Huile de tournesol contaminée : 3,2 millions de litres ramassés en 3 jours

De provenance ukrainienne, elle contenait des hydrocarbures.
Les producteurs ont opté pour la prudence en dépit du très faible danger pour la santé humaine.
Les importations du Maroc portent sur 30 000 et 36 000 t d’huile brute (huile de palme, soja et tournesol) par mois.

Plus de peur que de mal finalement. Le vent de panique, consécutif à la découverte de lots d’huile de tournesol contaminée, est rapidement retombé. En trois jours seulement, quelques
3 000 tonnes d’huile de tournesol, représentées par 4 marques (Huilor, Narjiss, Aïcha Tournesol et Zouhour) ont été ramassés dans le commerce par les industriels du secteur au Maroc.

Une mesure qui fait suite à l’alerte déclenchée par la Commission européenne après la découverte de lots contaminés en provenance d’Ukraine dans 5 pays européens, notamment en Espagne et en France.

Si l’information à propos de ces huiles brutes n’a été rendue publique que samedi 26 avril, les circuits officiels ont communiqué aux responsables marocains des éléments dès jeudi 24, ce qui leur a permis de déclencher un plan de rappel.

Si les industriels marocains ont réagi avec célérité, c’est par mesure de précaution mais également parce qu’ils gardent à l’esprit le funeste empoisonnement à l’huile frelatée en 1959, qui s’était soldé par des dizaines de morts, car, dans le cas d’aujourd’hui, qui constitue la deuxième alerte depuis, le danger est très minime. Ahmed Rahou, PDG de Lesieur Cristal et président de l’Association marocaine des raffineurs d’huile et des triturateurs, que la rédaction de La Vie éco a rencontré, insiste sur plusieurs éléments.

«Il faut comprendre que cette alerte [de l’Union européenne] ne parle d’aucun danger pour la santé humaine. Les autorités sanitaires européennes ont bien indiqué qu’il s’agit d’un problème de non conformité et de présence d’huile minérale dans les lots saisis. Maintenant, les taux relevés sont de l’ordre de 0,3%, ce qui ne comporte aucune menace pour le consommateur», assure-t-il. Même son de cloche côté espagnol chez la ministre de la santé, Bernat Soria, qui a souligné samedi, selon le communiqué de l’UE, que la concentration d’hydrocarbures dans l’huile incriminée était «tellement basse qu’elle ne présente pas de risque de toxicité aiguë».

Importation, raffinage et commerce d’huile : un circuit très verrouillé
Il faut rappeler que l’Espagne également a eu son affaire d’huiles empoisonnées. En 1981, de l’huile de colza contaminée à l’aniline, un extrait dérivé du nitrobenzène, avait provoqué la mort de centaines de personnes en Espagne. Ce produit était vendu comme substitut de l’huile d’olive dans les banlieues populaires de Madrid et d’autres villes.

Le Maroc importe, chaque mois, entre 30 000 et 36 000 tonnes toutes huiles brutes confondues (en gros, huile de palme de Malaisie/ Indonésie, tournesol d’Europe et soja d’Amérique). La sécurité est présente à tous les niveaux. Il y a d’abord le choix des réseaux et des pays où les normes sont les mieux respectées. Ensuite, le vendeur ne peut livrer sa marchandise qu’accompagnée d’un certificat qu’il obtient d’organismes internationaux.

Puis l’acheteur lui-même délègue un agent de contrôle qui est un bureau d’études chargé de s’assurer de la conformité et du respect des normes internationales. Une fois la marchandise arrivée au pays, des échantillons sont analysés par le laboratoire officiel. Alors, qu’en est-il des huiles brutes ukrainiennes ? Selon Ahmed Rahou, «le risque zéro n’existe pas, quel que soit le domaine. Mais dans le cas d’espèce, ce sera aux autorités du pays qui a livré ces produits de nous donner des explications et il a intérêt à être convaincant, sinon, tout le monde va se détourner de ses huiles».

Pour les autorités comme pour les professionnels, l’occasion est bonne pour attirer l’attention des consommateurs qui s’approvisionnent dans l’informel ou le parallèle. Surtout que, disent-ils, même quand un taux de pollution est très faible, sa nocivité augmente avec la fréquence de consommation.