Habitat : Les mises en chantier décrochent sur fond de difficultés sectorielles

Le déficit de logement continue de se creuser sur fond de baisse des mises en chantier qui ont reculé de 13,6%. Plusieurs promoteurs se trouvent dans l’impossibilité de terminer leurs chantiers en raison de la flambée des prix et la rareté de certains produits. Ce qui impacte naturellement le coût et augmente les prix des logements. Pour dépasser cette problématique, l’Exécutif a opté pour un changement de cap stratégique en instituant l’aide directe aux acquéreurs.

Dans un contexte difficile impactant les promoteurs, les mises en chantier (MEC)sont en décrochage de 13,6% . D’après les données du ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Politique de la ville, arrêtés à fin août, les MEC ont atteint 97 886 unités d’habitation. Elles sont ventilées entre 55 653 lots et logements (dont 45420 unités économiques et sociales) et 42233 unités de restructuration. Pendant la même période de l’année 2021, les MEC se sont élevées à 113277 unités d’habitation (chiffre révisé), ventilées entre 48 810 unités (lots & logements) et 64 467 unités de restructuration. Pour rappel, les projets de logements sociaux se sont achevés en décembre 2020, mais ils se poursuivront jusqu’en 2026 avec un volume cible de 100 000 unités qui répondront aux besoins du marché, sachant qu’une étude réalisée par le ministère a montré que la demande en matière de logement s’élève à deux millions d’unités, dont 73% liées à la classe moyenne et aux populations les plus vulnérables.
Il faut dire que la baisse observée dans le rythme des mises en chantier sur l’année 2022 et 2021 est symptomatique d’un mal qui pèse de plus en plus sur les promoteurs immobiliers depuis la fin de l’année 2021 : la hausse du coût de revient des logements dans un contexte marqué par le renchérissement des matières premières et des matériaux de construction. En effet, les promoteurs affirment que l’inflation a fait beaucoup de dégâts. Certains se disent dans l’impossibilité de terminer leurs chantiers en raison de la flambée des prix et la rareté de certains produits. Ce qui impacte naturellement le coût et augmente les prix des logements. Selon les estimations de quelques professionnels, le coût de revient atteint dans certains cas les 300000DH alors que le prix de vente, connu de tous, est de 250 000 DH. Pour la profession, la véritable problématique qui pèse sur le secteur est le prix du foncier qui ne cesse d’augmenter, alors qu’aucune disposition urbanistique n’est prise pour rectifier le tir et ainsi participer à la baisse du coût de revient des promoteurs.
Pour dépasser cette problématique de prix, l’Exécutif a opté pour un changement de cap stratégique. Dans la Loi de finances 2023, le gouvernement a mis en place le dispositif d’aide directe aux acquéreurs pour faciliter l’accès à la propriété. Un intérêt particulier est désormais accordé à la facilitation de l’accès au logement décent, en raison de son importance en tant qu’aspect d’une vie digne. Il a ainsi été décidé de changer de méthode d’aide visant à échanger les dépenses fiscales (exonérations) dont la mesure de l’impact social et économique reste difficile, par un soutien direct pour l’accès à la propriété. Concrètement, ce soutien est de nature à promouvoir et faciliter davantage l’accès au logement, en particulier à la classe moyenne, puisqu’il contribuerait certainement à la préservation du pouvoir d’achat du citoyen. Pour les experts immobiliers, cette aide directe bénéficiera non seulement à l’écosystème de l’immobilier, mais à toute l’économie nationale. Sachant que les conditions pour être éligible à cette aide sont draconiennes pour garantir que seules les populations visées par ce dispositif seront servies. Le ministère est catégorique dans ce sens. «Nous avons élargi la base des bénéficiaires pour toucher également la classe moyenne, à travers une aide directe pour l’acquisition du premier logement. Tout cela sera précisé dans l’acte notarial. Evidemment, nous n’allons pas subventionner l’achat des maisons secondaires», souligne-t-on auprès du ministère de l’Economie et des Finances.
D’après le ministre délégué au budget, les détails concernant le montant de l’aide, les conditions et les modalités à respecter pour en bénéficier seront déterminés dans un décret sur lequel travaille actuellement le ministère de l’Economie et des Finances. Un plafond a été défini, parce que le prix de l’immobilier diffère en fonction des villes. Quand un citoyen trouve le logement qui lui convient dans la limite de 300000DH, l’Etat lui accorde le montant de l’aide afférent qui sera déterminé par voie réglementaire.

Satisfaire un besoin de deux millions d’unités

Pour la classe moyenne, les réalisations atteintes dans le cadre du programme mis en place depuis 2013 par la tutelle au profit de cette population restent timides. Seulement 11328 logements ont été réalisés dans ce sens. Un volume modeste comparé au logement social qui, au terme de son déploiement (2020), a permis la construction de 600 000 unités, tandis que 100 000 autres sont en cours de réalisation. Des études récentes ont montré que la demande totale a atteint deux millions d’unités, dont 70% appartiennent à la classe sociale et moyenne. En réponse à cette demande, et pour encourager les investissements, le ministère travaille à la création d’un nouveau programme, avec une nouvelle approche, dans laquelle seront proposées des offres pour la classe la plus vulnérable, la classe sociale et la classe moyenne. Ce nouveau programme fait l’objet d’une concertation nationale et régionale. L’objectif étant de réduire le gap entre l’offre et la demande afin d’encourager les investisseurs et les bénéficiaires conformément aux dispositions du nouveau modèle de développement.