Implémentation de la norme IFRS9 : Questions à Rachid Kettani, Directeur Exécutif du groupe Attijariwafa bank en charge des Finances Groupe

«Bank Al-Maghrib réalise systématiquement des études d’impact détaillées».

La Vie éco : Quel est le principal apport de la norme IFRS9 ?

La nouvelle norme apporte une évolution radicale par rapport aux pratiques antérieures en termes de comptabilisation des pertes relatives au risque de crédit. Il s’agit de rajouter aux provisions liées aux «pertes avérées» (enregistrées post dégradation du risque ou matérialisation du défaut), des «pertes attendues» estimées par les banques de manière prospective sur la base de modèles statistiques internes et comptabilisées tout au long de la vie du crédit.

 Comment se calculent ces «pertes attendues» ?

Afin de mieux piloter et tarifer le risque crédit, les banques disposent de modèles statistiques ou «systèmes de notation» qui permettent, sur la base de données historiques relatives aux clients ayant fait défaut par le passé, d’attribuer des notes aux différentes contreparties et de calculer leurs probabilités de défaut à travers un certain nombre de variables prédictives observables relatives par exemple à la santé financière d’une entreprise (niveau de capitalisation, niveau d’endettement, rentabilité), à la qualité de sa stratégie et de sa gouvernance ou encore à son comportement passé avec la banque (régularité des paiements, récurrence des mouvements confiés). Prenons l’exemple concret d’une banque qui accorde un crédit moyen terme de 100 à une entreprise cliente. A l’octroi, la probabilité de défaut calculée est de 2%, la banque devra enregistrer une provision de 2. Au bout d’un an, la santé financière de l’entreprise se détériore (ex : augmentation de l’endettement et baisse de la rentabilité), la probabilité de défaut devient 20%, la banque devra alors constituer une provision supplémentaire de 18 pour porter le total des provisions à 20. Si le client fait défaut, la banque devra constituer une provision additionnelle de 80 seulement (et non de 100 sous IAS 39) car elle dispose de provisions déjà constituées progressivement.

Comment ces impacts seraient traduits sur les ratios prudentiels ?

Dans le cadre de la mise en place de réformes avec impacts financiers importants pour les banques nationales, Bank Al-Maghrib réalise systématiquement des études d’impact détaillées et définit des mesures transitoires, au même titre que les superviseurs internationaux. Ces mesures permettent de répartir les impacts progressivement sur plusieurs exercices et se conformer aux nouvelles normes sans pour autant obérer la rentabilité des banques et leur capacité à financer l’économie.

Ce fut le cas par exemple lors de la mise en place en 2014 de Bâle 3 au Maroc avec une période de progressivité entre 2014 et 2020 (mêmes dispositions transitoires accordées aux banques européennes). Cette progressivité nous a permis d’absorber les impacts de Bâle 3 sans changement de la politique de distribution des dividendes et ce malgré une croissance solide des crédits consolidés sur la période.

Concernant IFRS 9, nous ne connaissons pas encore la manière dont Bank Al-Maghrib traduira l’impact de ces mesures comptables sur les modes de calcul des ratios réglementaires. A titre de benchmark, le superviseur bancaire européen vient d’accorder récemment aux banques européennes une période de progressivité de 5 ans. En attendant la finalisation des modalités transitoires au Maroc, nous conservons une discipline stricte dans le pilotage de nos fonds propres et l’exécution de notre politique de gestion du capital.