Immobilier : un nouveau cycle haussier se dessine

• Plusieurs demandes d’acquisition mises en stand-by ont fini par se concrétiser.
• L’abaissement des droits d’enregistrement de 50% y est pour beaucoup
• D’où la prolongation de la mesure au 1er semestre de 2021.
• L’impact fiscal est estimé à des dizaines de millions de DH.

Le secteur immobilier confirme les quelques signes de redressement qu’il a donnés ces deux derniers mois. Si la demande destinée vers la location s’est bien comportée pendant la période post-confinement, portée par des ménages souhaitant davantage d’espaces verts et des commodités précises, l’acquisition, elle, marquait le pas. Actuellement, la demande pour l’achat des biens immobiliers commence à se redynamiser. Il y a certes le facteur lié à l’exonération partielle des droits d’enregistrement de 50% à hauteur de 2,5 MDH qui y est pour beaucoup dans la dynamisation des transactions, mais aussi «l’intégration dans l’esprit des clients potentiels d’une improbable baisse des prix à venir. Ceux qui étaient en stand-by ont fini par concrétiser leur acquisition», affirme un agent immobilier à Casablanca
L’indice des prix des actifs immobiliers (IPAI), calculés par BAM, bien qu’il ne soit pas significatif en terme de dynamisme des transactions et des prix sur les logements neufs, il renseigne sur la tendance du marché globalement. En tout cas, cet IPAI montre qu’après deux trimestres marqués par une baisse des transactions immobilières dans un contexte de crise sanitaire, il ressort, au troisième trimestre de 2020, en hausse de 3,6%, en glissement trimestriel, après une baisse de 3% constatée le trimestre précédent. En parallèle, le nombre de transactions est revenu à des niveaux comparables à ceux d’avant crise. Les ventes ont enregistré une hausse au troisième trimestre de 117,6% après des baisses trimestrielles de 41,4% au T2 et de 29% au T1. Notons que cette progression a concerné tous les segments (résidentiel, professionnel et même foncier).
Un autre professionnel se targue d’affirmer la conclusion de certaines transactions le dernier mois. «Elles étaient liées à des demandes exprimées bien avant la crise sanitaire. Elles ont été mises en attente, mais n’ont pas été annulées». «Nous revenons de loin. Nous nous attendions à une année d’un calme plat. Mais les transactions ont repris grâce à la reprise du moral des ménages et aussi aux mesures prises par l’Etat», ajoute un notaire.
Toutefois, le niveau des transactions actuel n’a pas encore atteint celui des années précédentes, sachant qu’elles-mêmes étaient déplorables pour les promoteurs. Toujours est-il, l’on peut parler de début de constitution d’une tendance à la hausse.
C’est justement grâce à cette nouvelle dynamique du secteur immobilier que le gouvernement a jugé bon de prolonger les mesures fiscales. Pour rappel, la limite de l’exonération partielle des droits d’enregistrement a été relevée à 4 MDH et le délai rallongé jusqu’à la fin du 1er semestre de l’année prochaine. «L’actualisation de cette mesure prend en compte la classe moyenne «plus» qui représente une large pondération des clients intéressés par l’acquisition. Cette catégorie s’oriente généralement vers les villas semi finies ou biens immobiliers spacieux et bien situés dont la valeur varie entre 3 et 4 MDH», explique un professionnel. Ce qui devra permettre d’absorber une partie du stock des promoteurs et ce, notamment dans les villes où les prix des biens immobiliers est élevé, à l’instar de Rabat et de Casablanca.
Cependant, certains opérateurs estiment que l’extension de cette mesure de 6 mois seulement n’est pas suffisante. «Cette mesure pousse une demande latente à se concrétiser mais attire aussi une demande nouvelle. Sauf que pour acheter un bien immobilier, les clients prennent un délai assez long, qui peut même dépasser une année. Il aurait été judicieux d’étendre cette mesure au moins jusqu’à la fin de 2021». Cela dit, fiscalement, cette disposition représente un manque à gagner lourd pour l’Etat, estimé à des dizaines de millions de DH.
A côté de cela, l’ouverture «officielle» des OPCI au segment des biens résidentiels devrait avoir un impact favorable sur le secteur immobilier. En effet, cela devrait permettre aux promoteurs de liquider leur stock de produits finis au profit des sociétés gestionnaires d’OPCI, de renflouer leur trésorerie et de faire tourner la machine de la production qui, pour certains, est à l’arrêt. En parallèle, elle devrait professionnaliser l’immobilier locatif résidentiel et rendre possible l’accession à une habitation, surtout pour les personnes non éligibles au financement bancaire. Sur le plan économique, cette décision devrait alimenter les caisses de l’Etat, et ce travers la vente massive de biens immobiliers.
Du reste, le maillon faible de la Loi de finances 2021 reste l’absence de mesures liées aux programmes des logements conventionnés, que ce soit pour les logements économiques et sociaux ou pour ceux destinés à la classe moyenne.