Indemnités de garde : médecins et infirmiers déplorent le gel des négociations

La politique d’austérité et l’absence de dialogue social expliquent l’arrêt des discussions. Depuis décembre 2014, les enseignants-chercheurs opérant dans les CHU bénéficient des indemnités. Les médecins perçoivent 150 DH pour 12 heures et les infirmiers entre 2 000 et 3 000 DH par an.

Le décret de 2007 relatif aux indemnités de garde et d’astreinte des médecins, modifié une première fois en 2011, a fait l’objet, en décembre dernier, d’une nouvelle modification. Le gouvernement a en effet élargi le bénéfice de ces indemnités aux enseignants- chercheurs opérant dans les CHU. Mais selon des sources syndicales, cela ne change rien au «dossier des indemnités qui est en suspens depuis 2011». Au cours de cette année, les syndicats avaient signé un protocole d’accord avec le gouvernement prévoyant une revalorisation annuelle de l’indemnité de garde et d’astreinte afin d’atteindre le salaire horaire réel, en sus d’une revalorisation de 50% du montant de l’indemnité pour les gardes assurées durant le week-end ou bien les jours de fêtes.

Mais, soulignent les syndicalistes, «en raison de la politique d’austérité du gouvernement et de l’absence de dialogue social, cet accord est actuellement gelé».
Aujourd’hui, le système d’indemnisation des gardes des médecins du public, instauré sous le gouvernement Jettou, est totalement déconnecté de la réalité du terrain. L’indemnité d’un médecin généraliste pour un système de garde sur place de 12/36 heures (12 h de garde et une journée et demie de repos) est de l’ordre de 150 DH l’unité de garde (12 h) au lieu de 100 DH avant la hausse décidée en 2011. En plus de sa modicité, notent les syndicats, cette indemnité est taxée à 30%. Pour les spécialistes, l’indemnité d’astreinte (le médecin reste chez lui et se déplace en cas d’urgence) est passée de 63 à 100 DH pour 16 heures. Les infirmiers qui travaillent toute l’année selon un système de garde d’une nuit sur deux perçoivent annuellement entre 2 000 et 3 000 DH.

L’indemnité de garde estde 700 DH dans les polycliniques de la CNSS

Par ailleurs, les syndicats estiment que le secteur public de la santé doit s’aligner sur le niveau d’indemnisation en vigueur dans les polycliniques de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) dont les médecins perçoivent une indemnité de garde de 700 DH par unité, et les infirmiers de 350 et 400 DH par unité. Dans les cliniques privées, les indemnités, fixées dans le contrat d’embauche, varient d’une structure à l’autre.
Dans l’ensemble des hôpitaux, le système de garde est assuré par quatre équipes qui font un 12/36 heures. Sans compter que dans certaines régions où les centres sanitaires disposent d’un seul spécialiste, la garde est assurée par la même personne 24h/24 et 7j/7 ! Une situation due à l’insuffisance des moyens humains du secteur public de la santé. D’après les statistiques du ministère, le secteur compte 12 000 médecins intervenant dans les hôpitaux et les Centres hospitaliers universitaires (CHU) et 27000 infirmiers. Alors que la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est d’un médecin pour 650 habitants, au Maroc on compte six médecins pour 10 000 habitants. Soit un manque de 7 000 médecins. Pour pallier cette insuffisance, un programme de formation de 3 300 nouveaux médecins par an est lancé par le ministère de la santé dans l’objectif d’atteindre 10 médecins pour 10 000 habitants à l’horizon 2020.