des décennies. Des experts américains sont actuellement au Maroc pour aider le Royaume à faire face à la sécheresse», a-t-il indiqué. Une rencontre devrait avoir lieu à Casablanca pour réunir les experts marocains et américains qui se concentreront sur la meilleure utilisation des ressources hydrauliques du pays. Selon le chef de la diplomatie américaine, son pays veut renforcer les capacités du Royaume en matière de prévision et d’atténuation de l’impact de la sécheresse.

Le dessalement d’eau de mer, une alternative incontournable

Justement, l’une des alternatives que le Maroc envisage avec sérieux –c’est un virage qu’il vient d’ailleurs de négocier avec succès-, c’est le dessalement d’eau de mer.

A ce propos, selon les experts, les projets de dessalement d’eau de mer constituent des solutions incontournables pour pallier les épisodes de sécheresse. L’impact des changements climatiques sur le secteur agricole et celui de la diminution des précipitations sur le tissu social et économique au Maroc, est palpable. Il est donc aisé de mesurer, par exemple, combien le projet structurant de dessalement d’eau de mer d’Agadir, la station de traitement et de déminéralisation de Dakhla, est salutaire. C’est sans doute le cas également de l’ambitieux projet de réalisation de la station de dessalement de l’eau de mer de la région de Casablanca-Settat dont la concrétisation accuse un grand retard. Ces stations, qui profiteront également à des exploitations agricoles, constituent des solutions innovantes pour l’approvisionnement en eau. Il faut dire que la question fait partie des priorités nationales les plus importantes. C’est ce que vient de confirmer, de son côté, le Fonds monétaire internationale (FMI) qui a mis en relief, dans une nouvelle analyse sur l’impact du changement climatique sur l’économie dans la région MENA, l’importance pour le Maroc d’investir dans les infrastructures hydrauliques pour favoriser une économie résiliente.

«Des simulations réalisées sur le Maroc montrent que des investissements dans des infrastructures hydrauliques amélioreraient la résilience face aux sécheresses, réduiraient de près de 60% les pertes de PIB et limiteraient l’augmentation de la dette publique», indique le FMI. Les experts de l’institution internationale ont fait une simulation pour quantifier l’impact macroéconomique des investissements dans les mesures d’adaptation au changement climatique dans le Royaume.

Tout en rappelant que le Maroc a investi dans le développement de son infrastructure hydraulique au cours des dernières décennies, l’étude compare deux scénarios: un plan d’investissement standard dans les infrastructures et un plan d’investissement d’adaptation avec une résilience renforcée.

«Le plan d’investissement d’adaptation offre des rendements économiques plus élevés, avant même qu’une sécheresse ne se matérialise, que la combinaison d’investissements standard», constatent les auteurs de l’étude.

Bien que les deux types d’investissement public augmentent la productivité du secteur privé, les projets d’irrigation résilients (tels que les barrages et les canaux) génèrent des dividendes plus élevés pour le PIB, car ils offrent des rendements économiques plus avantageux dans les pays exposés à la sécheresse que les investissements standard, même avant qu’une sécheresse ne survienne, soulignent les auteurs de cette étude. «L’investissement dans l’adaptation au climat améliore la résilience de l’économie marocaine aux épisodes de sécheresse», concluent les experts de l’institution de Bretton Woods, précisant qu’un investissement d’adaptation dans des infrastructures d’irrigation résilientes pourrait réduire les pertes de PIB du Royaume de près de 60%, les ramenant à environ 1%.

Par ailleurs, ajoute la même source, l’amélioration des capacités d’approvisionnement en eau et d’irrigation contribuerait à combler l’écart entre la demande et l’offre d’eau dans le secteur agricole, ce qui lui permettrait de rester productif dans une large mesure, même en cas de sécheresse.

De même, le déclin plus modéré du PIB serait également bénéfique pour la trajectoire du ratio dette/PIB à la suite des épisodes de sécheresse. La production agricole du Maroc est «très sensible» aux sécheresses et bénéficierait d’investissements dans des infrastructures hydrauliques résilientes au climat, fait observer le FMI, rappelant que le secteur agricole employait plus de 30% de la main-d’œuvre et représentait environ 12 % du PIB en 2020.