Honoraires des médecins du privé : la grande pagaille

Fixés à  60 DH dans les hôpitaux publics, les honoraires du médecin spécialiste peuvent atteindre 350 DH, et vont de 100 à  150 DH chez un généraliste. Les médecins du privé se disent libres de fixer leurs tarifs… Les honoraires sont déterminés en fonction de la spécialité et de l’emplacement du cabinet.

Oseriez-vous négocier les honoraires avec votre médecin ? Non. Personne ne le fait et pourtant, il s’agit bien d’un droit assuré par le code de déontologie médicale. Dans son article 5, le code précise qu’il y a une «entente directe entre le malade et le médecin en matière d’honoraires». Cette disposition devrait être réellement applicable de nos jours puisque l’on constate, depuis quelques mois, un renchérissement des tarifs des médecins du secteur privé. Un tour auprès de plusieurs praticiens, spécialistes et généralistes, a permis de constater une nette hausse des honoraires entre 2012 et 2013. Ils sont en effet passés de 100 à 120 DH chez certains généralistes et atteignent 350 DH chez des spécialistes.

Comment les médecins fixent-ils leurs honoraires ? Y a-t-il une réglementation en la matière ? Il est certain qu’une consultation médicale n’est pas une prestation comme les autres, il s’agit d’une nécessité prioritaire. Selon l’arrêté ministériel du 13 décembre 1977, la consultation porte globalement sur un interrogatoire du malade, un examen clinique et radioscopique et, s’il y a lieu, une prescription de médicaments. La consultation n’est donc pas un acte banal et c’est pourquoi les pouvoirs publics ont mis en place une réglementation pour éviter les dérapages. Cette règlementation concerne essentiellement la nomenclature des actes médicaux et la cotation des consultations médicales. Mais, il est clair, au vu de ce qui se passe sur le terrain, que ces textes ne font plus loi. L’évolution du coût de la vie et les avancées technologiques, estiment les médecins du secteur privé, rendent nécessaire la révision des tarifs médicaux. Mais on peut constater que d’autres éléments entrent en ligne de compte dans la détermination des honoraires.

Des prix modérés dans les quartiers à faible pouvoir d’achat

Alors qu’ils doivent s’inscrire dans le cadre d’une nomenclature de tarification des actes, les honoraires des médecins sont déterminés en fonction de plusieurs critères comme l’appartenance au secteur (public ou libéral), la spécialité du praticien et l’emplacement géographique du cabinet médical.

Dans les hôpitaux du secteur public, les consultations sont facturées 40 DH pour un généraliste et 80 DH pour un spécialiste. Dans le secteur privé, les honoraires varient de 100 à 120 DH chez le premier et de 200 à 350 DH chez le second. Mais tous les spécialistes n’appliquent pas ce plafond puisque, explique un médecin de Casablanca, «il y a une sorte de catégorisation des praticiens spécialistes». Il indique que «les pédiatres, les entérogastrologues et les gynécologues maintiennent, en général, leurs honoraires à 200 ou 250 DH, alors que d’autres spécialistes, notamment les ORL, les cardiologues et les ophtalmologues, les ont portés, en 2012-2013, à 300 ou 350 DH».  
Dans le secteur privé, les tarifs sont donc variables selon l’emplacement et la spécialité. Par exemple, au centre de Casablanca, le généraliste peut réclamer jusqu’à 120 DH pour une simple consultation et 100 DH en plus pour une échographie. Alors que dans les quartiers périphériques, le patient peut payer seulement 80 DH pour une consultation, l’examen échographique compris.

Les tarifs de 1984 dépassés

Est-il possible de mettre de l’ordre dans cette tarification? Pour les médecins du privé, la question ne se pose pas. «Pourquoi voulez-vous qu’il y ait une réglementation des tarifs ? Aucune loi n’oblige les praticiens à respecter une quelconque tarification. Nous sommes dans un secteur libéral, ce qui signifie que nous sommes libres de fixer nos honoraires», explique un ORL de Rabat. Il faut rappeler qu’un arrêté ministériel avait fixé, en 1984, les honoraires des médecins, mais le texte a été refusé par les médecins parce qu’ils n’ont pas été consultés par le ministère de la santé. Sans compter que, précise-t-on dans le milieu médical, les tarifs retenus par l’arrêté ministériel ne correspondent pas du tout à la pratique actuelle de la médecine. Ce texte fixait, rappelons-le, la consultation chez un généraliste à 27 DH et 47 DH pour un spécialiste. Des tarifs, il faut le reconnaître, très bas qui poussent aux décisions individuelles. Pour autant, il n’y a pas d’anarchie, rétorquent les médecins qui estiment que les tarifs obéissent à la loi du marché, et les patients sont libres de choisir le médecin le plus compétitif. Mais quand la plupart des praticiens s’alignent sur un même prix, le droit à la santé en prend un coup.