Il crée un pont entre la recherche scientifique et l’industrie

Promu à la tête de Mascir en décembre 2014, Hicham Bouzekri a commencé sa carrière dans l’électronique. Sa mission est de permettre aux chercheurs de convertir leurs projets scientifiques innovants en véritables projets industriels générateurs de revenus. Mascir n’entre pas en compétition avec les PME mais aspire à amener les industriels à adopter ses projets dans un objectif de création de valeur ajoutée.

Ingénieur de formation, diplômé en électronique de l’Ecole Mohammadia et détenteur d’un Master de l’Université de Floride et d’un Phd de l’Université de Texas A&M, Hicham Bouzekri a pris, depuis 2 ans, les rênes de Mascir (Moroccan association for Advanced science and innovation). A travers ce centre de recherche anglophone initié par l’Etat en 2007 et soutenu par la Fondation OCP, M. Bouzekri aide les chercheurs marocains et étrangers à concrétiser leurs projets de recherche à l’échelle industrielle. «J’ai toujours été passionné par la création de ponts entre l’académique et l’industriel. Après avoir obtenu mon Phd, j’ai été recruté en septembre 2002 par l’Université Al Akhawayn en tant que professeur associé. En parallèle, j’ai eu la chance de rejoindre une équipe de 8 personnes de ST-Microelectronics qui avait pour mission de créer le premier centre de conception de circuits intégrés dans la région. Le premier projet, appelé Tahaddi, avait pour objectif le portage d’un circuit intégré pour le décodage de la télévision numérique dix ans avant la généralisation de la technologie dans les foyers marocains», dit non sans fierté M. Bouzekri. Le défi étant relevé, le métier de l’électronique a commencé à susciter l’intérêt des jeunes ingénieurs. En somme, 220 ingénieurs ont formé les nouvelles équipes de ST-Microelectronics. La multinationale a construit un bâtiment pour les accueillir.

Un début de carrière dans l’électronique

Néanmoins, la crise de 2008 a fait échouer les projets de ST-Microelectronics, devenue ST-Ericsson en 2012 avant de disparaître deux ans plus tard. Les ingénieurs ont rejoint d’autres multinationales du secteur de l’électronique. En 2013, Hicham Bouzekri rejoint Mascir en tant que directeur business développement et valorisation mais il ne coupe pas les ponts avec le monde de l’électronique. Depuis 2015, il préside le nouveau cluster CE3M (électronique, micro-électronique et mécatronique) au Maroc qui aide à la création de start-up innovantes dans le secteur. Comme pour prendre sa revanche sur le passé, il chapeaute le cluster depuis le siège de Mascir, bâtiment construit par son ancien employeur ST-Microelectronics et récupéré par la fondation à but non lucratif à des fins de recherche scientifique. Ce centre de recherche emploie 140 personnes dont une soixantaine de docteurs, une cinquantaine d’ingénieurs et de techniciens et une quarantaine d’étudiants chercheurs.

Mascir se veut aussi un centre de recherche international. D’autres domaines tels que la Smart Agriculture, accomplis par des chercheurs marocains, émergent.

Au delà de la recherche scientifique, le but est de susciter l’intérêt d’industriels par le biais de contrats de commercialisation une fois le projet innovant testé et jugé économiquement viable. En contrepartie, ces entreprises rémunèrent Mascir par le biais de royalties ou de contrats de valorisation ou de services. A leur tour, les chercheurs sont rémunérés par un système indexé sur la performance. Par exemple, le nombre de publications et leur qualité, le nombre de brevets déposés (avec un taux d’acceptation des revendications de l’OMPIC de 80% et plus), la capacité à mobiliser des financements externes et la capacité à exécuter. Et pour permettre à ce mode de rémunération d’évoluer, Hicham Bouzekri aspire à créer des start-up innovantes capables de créer de la valeur ajoutée économique à partir d’un projet de recherche scientifique.

Moldiag, première start-up à succès de Mascir

«Nous avons déjà de belles réussites à notre actif telles que la start-up Moldiag qui commercialise des kits de diagnostic tel celui de la tuberculose par simple test de salive dont les réactifs ont été développés par Mascir et protégés par des brevets. Un autre kit de diagnostic de la leucémie a fait l’objet d’un contrat de commercialisation par le laboratoire marocain Sothema. Primée par un incubateur américain, Moldiag a été choisie parmi les 3 start-up africaines retenues au niveau mondial pour concourir à Washington DC. Elle participe également au concours de start-up africaines de la Fondation BMCE. Une autre start-up, Point of Care for Infection Diseases, développe un dispositif électronique portable qui sert de kit pour le diagnostic des maladies infectieuses. Elle a été choisie parmi les 500 entreprises les plus innovantes par Hello Tomorrow, un concours organisé à Paris. On est en train de construire plusieurs exemples similaires», assure le DG de Mascir. En réalité, depuis son arrivée à la fondation, Hicham Bouzekri a une vision transverse de l’ensemble des axes de recherche à Mascir. «Un travail de fond a été mené pour orienter les efforts de nos chercheurs vers des problématiques terrain et la création, par la conduite d’une R&D de niveau mondial orientée marché, d’une réelle valeur ajoutée économique. Pour ce faire, il était nécessaire d’introduire une mesure reconnue mondialement du niveau de maturité des technologies qu’on développe (TRL: Technology Readiness Level) qui décrit la possibilité d’industrialisation de ces technologies. Notre objectif est de rendre possible l’industrialisation de nos innovations par la création de prototypes que les industriels peuvent tester en environnemenr réel d’utilisation et qui démontrent que nos technologies sont viables économiquement», explique Hicham Bouzekri. Ce père de trois enfants espère ardemment voir émerger des entrepreneurs parmi ses chercheurs qui vont porter leur idée vers l’industrialisation à l’instar de Facebook, Google et autres success stories mondiales.