Information légale et commerciale : un marché à  deux vitesses

L’offre se développe mais la demande ne suit pas n Le bouche à  oreille et la proximité du partenaire sont toujours privilégiés par les PME. Le facteur coût a peu d’impact : pas plus de 30 DH pour une fiche d’identité regroupant les indicateurs-clés d’une entreprise.

Le marché de l’information légale et commerciale évolue à deux vitesses. Alors que l’offre ne cesse de s’améliorer, les utilisateurs potentiels, les entreprises à leur tête, n’ont pas encore adopté le réflexe de s’informer systématiquement sur leur environnement avant de prendre une décision. «Les solutions de renseignement commercial et légal disponibles sur le marché n’ont rien à envier à celles de pays à économies plus développées. Aujourd’hui, l’entreprise marocaine peut trouver aisément une information actualisée, riche et surtout fiable», affirme Hicham Alaoui Bensaid, directeur engagements chez Euler Hermès, gros consommateur d’information commerciale sur plusieurs pays d’Afrique. Cependant, les entreprises, notamment les PME, se renseignent peu sur leurs contreparties, même en contexte de crise. En se basant par exemple sur les chiffres du leader du marché, Inforisk, son portefeuille clients est composé de 1 000 entreprises alors que sa base de données compte plus de 350 000 sociétés. «Bien entendu, il faudra soustraire les entreprises qui n’ont pas besoin de se renseigner, notamment les entreprises mono client, les filiales traitant exclusivement avec les maisons mères ou encore les exportateurs», précise un consultant en veille concurrentielle.

Un travail de sensibilisation reste à faire

Cette situation tient plus du culturel qu’autre chose. «Le bouche à oreille et la proximité des partenaires restent privilégiés car considérés comme plus fiables. Par exemple, du moment qu’un patron sait pertinemment que son client a l’habitude de déposer un bilan qui ne reflète pas l’image réelle de son entreprise, il se passera du circuit moderne d’accès à l’information. Idem pour vérifier le patrimoine d’un associé», explique un cadre commercial chez un opérateur de la place.
Selon plusieurs sources exerçant dans le secteur, le facteur du coût reste d’un impact marginal. «Aujourd’hui, si une entreprise souhaite avoir une information complète sur son partenaire commercial ou sur son concurrent, ceci lui coûtera entre 250 et 350 DH pour un rapport détaillé. Grâce à ce rapport, elle a accès à des informations signalétiques type dénomination, capital social, statut juridique, activité, indicateurs financiers (historique du bilan sur 3 ans, ratios sectoriels…), juridiques (répartition du capital, liste des dirigeants à jour) et judiciaires (redressement ou liquidation judiciaire, ventes aux enchères, saisies…). Elle peut aussi avoir une idée sommaire sur sa contrepartie pour uniquement 30 dirhams (chiffres-clés sur 7 ans d’historiques, fiche d’identité à jour…)», explique Khalid Ayouche, DG d’Inforisk.

Ce dernier est d’avis qu’un gros travail de sensibilisation reste à faire auprès des PME. Toutefois, le marché ressent une plus grande maturité, notamment sur les problématiques de risque de contrepartie, surtout en cette période de ralentissement économique où les entreprises sont touchées de plein fouet par les défauts de paiement. «Pour la PME structurée et les grandes entreprises, nous constatons qu’elles mettent en place, de plus en plus, des départements de Risk Management, avec des process internes intégrant les services de renseignements commerciaux», ajoute M. Ayouche. C’est d’ailleurs pour servir ces besoins que sa société adopte une approche industrielle de collecte et de traitement des données recueillies auprès des différentes sources officielles, qu’elle corrige et fiabilise pour les restituer sous forme de services à valeurs ajoutées pour les usagers. Cette approche la différencie des autres acteurs du marché.
En effet, l’autre grand acteur du marché, l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), tient le registre de commerce central. Il délivre une information brute, essentiellement des bilans et des renseignements sur les marques, les brevets, et les fonds de commerce. En plus de l’OMPIC, il existe des structures qui font plutôt de l’information commerciale B2B basique, à l’instar de quelques centres d’appels spécialisés, de Kompass, ou Telecontact dans une moindre mesure.
«Ces structures représentent plus des annuaires téléphoniques qui offrent généralement en accessoire des fiches sommaires se basant sur des formulaires remplis par les sociétés elles-mêmes. Elles adoptent un modèle économique fondé sur la publicité où les données financières et légales ne sont que secondaires, alors qu’Inforisk et l’OMPIC font de la vente de ces données leur cœur de métier», relève un opérateur.