HCP et BAM, deux visions différentes pour relancer la croissance

La demande intérieure a crû de 2,2% par an en moyenne depuis 2012, contre 5,8% entre 2007 et 2011. BAM estime que le modèle de croissance fondé sur la demande intérieure a atteint ses limites. Le HCP a un point de vue plus nuancé.

Le HCP en parle régulièrement dans ses travaux, et la Banque centrale, dans son dernier rapport annuel, en fait une de ses recommandations principales. De quoi s’agit-il donc ? D’une refonte, rien que ça, du modèle de croissance en vigueur. Fondé sur la demande intérieure, ce modèle se serait essoufflé, il serait responsable du ralentissement de la croissance observé ces cinq dernières années.

Mais si l’une et l’autre de ces institutions paraissent partager ce constat, elles n’en tirent pas forcément les mêmes conclusions. Bank Al-Maghrib, dans son rapport annuel 2015, parle, entre autres, de «la nécessité d’évaluer le rendement des plans sectoriels, leur phasage et leur cohérence d’ensemble ; de mettre en place une planification stratégique (…) avec une priorisation des objectifs et une optimisation dans l’utilisation des ressources ; de diversifier les partenaires économiques et commerciaux du Maroc ; d’opérer une transition graduelle vers la flexibilité du régime de change (…)».

Ces actions, qui pourraient être cosignées par tout le monde ou presque, semblent néanmoins destinées moins à refonder le modèle de croissance qu’à le corriger. Le HCP, dans son Budget économique exploratoire 2017, rendu public il y a quelques semaines (juillet 2016), paraît, lui, favorable à un modèle qui serait plutôt keynésien, en tout cas un modèle de croissance endogène où l’investissement, l’innovation et le capital humain seraient les principaux facteurs de croissance. Même si, pour le moment, les investissements ont un rendement jugé faible, comparativement à d’autres pays (voir l’étude du HCP sur le sujet), ils n’empêchent qu’ils augmentent le capital physique du pays et, au moins à terme, cela finit par produire des externalités positives. Et pour le HCP, l’Etat a un rôle central à jouer dans ce processus d’accumulation du stock physique aussi bien d’ailleurs que du stock de connaissance (capital humain) ; le privé étant, par vocation, porté sur des choix de court terme, sur des actions comportant moins de risques, analyse en substance le HCP.

Indirectement, le Haut commissariat dit sa préférence pour le modèle de croissance basé sur la demande intérieure (investissement et consommation) même si celle-ci accuse un ralentissement ces dernières années: 2,2% par an en moyenne depuis 2012, contre 5,8% entre 2007 et 2011. Indirectement là encore, le HCP semble considérer que la demande intérieure, ces dernières années, est sacrifiée sur l’autel du rétablissement des équilibres macroéconomiques.