Industrie pharmaceutique : les multinationales se désengageraient-elles du Maroc ?

GlaxoSmithKline a cédé son unité d’antibiotiques, Novartis pourrait aussi changer d’actionnaires.
Des opérateurs nationaux accusent les multinationales de vouloir faire un profit facile.

Les mouvements capitalistiques commencent à s’étendre dans l’industrie pharmaceutique. Après GlaxoSmithKline (GSK) qui a cédé, fin mai, son unité d’antibiotiques au groupe Saham, on apprend, auprès de sources bien informées, que la filiale locale du géant suisse Novartis devrait changer de main au cours des mois à venir, mais pas de confirmation officielle pour le moment. Selon un responsable de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (amip), ces mutations sont décidées au niveau international par les maisons mères en phase de réorganisation et «revêtent un caractère économique, notamment en rapport avec la rationalisation de l’outil industriel». Les laboratoires pharmaceutiques, en fait, s’acheminent de plus en plus vers la spécialisation des sites à travers le monde. Ce qui signifie que toute unité aux coûts de revient potentiellement plus élevés qu’ailleurs pourrait faire les frais de cette réorganisation. C’est le cas, par exemple, de Pfizer, également présent au Maroc, qui a annoncé la fermeture de huit sites de production dans le monde, notamment en Europe et aux Etats-Unis, dans les cinq ans à venir.

Un problème juridique en vue ?

Ces mouvements de restructuration se font régulièrement, pratiquement dans tous les secteurs d’activité et s’accélèrent souvent en période de crise. De là à dire que les multinationales pharmaceutiques, qui réalisent 70% du chiffre d’affaires global du secteur, se désengagent du Maroc, il y a un pas qu’il est difficile de franchir à la légère. Chez l’Amip, on souligne d’ailleurs que le secteur est «en bonne santé». L’élargissement du marché dans la foulée de l’extension de la couverture de l’assurance maladie obligatoire doit en effet aiguiser les appétits.
Hors du cadre associatif de l’Amip auquel ils appartiennent, l’analyse est différente chez certains laboratoires locaux et laisse transparaître les divergences qui les opposent aux multinationales regroupées, elles, dans Maroc innovation & santé (MIS).
A en croire un industriel, la démarche de ces dernières serait plus subtile. Il explique en substance que le désengagement que l’on évoque n’est que partiel dans la mesure où le laboratoire se retire capitalistiquement mais maintient son activité au Maroc : il ne vend pas ses autorisations de mise sur le marché (AMM) mais uniquement le terrain, les murs et l’équipement industriel. «En faisant fabriquer ses produits par un opérateur local, il continue à réaliser son chiffre d’affaires sans aucun risque industriel», précise ce même patron qui cite l’exemple de GSK qui a vendu son unité d’antibiotique au groupe Saham qui produira pour son compte. «Ce schéma risque d’être dupliqué par d’autres opérateurs étrangers du secteur, ce qui transformera le Maroc en façonnier», dénonce-t-il. Selon un autre membre de l’Amip, les laboratoires nationaux, qui ont effectué d’importants investissements durant ces dernières années afin de développer leur production et particulièrement le médicament générique, sont désavantagés. D’autres opérateurs de la place vont plus loin, soulignant que ces cessions peuvent poser un problème juridique dans la mesure où un laboratoire qui a cédé son usine doit demander, conformément au code de la pharmacie, une nouvelle autorisation pour avoir la qualité de bureau scientifique. La qualité d’établissement industriel pharmaceutique dépend, en clair, de l’exploitation directe d’un site de production. Pour le moment, ce dispositif ne peut toutefois pas s’appliquer à GSK qui a tout de même gardé sa seconde usine marocaine.
Au ministère de la santé, les responsables n’ont pas souhaité commenter ces faits en expliquant que «pour l’heure aucune décision ne peut être prise car le département n’a pas été saisi officiellement sur la question». Quant au Secrétariat général du gouvernement et à Maroc innovation et santé (MIS), ils sont restés injoignables jusqu’à l’heure où nous mettions sous presse.