Ils s’installent dans une zone industrielle et se retrouvent coupés du monde…

Courrier mal distribué, éclairage public défaillant, moyens de transport inexistants.
Les 36 opérateurs installés dans la zone de Ouled Salah vivent
un calvaire.

Situation pour le moins étrange que celle vécue par les opérateurs économiques de la nouvelle zone industrielle d’Ouled Salah, dans la région casablancaise (mitoyenne de la zone industrielle de Bouskoura). Installées dans une zone présentée comme industrielle, leurs entreprises manquent des plus élémentaires services que l’on pourrait s’attendre à trouver sur ce type de site. S’ils sont unanimes à saluer les efforts des autorités et des élus (et spécialement l’écoute du gouverneur), ils se sentent victimes de la non-valorisation de leur zone. Abdeslam Alaoui El Hassani, exportateur dans le secteur de la chaussure, Hassan Benchekroun, textilien, Joël Ohnouna, fabricant de câblages, Chikhaoui Baghdad, industriel dans le domaine des composants électroniques et Saad Filali de Stokvis, expriment diversement leur contrariété. Abdeslam Alaoui est de ceux qui ne mâchent pas leurs mots. «Comment voulez-vous que je travaille quand je suis coupé du monde et que, dès le soir tombé, je me sens dans l’insécurité à cause d’une absence totale d’éclairage dans mon secteur», se plaint-il. Pour le reste des industriels cités, il y a urgence à assurer aussi bien le ramassage des ordures que la distribution du courrier. Le représentant de Stokvis est formel: «Des factures impayées parce que non reçues nous valent des coupures de téléphone ou d’internet aux conséquences déplorables sur notre productivité».

Le taux d’absentéisme dû à l’inexistence de transport public dépasse les 13 %.
Hassan Benchekroun et Abdeslam Alaoui El Massani se relaient pour insister sur les conséquences de l’absence de desserte par les transports en commun. «Le taux de retard et d’absentéisme (plus de 13 % pour certaines sociétés) est une vraie plaie. Il faut savoir que le travail à la chaîne se trouve rompu par une seule absence. Ceci alors que, explique Abdeslam Alaoui, j’assure personnellement le transport de mes propres ouvriers, mais mes voitures se rendent dans des points fixes pour le ramassage et ne peuvent pas attendre les retardataires». Pour remédier à ces dysfonctionnements, les industriels réclament l’extension de la ligne de train Al Bidaoui ou encore la mise en service de lignes d’autobus. Cela les aidera, disent-ils, à trouver plus facilement une main-d’œuvre dont ils déplorent la rareté. Il est avancé que les travailleurs résidant à Bouskoura et région n’ont pas de moyens pour parcourir à pied les 3 ou 4 km les séparant de leur lieu de travail où la sécurité fait défaut tôt le matin et dès la tombée de la nuit. En parcourant la zone, on s’aperçoit que les lampadaires sont bien là, mais à cause d’un manque d’entretien flagrant, beaucoup ne sont pas opérationnels. « Tout cela n’encourage pas l’éclosion d’activités annexes comme la restauration ou d’autres services», ajoute Hassan Benchekroun.

Un coup d’œil sur le cahier des charges établi par l’aménageur-développeur qu’est l’Agence urbaine prévoit, pourtant, parmi les surfaces d’équipements, un équipement administratif, un centre commercial, un centre de santé, des espaces alloués aux services de la gendarmerie ou encore une antenne des sapeurs-pompiers… et même des emplacements pour des fours et hammams, sachant qu’une partie de la zone est destinée à l’habitation. «Non seulement ce déficit d’équipements perturbe nos activités mais il pèse sur notre compétitivité», revient à la charge Abdeslam Alaoui. Pour ce professionnel de la chaussure, la viabilité de son usine est quelque peu compromise alors que, dit-il, «j’ai acheté mon lot en 1998 et construit dès 2000 pour être opérationnel en 2002. J’attends toujours d’avoir les moyens qu’on m’a promis pour travailler correctement».

Les élus invoquent les contraintes budgétaires
Aujourd’hui, la zone, qui s’étend sur 105 hectares, est occupée à peu près au tiers (36 entreprises pour plus de 140 lots équipés) et emploie moins de 500 personnes alors qu’elle devrait créer enviriron 10 000 emplois, estiment les industriels.

S’il faut indubitablement reconnaître la légitimité des demandes des industriels de cette zone, on souligne que commune et autorités ont fait bouger les choses, ces derniers mois. En témoignent les actions entreprises pour augmenter la pression de l’eau (travaux de Lydec), une partie de l’éclairage public, les rondes de la gendarmerie ou encore le tronçon de route devant relier la zone à l’autoroute et qui est déjà programmée. Le président de la commune, Abdelouhad Balazi, contacté par La Vie éco, affirme les bonnes dispositions des élus vis-à-vis des demandes des entrepreneurs. «Nous essayons de répondre aux demandes des industriels, mais il faut prendre en considération deux choses : nous ne sommes pas la seule partie concernée et nos contraintes budgétaires ne nous permettent pas d’aller aussi vite que les industriels le voudraient. Parmi nos efforts, le fait d’assurer la collecte des déchets industriels. Quant au transport, nous avons pris langue avec M’dina bus. Mais à l’impossible nul n’est tenu», affirme-t-il. Certes, mais quel est le tort des investisseurs ? Celui de s’être installés sur un site programmé et aménagé par des organes étatiques ?