Il y a encore à faire sur le foncier et la dématérialisation des procédures

Dachser, entreprise familiale basée à Kempten en Allemagne, est l’un des principaux prestataires de solutions de transport et de logistique en Europe.

Dachser est aujourd’hui bien implanté au Maroc. Une première question : Quels sont les facteurs déterminants qui ont fait que le groupe ait porté son choix sur le Maroc ?

Effectivement, nous sommes implantés au Maroc depuis plus de 30 ans. En 1984, la décision de Graveleau, (entreprise rachetée en 1999 par DACHSER) d’ouvrir une filiale à Casablanca répondait à la demande croissante de ses clients français qui souhaitaient délocaliser ou sous-traiter leurs unités de production au Maroc, notamment dans le domaine du textile et de la chaussure. Nous avons été pionners et innovateurs ; depuis nous avons toujours gardé cet état d’esprit et sommes aujourd’hui leaders dans le domaine logistique.

En tant qu’opérateur majeur dans le transport et la logistique au Maroc et en Europe, quel regard portez-vous sur le développement du secteur au Maroc et sur les défis qui restent à relever pour élever son niveau au rang des standards européens et mondiaux ?

Un progrès significatif a été enregistré ces 15 dernières années et nous commençons à avoir des offres de qualité sur le marché. Schématiquement, nous sommes passés de l’ère artisanale à l’ère industrielle. Les effets de la stratégie logistique commencent à se faire sentir par la mise en place des premières réglementations. L’émergence d’une demande du marché en attente de transparence en est un des effets positifs.

En marge des réformes, il est nécessaire avant tout de faire respecter les lois fondamentales et existantes de sécurité (surcharge, produits dangereux…) et de contrôle de l’état des véhicules et concrètement valoriser à travers de la formation, les métiers autour de la supply chain comme par exemple les chauffeurs routiers. Ces formations permettraient de les préparer à une nouvelle culture métier et contribuer ainsi à élever le niveau des standards marocains.

La mutation du transport traditionnel vers un transport totalement réglementé n’est pas encore finalisée. Néanmoins, il existe d’importantes sociétés de transport et de messagerie qui participent à la professionnalisation du secteur. Une certaine rationalisation s’opère avec justement l’émergence de ces prestataires nationaux et internationaux.

En veille technologique et recherches constantes de solutions qui optimisent la chaîne logistique de nos clients, nous sommes aujourd’hui agréés pour le transport des produits dangereux mais également pour le transport et le stockage des produits agroalimentaires qui nécessitent des processus particuliers. Nous participons activement à l’élévation des standards par l’obtention de ces agréments (EPP, catégorisation douane, transitaire agréé, MEAD, IATA, ATAF, ADR, ONSSA…) qui accréditent nos process et nos structures.

Partant de la longue expérience du groupe et de son savoir-faire, quels sont selon vous les points de vigilance et les améliorations à apporter à court terme pour accélérer la montée en puissance de la logistique moderne au Maroc ?

L’amélioration des conditions de transport logistiques revêt un enjeu majeur pour l’économie nationale, au regard de l’impact que la logistique exerce sur la compétitivité de l’industrie.

La stratégie nationale pour le développement de la compétitivité logistique, qui a fait l’objet du contrat-programme 2010-2015 est à la fois réaliste et ambitieux. Depuis 30 ans nous avons pu suivre l’évolution du secteur dans tous les domaines et les progrès sont considérables : réglementation des Douanes, développement du réseau routier et des infrastructures portuaires, émergence d’une offre de ressources humaines plus en adéquation avec nos besoins.

Aujourd’hui, certains points restent toujours d’actualité quant à la croissance  du secteur. Pour nous, en tant qu’opérateurs logistiques, la libération du foncier par exemple, pour lutter contre la cherté des terres tarde à se réaliser. DACHSER Morocco a investi plus de 120 millions de dirhams depuis sa création en 1984, notamment dans l’achat du foncier pour la création de notre site logistique de Mohammédia et de nos MEAD. Nous envisageons de nous étendre mais nous ne pouvons pas bâtir de stratégie définie tant que des mesures concrètes ne sont pas appliquées. Nos projets d’investissement en infrastructure sont donc en stand-by pour le moment. Nous sommes également en attente de la dématérialisation des procédures douanières pour favoriser la transparence des opérations, limiter l’intervention humaine et accélérer les procédures de dédouanement.

Quels sont les projets du groupe pour les années à venir quant au développement des ses sites et activités au Maroc ?

Notre développement au Maroc s’articule autour de solutions sectorielles. En effet, nous disposons aujourd’hui de l’agrément sanitaire de l’ONSSA qui nous permet d’offrir des services logistiques aux sociétés agroalimentaires et également de l’agrément ADR qui permet le stockage et le transport des matières dangereuses. Nous sommes devenus aujourd’hui un acteur reconnu dans le secteur de l’aérospace  de l’automobile et de la chimie notamment par nos prestations pour BASF qui consistait en l’acheminement de 27000 tonnes de nitrate de sodium (nécessaire à la station Noor pour le stockage de l’énergie solaire) du port de Casablanca au complexe solaire de Ouarzazate, au rythme de plus de 20 camions par jour, et ce, durant 4 mois, en partenariat et sous escorte de la Gendarmerie royale.

En marge du transport national que nous comptons développer fortement, des solutions de transport combiné Air&Road et Sea&Road qui permettent à nos clients de mieux rationaliser leur ratio coût/délai notamment par nos lignes directes Maroc, Asie et USA.

Notre objectif est d’apporter notre expertise logistique internationale à nos partenaires locaux et proposer notre maîtrise du marché local à nos partenaires internationaux.

Le groupe Dachser exploite-t-il pleinement aujourd’hui les opportunités qu’offre un port comme Tanger Med ?

L’axe stratégique de notre croissance s’articule autour du développement de centres logistiques nationaux (Casablanca, Mohammédia et Tanger) et international à Tanger Med pour s’interconnecter au réseau DACHSER et dynamiser les échanges entre les différentes zones économiques.

Aujourd’hui, nous disposons déjà d’un bureau de représentation à Tanger Med chargé de la coordination des remorques venant de l’international et d’un site d’exploitation MEAD sur Tanger d’une superficie de 7.500 m2.

Pour le moment, nous n’envisageons pas d’investir dans la free zone de Tanger Med mais restons à l’écoute des opportunités qui se présenteront.

Sur le plan managérial, quel regard portez-vous sur la problématique des ressources humaines et des compétences ? Trouvez-vous facilement et en nombre suffisant les profils adéquats et bien formés ?

DACHSER Morocco est parfois confronté à un manque de ressources humaines au profil adapté aux exigences des différents métiers de la supply chain logistique.

La formation interne de nos collaborateurs tient une place importante dans la politique de DACHSER. En effet, les besoins en formation interne sont définis annuellement par nos équipes managériales et un plan de formation et /ou de perfectionnement est établi.

La logistique exige des collaborateurs un engagement fort et des connaissances spécialisées approfondies.

Formation et valorisation doivent fonctionner en adéquation. Les formations sont un formidable levier pour développer une culture métier et contribuent à valoriser le métier et les compétences de ceux qui en bénéficient.