BTP : Les entreprises du bâtiment exposées à plusieurs difficultés

La faiblesse des commandes publique et privée affecte l’activité des entreprises du secteur. Celles-ci pâtissent aussi de la concurrence étrangère, de l’informel et de l’accumulation des impayés. A cause du manque de visibilité, la machine tourne sans l’élaboration de stratégies.

Le secteur du BTP est près de boucler sa 6e année de morosité. La baisse du volume des commandes privées et publiques altère l’activité des entreprises de ce secteur. D’ailleurs, elles ont été plusieurs à mettre la clé sous la porte. Parmi les 6 000 défaillances d’entreprises enregistrées par l’Observatoire du commerce de l’assureur crédit Euler Hermes en 2016, une grande partie est issue du BTP. Bref, un climat d’incertitudes ambiant caractérise le secteur. Pour s’en sortir, certaines ont dû réduire leur prix pour tenter de gagner des marchés, sachant que les estimations des maîtres d’ouvrage sont déjà inscrites à la baisse depuis quelques années. Ce qui comprime leurs marges.

En plus de cela, elles font face au problème de l’ouverture de tous les appels d’offres financés par le Budget général de l’Etat à la concurrence étrangère et sans aucune limite, alors que les appels d’offres publics sont ailleurs réservés aux entreprises nationales uniquement. Cette situation les expose au refus de la majorité des maîtres d’ouvrage d’appliquer la préférence nationale fixée par les cahiers des prescriptions spécifiques, selon laquelle 15% des marchés seraient réservés aux entreprises marocaines. En effet, il est plusieurs cas où les soumissionnaires retenus, dans le cadre d’appels d’offres publics, soient essentiellement étrangers.

Ce contexte encourage inévitablement une concurrence déloyale de la part des entreprises étrangères au regard de l’attractivité des prix proposés. Elles appliquent ainsi des prix dumping, aidées en cela par différentes formes de soutien et de subvention de la part de l’Etat de leur pays d’origine. Une autre forme de concurrence continue de progresser dans les projets de bâtiments. Il s’agit de l’informel qui prend des ampleurs alarmantes. Les pratiques informelles sont en fait encouragées par certains promoteurs qui ne cessent de faire appel à des entreprises non structurées, avec pour principal argument les bas prix, au détriment de la qualité et de la sécurité.

Le retard de paiement est aussi l’un des problèmes qui pénalise la profession. Ils dépassent généralement les 90 jours, affectant directement la trésorerie des entreprises. Du coup, elles se trouvent obligées de se diriger vers les banques pour assurer la continuité de leur activité. Mais ces établissements de crédit se trouvent généralement réticents à leur accorder des prêts. En cause, plusieurs d’entre elles cumulent déjà des créances impayées et la conjoncture globale ne montre pas des signes d’amélioration.

C’est en fait un cercle vicieux duquel les entreprises ont du mal à s’extraire. S’ajoute à cela les licenciements économiques auxquels procèdent les entreprises, que ce soit pour le personnel salarié ou temporaire. Actuellement, plusieurs entreprises fonctionnent au jour le jour, sans établir forcément de vision long termiste ou une stratégie pour définir leurs perspectives d’évolution vu l’absence de visibilité totale qui règne sur le marché.

La dernière enquête trimestrielle de conjoncture de la CGEM, mesurant les principales préoccupations des unités entrepreneuriales, quelles que soient leurs tailles, relève que les entreprises du BTP sont préoccupées par plusieurs difficultés dont notamment l’accès au financement. La concurrence déloyale constitue pour 23% des dirigeants un facteur menaçant pour leurs activités. Les problèmes liés à la baisse de l’activité, aux risques d’impayés, à l’impact des délais de paiement et à l’évolution des marchés publics sont autant d’obstacles qui ont été cités par les dirigeants d’entreprises. Du côté de la perception globale qu’ils ont de l’environnement des affaires, les dirigeants n’ont pas changé d’avis par rapport aux enquêtes trimestrielles précédentes. Ils ne perçoivent pas d’évolution d’ici la fin de l’année.