Huîtres, moules, coquilles Saint-Jacques… seulement 300 tonnes par an

Les coquillages représentent à peine 12% de la production totale du secteur de l’aquaculture.
En tout, 16 unités, 100 emplois et 60 MDH de chiffre d’affaires.

Huîtres, palourdes, coquilles Saint-Jacques, couteaux de mer… Autant de fruits de mer servis par les restaurants spécialisés et qui sont cultivés tout au long des côtes marocaines. Même si cette activité, à laquelle on ajoute la pisciculture (avec l’élevage essentiellement de la daurade et du loup) existe dans notre pays depuis plus de 50 ans, elle n’a commencé à se développer véritablement qu’au cours des vingt dernières années.

Actuellement, seize entreprises opèrent dans le secteur, selon les chiffres officiels. Parmi elles, 15 spécialisées dans les coquillages et une seule dans le poisson. Paradoxalement, c’est l’activité poisson qui représente le plus gros du tonnage produit et de la valeur avec, en 2005, 1 220 tonnes pour une valeur de 54 MDH, alors que l’ensemble du secteur pèse 1 500 tonnes de production pour un chiffre d’affaires de 60 MDH (toujours en 2005). «Ce qui est très en deçà des opportunités qu’offre ce secteur dans notre pays», déplore un responsable au sein du ministère des pêches.

L’essentiel de la production de coquillages concerne les huîtres,à Oualidia, Dakhla et Khnifiss
Parmi les coquillages les plus produits, l’huître (ostréiculture), la palourde (vénériculture) et la moule (mytiliculture). L’ensemble de ces productions a pour nom la conchyliculture. Mais ce sont les huîtres qui demeurent les championnes de la filière. Trois sites, des lagunes essentiellement, offrent les conditions idéales pour le développement de ce type de cultures : Oualidia (au sud d’El Jadida), Dakhla et Khnifiss (à mi-chemin entre Tan Tan et Tarfaya).

Si, dans la première lagune, l’activité remonte aux années 50 (9 unités produisant 200 tonnes de coquillages), l’activité ne s’est installée dans le Sud que ces dernières années. «Au niveau de la lagune de Khnifiss, il existe une seule unité installée depuis 1996 qui était spécialisée dans l’élevage de la coquille Saint-Jacques et qui s’est convertie à l’élevage des huîtres. Pour ce qui est de la baie de Dakhla, cinq fermes y produisent environ 61 tonnes», explique cette même source. Mais, pour ce professionnel qui, dans son analyse, ne manque pas de relever les efforts fournis par le ministère en vue d’encourager l’activité, «les résultats sont loin d’être concluants».

Un plan d’aménagement a même été préparé en 2005, mais n’a pu être appliqué. Il visait une production annuelle de 540 tonnes de palourdes et 1 200 tonnes d’huîtres. Mais «la concentration élevée en cadmium (NDLR : métal lourd toxique) entrave le développement de l’élevage d’huîtres, essentiellement à Khnifiss», rapporte un cadre du ministère. Ce dernier avoue, toutefois, que l’activité pourrait représenter une grande opportunité pour l’emploi. Si elle n’occupe actuellement que moins d’un millier de personnes (dont 20% sont des femmes), elle pourrait, vu la multiplicité des actions relatives à l’INDH (Initiative nationale de développement humain) proposées dans cette optique, faire vivre beaucoup plus de familles.

Une activité utile à la préservation du littoral
«Outre ses retombées socio-économiques non négligeables, le développement du secteur contribuera sensiblement à la préservation du littoral, à la reconstitution de la biodiversité halieutique et des stocks qui font l’objet, depuis quelques années, de surexploitation et qui sont parfois menacés de disparition», c’est ce que fait ressortir une étude menée par le ministère des finances en avril 2006 sur les potentialités du secteur aquacole dans notre pays.

Cependant, l’activité demeure très handicapée par de nombreux freins techniques, juridiques et financiers. «Monter un élevage n’est pas à la portée de n’importe qui. Les risques sanitaires sont considérables. De plus, l’activité est fortement capitalistique du moment que le cycle de production est relativement long (NDLR : la commercialisation n’intervient que deux à trois ans après le démarrage du projet)», rappelle un professionnel. Autre problème qui freine le développement de la filiale, la complexité du statut foncier et, surtout, l’absence de plans d’aménagement du littoral.

Les zones susceptibles d’accueillir des projets d’aquaculture sont, la plupart du temps, convoitées pour des projets touristiques. A ceci s’ajoute l’ambiguïté des documents juridiques des terrains. Le contexte du marché international n’est pas non plus pour favoriser l’émergence de cette activité : les produits locaux pourraient difficilement concurrencer ceux des pays occidentaux dont les opérateurs bénéficient de subventions gouvernementales et d’économies d’échelle grâce à la taille des exploitations.

Poisson
Pisciculture : une seule société sur 3 500 km de côtes

Le poisson représente 88% de la production de l’aquaculture et concerne une seule exploitation, Aqua M’diq, où sont élevés le loup, la daurade, l’anguille et la courbine. Plusieurs tentatives avaient été menées pour la création d’unités similaires. La première unité, dont l’activité s’est arrêtée en 2006, avait été créée en 1986 à Nador et occupait une superficie de 11 500 ha. Au départ, cette unité était destinée à l’élevage d’huîtres et de palourdes, mais, à partir des années 90, elle avait orienté sa production vers le loup et la daurade.

Sa capacité était de 700 tonnes/an de loup et daurade. Aujourd’hui, ce sont les Japonais qui, dans le cadre de la coopération avec le Maroc, tentent de relancer cette niche avec un élevage expérimental de thon rouge à M’diq. Sur les 900 tonnes produites annuellement, une grande partie est destinée à l’export à l’état frais, sans aucune transformation.

Assistance
Les bienfaits de la coopération
Trois pays sont présents dans le domaine de l’aquaculture au Maroc, et ce, à travers des opérations de coopération. Les Japonais, à M’diq, à travers une unité d’élevage de thon rouge. Les Espagnols forment le personnel des unités d’élevage, les cadres du département des pêches maritimes, les formateurs des centres de formation et les chercheurs de l’INRH. L’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA) prendra en charge cet été le séjour de dix cadres marocains en Corée pour une durée de deux mois.