Industrie automobile : Questions à  Hakim Abdelmoumen, Président de l’Amica

«D’autres constructeurs automobiles pourraient venir de très loin»

La Vie éco : Passé l’effet d’annonce, qu’est-ce qui se fait aujourd’hui sur le terrain ? 

n Après la signature des engagements de la part de PSA et du gouvernement, le plan d’action est aujourd’hui engagé sous la supervision et avec l’appui du Souverain. Le sourcing et l’ingénierie sont sur les rails. Pour la construction, le projet est également engagé selon les échéances du constructeur. Nous avons entrepris les pré-requis en concert avec les équipes du ministère de l’industrie et du commerce et les opérateurs du secteur automobile pour que le taux d’intégration de 60% soit atteint dans un premier temps. Ainsi, nous sommes en train de mettre en place le laboratoire et les homologations pour les nouvelles pièces qui seront produites par les équipementiers. A ce titre, il y aura surtout des articles qui n’ont jamais été produits au Maroc, qui touchent aux différentes parties de la voiture, notamment l’intérieur, la carrosserie, la mécanique, l’électrique, le châssis ou encore l’éclairage. Nous approchons aussi les équipementiers qui vont s’installer à la fois sur Kénitra et sur d’autres axes idéalement situés entre 2 à 3 heures de l’Europe. De nouvelles zones sont en train d’émerger telles que le Sud-Casa, Fès-Meknès ou encore Tétouan. En parallèle à ces actions, nous sommes en train de planifier les formations.   

Quels types de véhicules et moteurs seront produits au juste dans le site PSA de Kénitra ? 

n Cela va bientôt être annoncé par le constructeur. Au préalable, il y a la phase de la définition des métiers sur laquelle nous travaillons et où chaque équipementier investira selon les pièces souhaitées, le process industriel étant le même. S’ensuit la phase de conception et de développement (plan et dessins) une fois les véhicules et moteurs annoncés. En prévision de cette phase, nous formons actuellement 20 à 25 ingénieurs par mois pour répondre aux besoins de cette étape en particulier et ceux de l’écosystème en général.   

Justement, quels sont les profils qui vont être recrutés pour le site et sur quel échéancier ? 

n D’après le constructeur, l’usine de Peugeot PSA va pourvoir 4 500 postes à terme. Ce sont généralement des Bac+2 et Bac+5. Le recrutement des profils de concepteurs, développeurs et agents de méthode démarrera en 2016. Après, viendra l’étape des agents d’encadrement, agents de maintenance, responsables de lignes, responsables de zones, logisticiens, chefs de projet et autres. La formation de ces profils sera assurée par l’Institut de formation aux métiers de l’industrie automobile (IFMIA). Nous avons actuellement celui de Tanger-Melloussa (qui était délégué à Renault pour former ses effectifs) sous la main. Et nous avons également un autre IFMIA à Kénitra. Ces instituts proposent des formations qualifiantes et diplomantes et bientôt le bac professionnel. Une bonne partie des compétences émanera aussi des instituts de l’OFPPT, des écoles d’ingénieurs et des universités avec lesquels plusieurs partenariats ont été conclus. Nous nous félicitons aujourd’hui de pouvoir satisfaire largement ce besoin de main-d’œuvre qualifiée et pointue. C’est un facteur très convaincant pour les investisseurs désireux de s’implanter au Royaume. 

Avez-vous une idée sur les prochains constructeurs sur la liste ? 

n Il faut savoir que les constructeurs automobiles sont nos clients. Du coup, toutes nos démarches sont axées sur leur satisfaction. Ceci fait en sorte que nous sommes présents en continu : la filière est là, et le tissu et les infrastructures sont en amélioration constante. Nous nous positionnons en veille active dans l’attente des projets qui tombent chez les constructeurs et qui auront, en conséquence, besoin de capacités additionnelles de production. Partant de ce schéma, on pourrait bien avoir des surprises quant aux prochains arrivants. Parfois ça vient de là où l’on s’y attend le moins. Des constructeurs pourraient venir de très loin. Du moment que tous cherchent un écosystème performant, des entités compétitives avec des process bien rodés et une position géographique idéale pour desservir l’Europe et l’Afrique.