Huiles et protéines végétales : et si l’autonomie était un objectif accessible ?

• L’émergence, en 2013, des filières de colza et de tournesol vise à développer une production nationale pour satisfaire les besoins domestiques en huiles et protéines végétales.
• Avec le Plan Maroc Vert, la production a été multipliée par 15 pour le colza, et a augmenté de 67% pour le tournesol.

Le Maroc pourrait-il arriver, un jour, a satisfaire ses besoins en huiles et protéines végétales? La question mérite d’être posée, non pas parce que la production nationale assure à peine moins de 2% des besoins de consommation, mais parce qu’en sept années après son émergence cette filière semble avoir fait du chemin, avec un taux de croissance encourageant. La hausse des prix des produits oléagineux amorcée fin 2020 a d’ailleurs démontré l’importance de développer la production nationale d’oléagineux et surtout la pertinence de la décision d’avoir lancé cette filière si tôt. L’objectif étant, bien sûr, d’abord de réduire la dépendance du Maroc aux importations et améliorer l’autonomie alimentaire. Avec la hausse des prix des produits oléagineux durant le deuxième semestre 2020, le Maroc a vu ses coûts d’importation augmenter de manière drastique. Sur une tendance haussière depuis le début des années 2000, le prix du complexe oléagineux (graines, huiles, tourteaux) a considérablement augmenté avec le deuxième semestre de 2020, atteignant leur niveau le plus haut depuis 2014. Actuellement, le cours du soja a augmenté de 80% et celui du tournesol de 90%. Ces augmentations sont liées à plusieurs facteurs, notamment les aléas climatiques affectant la production en Amérique, l’importante baisse des stocks d’huiles de palme en Malaisie et la réduction des exportations d’huile et tourteaux de soja en provenance d’Argentine suite à des mouvements sociaux. A cela s’ajoute la demande en soja record de la Chine qui, avec la reconstitution de son cheptel porcin, ses besoins en soja ont explosé et le pays, premier consommateur mondial de soja, a importé 60% de la production globale en 2020. Avec des besoins moyens de 1 080 000 tonnes de tourteaux et 756 000 tonnes d’huiles de graines majoritairement satisfaits par des importations, le Maroc a été lourdement impacté par la hausse des prix. Et s’ils se maintiennent, les prix du complexe oléagineux pourraient représenter un coût supplémentaire de plus de 3 MMDH pour la balance commerciale.

Atteindre 70 000 hectares de colza et tournesol à l’horizon 2030
C’est pour dire que la nécessité de développer cette filière n’est plus à prouver. C’est une ambition portée par l’interprofession marocaine (Folea) et soutenues par le programme Maghreb Oléagineux, cofinancé par l’Union européenne et Terres Univia (l’interprofession française des huiles et protéines végétales destinées à l’alimentation humaine) qui accompagne les agriculteurs marocains souhaitant développer les cultures du colza et du tournesol.
Face à la volatilité des marchés mondiaux des oléagineux, la question de l’autonomie en huiles et protéines végétales au Maroc représente, en effet, un enjeu de taille, estime-t-on auprès des initiateurs de ce programme. Le développement des filières nationales de colza et de tournesol permet de réduire la dépendance aux importations, d’améliorer l’équilibre de la balance commerciale et de renforcer l’activité économique, notamment dans les zones rurales du pays. En outre, développer une production nationale permet de réduire l’impact sur le budget de ménages marocains. Entamée en 2013, l’émergence des filières de colza et de tournesol vise à développer une production nationale pour satisfaire une part croissante des besoins domestiques en huiles et protéines végétales. Sous l’impulsion du contrat programme signé entre Folea et l’État, dans le cadre du Plan Maroc Vert, la production a été multipliée par 15 pour le colza, et a augmenté de 67% pour le tournesol. Le Maroc a ainsi produit
17 000 tonnes d’huile et 22 500 tonnes de tourteaux de colza et de tournesol en 2019. Bien qu’encore faible au regard des besoins, cette production contribue d’ores et déjà à renforcer la souveraineté alimentaire du pays. En 2019, la couverture des besoins nationaux était de 1,7%, toutefois les perspectives sont très encourageantes. En effet, la dynamique observée depuis 2013 se confirme cette année encore avec 9 400 hectares de colza emblavés et, d’autre part, les prévisions pour le tournesol sont de 20 000 hectares.
De plus, de nombreux acteurs du monde agricole s’organisent et s’investissent dans le développement de la production dans le cadre de la stratégie Génération Green. A l’instar de l’Office national de conseil agricole (ONCA) qui a renforcé son accompagnement auprès des agriculteurs dans les activités de conseil agricole et de formation, ou encore le développement du réseau d’entrepreneurs de travaux agricoles. L’objectif est d’atteindre 70 000 hectares de colza et tournesol à l’horizon 2030, ce qui permettrait d’arriver à une production de 126 000 tonnes de graines et une couverture de 10% des besoins du marché marocain.
L’accès à des semences de qualité et à fort potentiel de rendement est un levier essentiel au développement des cultures oléagineuses. Avec plus de 1 100 variétés inscrites, le catalogue européen offre aux agriculteurs marocains des semences garanties sans OGM et parfaitement adaptées aux spécificités des bassins de production du Maroc. Elles bénéficient également d’une haute faculté germinative afin d’améliorer la performance de leurs productions. Cela étant, l’utilisation des semences européennes pourrait bien contribuer à améliorer la souveraineté du Maroc en huiles et protéines végétales.