Il y a dix ans naissait l’Afem grà¢ce à  la volonté d’une poignée de femmes

Née d’une volonté de mieux impliquer les femmes dans le processus de réformes et de développement économique, elle a su faire entendre sa voix.
Incubateurs d’entreprises, reconversions vers des métiers qualifiants, régionalisation, plusieurs chantiers menés en dix ans.
L’Association a noué de nombreux partenariats nationaux et internationaux.

Elles n’étaient qu’une dizaine au lancement de l’Association des femmes chefs d’entreprises du Maroc (AFEM) en 2000. Elles sont aujourd’hui près de 500.
Un joli parcours pour cette association dont l’objectif est de promouvoir le rôle de la femme dans la vie économique du Maroc. Pour Saloua Karkri Belkeziz, première présidente de l’AFEM jusqu’en 2006, actuellement patron de GFI et parlementaire, la création d’une telle association s’est imposée d’elle-même à une époque où le pays vivait sous le signe des réformes alors que les femmes chefs d’entreprises n’étaient que rarement invitées à venir débattre sur des problématiques qui les concernaient tout autant que leurs homologues masculins. Il en allait de même de la représentativité des femmes chefs d’entreprises lors de déplacements à l’étranger dans le cadre des missions commerciales ou celles entreprises par la CGEM. Partant de ce constat, Mme Karkri, accompagnée entre autres de Khadija Sijilmassi et de Saïda Karim Lamrani, se lance dans la création d’une association dédiée aux femmes chefs d’entreprises.
L’AFEM naît donc le 28 septembre 2 000 et se positionne dès le départ aux côtés de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) qui a fini par attribuer deux sièges de son conseil d’administration aux associations de femmes chefs d’entreprises, lors de la refonte de ses statuts en 2002. Depuis, bien du chemin a été parcouru et l’association en est aujourd’hui à sa troisième présidente. Après deux mandats, Saloua Karkri Belkeziz a cédé, en 2006, son fauteuil à Boutayna Iraqi Houssaïni, patron de Locamed et parlementaire. Cette dernière, se contentant d’un seul mandat, a laissé la place, en 2009, à  Fatima Soraya Badraoui Idrissi, dg de Top Class.

La régionalisation est devenue une nouvelle priorité

En dix ans, l’AFEM a su développer des activités destinées aux femmes, qu’elles soient déjà chefs d’entreprises ou qu’elles veuillent le devenir. A l’image du programme Casa Pionnières qui, depuis 2007, a aidé une cinquantaine de femmes à monter leur projet de création d’entreprises.  «La création d’incubateurs a été un succès et nous  avons pu héberger une quarantaine d’entreprises. L’engouement qu’il a connu a démontré que nous pourrions augmenter le nombre de femmes chefs d’entreprises d’au moins 10 % au Maroc», se réjouit Bouthayna Iraqi. Un deuxième incubateur, Rabat Pionnières, a été inauguré dans la capitale en 2009. «Nous comptons multiplier nos incubateurs au niveau des autres régions et nous entamons à cette rentrée des démarches pour sensibiliser les autorités au niveau concernés», commente Mme Badraoui.
A travers ce concept, inspiré de Paris Pionnières créee en 2005 en France, l’AFEM offre un hébergement et une domiciliation commerciale pour 18 mois, dans un espace de 500 m2 offert par le ministère des habous et des affaires islamiques, aux projets sélectionnés. Quant au programme «Reprofilage», lancé, lui aussi en 2007, il permet à des jeunes femmes diplômées en recherche d’emploi de profiter d’ateliers de formation en partenariat avec les universités Hassan II de Casablanca et Cadi Ayadd de Marrakech, en vue d’une meilleure insertion professionnelle au sein des entreprises membres de l’AFEM. Deux expériences ont déjà été menées et une centaine de jeunes femmes en ont bénéficié. Une troisième édition est à l’étude avec le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle.
Disposant de délégations dans la plupart des grandes villes, l’AFEM de 2010 compte accélérer un programme de régionalisation qui a connu, entre 2006 et 2009, l’ouverture de 5 nouveaux bureaux. «Il faut accompagner les stratégies sectorielles de la régionalisation, telle la politique de promotion de la pêche dans les provinces du Sud», précise Mme Karkri. «Nous souhaitons également renforcer la représentativité de notre association au sein des conseils d’administration de certains organismes à caractère économique tels l’OFPPT, la CNSS ou la CIMR» , poursuit Mme Badraoui. En outre, l’association prévoit la remise pour cette fin d’année d’une étude quantitative et qualitative sur l’entreprenariat féminin au Maroc. Les dernières statistiques à ce sujet remontent à 2004 et faisaient état de près de 5 000 femmes chefs d’entreprises dans le pays.

Un tremplin pour des postes politiques

«Les entraves que la femme connaissait en 2000 existent toujours mais le travail de l’AFEM fait en sorte que les femmes soient mises en avant. Les témoignages de succès permettent d’encourager toutes les femmes entrepreneures», précise Mme Badraoui.
L’égalité des salaires, l’accès à la formation, l’évolution des carrières sont autant de thématiques sur lesquelles se penche l’AFEM. «Ce que je souhaite, c’est que dans dix ans, l’AFEM n’ait plus de raison d’exister», espère Mme Karkri. Pour l’heure, elle profite aux 500 femmes chefs d’entreprises, gérantes et directrices adjointes qui en sont membres. «Par ses ancrées dans le sillon de la politique économique et sociale de notre pays, l’AFEM est reconnue de tous comme un acteur incontournable de la société civile», s’enthousiasme Mme Iraqi.
«L’AFEM joue un rôle important dans la visibilité des femmes. Si on ne les remarque pas, elles ont peu de chance d’être nommées à des postes importants», ajoute Mme Karkri. Au fil du temps, l’AFEM qui s’est faite certifier ISO 9001, en juin 2008,  et qui arrive aujourd’hui à lever des fonds auprès des ONG internationales, a mis un pied dans la politique. Régulièrement, l’association est consultée sur des sujets aussi pointus que la Loi de finances et la régionalisation. Et ce n’est certainement pas un hasard si Mmes Karkri et Iraqi sont parlementaires.