Industrie : Le Maroc met le paquet sur la décarbonation

• Des lignes de financement et des programmes d’appui pour l’investissement dans les technologies vertes.
• Le Maroc concerné par la taxe carbone en perspective aux frontières de l’Europe.
• Les exportateurs désormais appelés à donner une dimension green à leur façon de produire.

Le projet de taxe carbone aux frontières de l’Europe continue à faire l’actualité. Le Parlement européen a adopté tout dernièrement une résolution relative à un mécanisme d’ajustement des émissions de carbone aux frontières compatible avec l’OMC. Cette idée qui remonte aux années 1990 consiste en l’instauration d’une taxe carbone aux frontières avec pour objectif d’inciter les partenaires commerciaux de l’Union européenne à engager des politiques climatiques. Concrètement, il est question d’appliquer une taxe à tous les produits exportés vers l’UE par des pays n’appliquant pas l’Accord de Paris. Pour rappel, ce dernier a été adopté en décembre 2015 par 196 parties lors de la COP 21 à Paris et entré en vigueur le 4 novembre 2016. Il vise la limitation du réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport au niveau préindustriel.
L’Europe étant le principal partenaire du Maroc, le Royaume est incontournablement concerné par cette nouvelle mesure en perspective. Il y va aussi de sa compétitivité. C’est pour ce faire que le département de l’industrie a fixé comme priorité la décarbonation de l’industrie nationale. Le Royaume, qui peut se targuer de ses avancées dans le domaine des énergies renouvelables, est plus que jamais déterminé à décarboniser son industrie. Le secteur industriel qui représente près de 21% de la consommation énergétique nationale possède en effet aujourd’hui un potentiel très important en matière d’efficacité énergétique et de réduction des coûts de production. Pour les industriels, cette politique consiste en la réduction au maximum de tous les intrants (matière première, énergie, eau), mais pas seulement. Il s’agit d’utiliser au maximum les énergies renouvelables pour l’électricité et pour la chaleur. Pour la gestion des déchets, il est préconisé de favoriser l’économie circulaire. Dans cette stratégie, l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE) intervient désormais dans le développement de la production propre dans l’industrie et la mobilité durable avec un focus important sur l’accompagnement du secteur industriel marocain à sa décarbonation. C’est dans ce contexte que le récent programme «Tatwir Vert» qui s’inscrit dans le cadre du Plan de Relance Industrielle, lancé avec Maroc PME sous l’égide du département de l’industrie, propose des subventions pour accompagner les investissements des PME et TPME. Rappelons que «Tatwir Croissance Verte» cible la réduction de la pollution industrielle et le soutien de l’émergence de nouvelles filières industrielles vertes. Il offre l’accompagnement des TPME industrielles dans leurs opérations de développement de process et produits décarbonés. Techniquement, dans ce programme d’appui les partenaires institutionnels vont soutenir l’investissement au profit des TPME industrielles dans le domaine de l’économie verte de près d’un milliard de DH.
En outre, l’AMEE a apporté son assistance technique sur le renforcement des textes normatifs, et ce à travers le développement et la définition des seuils des exigences de performances énergétiques minimales (MEPS) pour les équipements énergivores utilisés dans différents secteurs, particulièrement dans les secteurs de l’agro-industrie, du transport et du bâtiment. Les responsables de l’AMEE soulignent également la démarche de sensibilisation, avec l’ONUDI et la CGEM, en faveur des différentes fédérations sectorielles au Système de Management de l’Energie et à la certification ISO 50001. Dans cette démarche de décarbonation, d’autres outils financiers comme la Green Value Chain (GVC) et la Green Economy Financial Facility sont mis en place par les partenaires européens avec des institutions financières partenaires. Ils sont dédiés aux PME pour leur permettre de financer des technologies vertes qui intègrent l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la gestion des ressources.
A noter que dans le cadre du programme Green Economy Financial Facility, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et ses partenaires ont signé plus de 5 milliards d’euros. Ce programme compte plus de 150 institutions financières partenaires dans 27 pays. Il a aussi enregistré plus de 20000 clients bénéficiaires, est-il indiqué dans une note de présentation sur le sujet. En termes de réduction d’émissions de CO2, il est estimé que l’opération dans sa globalité a permis d’éviter des émissions équivalentes à 9 millions de tonnes de CO2 par an avec une réduction de la consommation électrique de 30 millions de MWh par an.
Au Maroc, à travers les différents programmes initiés (Morseff 2015-2019, Green Value Chain lancé en 2019 et GEFFII lancé en 2020), la BERD aura financé, d’ici fin 2025, 360 millions d’euros de lignes de financement vert, est-il indiqué. Dans cette stratégie de décarbonation, l’appui gouvernemental aux entreprises pour la compensation des surcoûts engendrés par l’adoption des nouvelles technologies vertes.est indéniablement aussi décisif pour inciter les industries à miser dans de nouveaux modèles de production durable. C’est indispensable pour rester compétitif.