«Il faut améliorer les pratiques et les outils utilisés dans la plantation, l’irrigation et la fertilisation du safran»

• Quatre centres de collecte de bulbes, une plateforme de 3 ha pour la recherche et le GIE Dar Azzaafran ont été créés.
• La filière souffre du manque de main-d’œuvre pour la récolte et l’émondage.
• Les étapes de production du safran se basent, à plus de 95%, sur des pratiques traditionnelles manuelles.

• La filière du safran a bénéficié d’une attention particulière durant ces dernières années. Comment a-t-elle évolué ces dernières années ?
Le Plan Maroc Vert a fortement contribué au développement de la filière du safran tant sur le plan de la production, que de l’exploitation, ou encore au niveau de la structuration de l’interprofession. Ainsi, le contrat programme qui a été conclu avec le ministère de l’agriculture et qui a porté sur la période 2012-2018 a abouti à des résultats pour le moins appréciables. En effet, la superficie cultivée est passée de 610 ha en 2008 à 1944 ha en 2020 et la production a atteint 6,2 tonnes, contre seulement 1,5 tonne en 2008. La production moyenne qui, pour sa part, était de 2,5 kg/ha, est montée à 3,2 kg/ha. A côté de cela, 150 coopératives ont été créées, en plus de 2 sociétés et 2 associations. Par ailleurs, le PMV a permis le creusement et l’équipement de 16 forages ainsi que l’approvisionnement des agriculteurs en bulbes du safran. Le système d’irrigation en goutte-à-goutte a également contribué au développement de la filière. D’ailleurs, 3 600 ha ont été équipés avec cette méthode (cette superficie englobe d’autres cultures à côté du safran). D’autant que la filière a connu un saut remarquable en matière d’organisation, puisque 4 centres de collecte de bulbes ont été mis en place, une plateforme de 3 ha pour la recherche, ainsi que Dar Azzaafran (ndlr : il s’agit d’un GIE dont l’objectif est le développement de la filière safran et les conditions de vie des producteurs, l’élimination d’un nombre trop important d’intermédiaires et la commercialisation directe auprès de magasins spécialisés, particuliers…). Pendant la période 2012-2018, plusieurs journées d’informations et de sensibilisation ont été organisées, ainsi que des formations et voyages d’études au profit des acteurs de la filière.

• L’informel est l’une des grandes difficultés dont souffre la filière. Comment l’interprofession agit pour combattre ce fléau ?
Absolument. L’informel demeure une entrave de taille pour le secteur, représentant un manque à gagner considérable. Avec la création de la fédération FIMASAFRAN et l’obtention de la reconnaissance, des efforts ont été entrepris afin de pallier cette difficulté. Ainsi, la fédération n’a pas lésiné sur les moyens afin de structurer une grande partie des producteurs dans des coopératives et des commerçants dans des associations. De même, deux collèges ont été créés. Le 1er concerne la fédération des producteurs et la seconde, celle des commerçants qui, à eux deux, regroupent plus de 70 % des acteurs.

• La filière pâtit de plusieurs autres contraintes liées à l’exploitation même du safran. Quelles en sont les plus importantes, sur lesquelles la fédération se penche ?
Les contraintes sont nombreuses, à commencer par la fraude. Vu son prix élevé, le safran est souvent sujet à des falsifications et adultérations pour tirer le maximum de profit de sa vente. La filière souffre du manque de main-d’œuvre pour la récolte et l’émondage, et ce, en raison, en grande partie, du problème d’exode rural vers les villes, de la scolarisation des enfants et du vieillissement des agriculteurs. Ce problème devient crucial lors des floraisons quotidiennes abondantes durant près de 6 semaines entre début octobre et mi- novembre.
La fuite des bulbes constitue également une contrainte. Ce phénomène a pris de l’ampleur avec l’augmentation des besoins en bulbes depuis 2009, même au niveau international (France, Suisse et Espagne). Ce qui a entraîné une hausse des exportations. Chose qui a poussé les autorités locales et le gouvernement à publier un décret interdisant l’exportation des bulbes de safran. A cela s’ajoute la coopération insuffisante entre les producteurs. Ces derniers s’impliquent peu à cause du manque de confiance envers les coopératives. La principale raison réside dans le fait que les coopératives, faute de fonds de roulement, rémunèrent les producteurs après l’encaissement de la vente, alors que le paiement au souk est instantané. D’autres contraintes viennent s’additionner, à l’instar des changements climatiques qui causent un problème d’irrigation des safranières lors des années sans pluies et une diminution des zones de production à cause de la chaleur ; de l’infrastructure peu développée, de l’éloignement des marchés de consommation et de la dominance d’un système de commercialisation traditionnel informel…

• Comment pouvez-vous juger la qualité du safran marocain, face à la production d’autres pays, notamment en Asie ?
Le safran marocain est connu par sa qualité et particulièrement sa richesse en crocine, picrocrocine et en safranal, qui constituent les éléments essentiels de conformité aux exigences de la norme internationale du safran ISO/TS 3632 et la norme de qualité NM 08.1.037/2007 relative aux spécifications du produit. La qualité de l’offre est aussi renforcée par l’obligation des différents acteurs à se conformer aux exigences du label AOP (Appellation d’Origine Protégée) pour le safran de Taliouine. Les unités certifiées AOP safran de Taliouine s’engagent à mener un autocontrôle annuel pour la vérification du respect des conditions de production d’un safran de qualité.
Les étapes de production du safran au Maroc se basent, à plus de 95 %, sur des pratiques traditionnelles manuelles (préparation du sol, plantation, irrigation, récolte, séchage et stockage), et sans utilisation de produits chimiques au traitement. Par contre, les autres pays utilisent d’autres pratiques plus mécaniques avec même des traitements à base de produits chimiques.

• Quelles sont les raisons derrière le prix élevé du safran ?
Le Maroc produit un safran de qualité qui jouit d’un savoir-faire ancestral dans la zone de Taliouine. Mis à part ce facteur, plusieurs raisons entrent en jeu. Il faut dire que les zones de culture du safran sont éloignées de toute contamination urbaine. De plus, le manque de main- d’œuvre qualifiée au moment de la plantation et de la récolte (août-novembre), renchérit davantage son coût. Ce qui rend le coût de production global très élevé.

• Ces contraintes représentent certainement des axes d’amélioration autour desquels tourne la stratégie Generation Green…
La stratégie Generation Green qui s’inscrit dans la continuité du Plan Maroc Vert, a mis l’accent sur plusieurs volets pour le développement de ce produit marocain qui est très compétitif. Parmi les axes d’amélioration, on cite le renforcement de la recherche sur le safran qui est encore faible au Maroc et de la formation, tout en poursuivant les initiatives lancées en matière de voyages d’étude à l’échelle nationale et internationale. Il est important aussi de tirer profit du e-commerce, du marketing et de la digitalisation et de se tourner vers les acteurs de la filière afin de leur assurer une sécurité sociale. Enfin, la filière devra s’ouvrir sur l’industrie alimentaire et la transformation du safran.