Hausse inéluctable des prix de l’eau et de l’électricité

L’Onep propose d’augmenter ses tarifs à la production de 3%.
Autres mesures en vue : réduction de la tranche sociale de 8 à 6
m3 par mois et hausse des redevances fixes.
L’ONE demande au gouvernement une hausse de 8% de ses tarifs.
Le kWh est 18 % plus cher depuis 2003 à cause de la flambée des
combustibles.

Après les produits de consommation courante, après le carburant, c’est au tour de l’eau et de l’électricité. Leur prix sera revu à la hausse début 2006. Le gouvernement planche depuis plusieurs semaines sur le dossier. Si, comme se plaisent à le rappeler certains, la réflexion date de plusieurs années, il semble que cette fois-ci la décision de revoir les tarifs à la hausse est incontournable. En effet, les opérateurs concernés par la production et la distribution de l’eau potable et de l’électricité, avec à leur tête l’Onep et l’ONE, viennent de tirer la sonnette d’alarme pour la énième fois. Ils ont soumis à la commission des prix relevant du ministère des affaires économiques et générales des requêtes en ce sens.
Ayant bien mesuré la délicatesse du dossier, le ministre des affaires économiques et générales, Rachid Talbi Alami, a commencé par demander l’actualisation de l’étude du cabinet français spécialisé Services publics 2000, relative à la tarification de l’eau et de l’électricité au Maroc. Mais, en attendant, il faut parer au plus urgent. A savoir alléger les finances des deux offices, et, accessoirement des régies, qui se trouvent de plus en plus à l’étroit.
Pour l’eau potable, les opérateurs que sont les régies de distribution, les concessionnaires et l’Onep proposent aujourd’hui une série de mesures pour réajuster les prix en attendant la grande réforme. La première porte sur une hausse de 3 % des tarifs de l’eau à la production, c’est-à-dire le prix que facture l’Onep à ses clients distributeurs. Il convient de rappeler à ce niveau que, dans le contrat-programme signé entre l’Onep et le gouvernement pour la période 2000-2004, l’office avait droit à une augmentation de 8 % chaque année. Mais les engagements du gouvernement sont restés au stade de promesses. Entre 2000 et 2004, l’Onep n’a eu droit qu’à une seule augmentation de 4,5 %, en mars 2003. Ce qui n’a pas arrangé les affaires de l’office qui se trouve en porte-à-faux, entre autres, vis-à-vis de ses bailleurs de fonds qui avaient accepté d’apporter leurs concours financiers sur la base du contrat-programme.
Aujourd’hui, l’Onep se retrouve malgré lui dans une situation délicate. Les 3 % ne sont certes pas suffisants, mais permettront à l’office de souffler, surtout si l’on sait qu’il pourra bénéficier d’autres mesures, cette fois-ci en tant que distributeur et non en tant que producteur. En effet, à l’instar des régies dans certaines villes, l’ONEP distribue de l’eau potable aux ménages dans plusieurs centres urbains. Mieux, il est aujourd’hui le plus grand opérateur, avec pas moins d’un million de foyers approvisionnés. Raison pour laquelle l’Onep espère compenser la faiblesse de la hausse par d’autres mesures, dont l’une concerne la redevance fixe.

Certaines régies ne paient plus l’Onep depuis 18 mois
Les régies et l’Onep s’estiment aujourd’hui lésés. Et pour cause. La loi leur donne droit à des redevances fixes respectivement de 2,50 DH et 2,91 DH par mois et par client pour l’eau potable domestique, et 6,16 DH pour l’eau à usage industriel. Pour simple comparaison, la Lydec, sur sa facture eau et assainissement, prélève 35 DH par trimestre et par client, soit l’équivalent de 12 DH par mois. Du coup, régies et office proposent aujourd’hui, dans leur requête, une amélioration de leurs redevances fixes. «Nous ne demandons pas d’être alignés sur les concessionnaires mais simplement une amélioration», concède une source à l’Onep.
L’autre mesure proposée, plus audacieuse, touche à la fameuse et sacro-sainte tranche dite sociale. Aujourd’hui, et comme son nom l’indique, cette tranche de 8 m3 par mois ou 24 m3 par trimestre est facturée aux ménages à un tarif moyen de 2,10 DH le mètre cube. Or, la tranche sociale est l’un des éléments qui posent le plus problème. D’abord, à cause du tarif qui, dans la quasi-totalité des cas, est en dessous du coût de revient. Ce qui se répercute directement sur les finances des régies, déjà mal en point. Un indicateur suffit : leurs arriérés vis-à-vis de leur fournisseur, l’Onep. Selon des sources bien informées, beaucoup de régies n’arrivent plus à payer leur facture d’eau. Pour certaines d’entre elles, les retards atteignent des niveaux inquiétants de 18 voire 24 mois.
D’un autre côté, et comme l’explique un spécialiste du secteur, «cette tranche n’a rien de social dans la mesure où tout le monde en profite, y compris les ménages nantis », à cause tout simplement d’une tarification mal faite. Pour rectifier momentanément ces distorsions, il est proposé de réduire l’épaisseur de la tranche sociale de 8 à 6 m3 par mois. En effet, les opérateurs qui supportent cette mesure argumentent leur proposition par le fait que toutes les études réalisées à ce jour ont démontré que la consommation moyenne des couches sociales censées être les premières à bénéficier de cette subvention, est de l’ordre de 20 litres par jour et par personne, soit exactement 6 m3 par mois. Cette mesure permettra donc de faire passer les deux mètres cubes restants dans la tranche supérieure facturée plus cher. En somme, une augmentation déguisée. Mais le débat sur la tranche sociale ne s’arrête pas là. L’ONEP propose en effet d’aller vers une plus grande justice entre les villes. Et pour cause, le mètre cube dans la tranche sociale est facturé à 0,72 DH à Meknès et 2,90 DH à Safi. Mais quelle différence y a-t-il pour un pauvre, qu’il soit à Meknès, Safi ou Casablanca ? C’est la raison pour laquelle l’Onep propose, pour commencer, que les tarifs de la tranche sociale soient rééquilibrés, spatialement parlant. Cela dit, la proposition des régies et de l’Onep ne se veut pas uniquement un cahier de doléances. Pour faire preuve de bonne volonté, ils s’engagent à faire quelques petites concessions. La plus importante concerne les tarifs dits préférentiels, qui étaient jusqu’alors appliqués aux seuls industriels et qui profiteront désormais aux hôteliers.

L’ONE subira en 2005un surcoût de 1,9 milliard de DH
Pour ce qui est de l’électricité, la problématique est tout autre. Si les opérateurs de l’eau potable souffrent d’une tarification qui montre de plus en plus ses limites, l’ONE, lui, souffre d’un problème de coûts de production. En effet, depuis précisément 2003, l’office subit de plein fouet la flambée à l’international des cours des combustibles, notamment le charbon et le fioul qui entrent dans 75 % du coût de l’énergie électrique produite par l’office. Ainsi, le prix de la tonne de charbon sur le marché international a presque doublé, passant de 37,8 à 72,2 dollars. Pour le fioul dit industriel, l’office est obligé, depuis la flambée des prix du pétrole, de payer la tonne à 2 500 DH, contre 1 760 DH seulement avant mai 2005. Tout cela n’arrange guère les finances de l’ONE qui s’est retrouvé avec un surcoût de 950 MDH au titre de l’année 2004. Pour 2005, les responsables de l’office prévoient pire : la facture des combustibles subira un surcoût d’environ 1,9 milliard de DH. Mais si l’ONE a tenté de résister pendant deux ans, il semble que la situation est devenue intenable. C’est pourquoi l’office est revenu à la charge depuis quelques semaines pour demander au gouvernement une hausse des tarifs de 8%. Une demande que les responsables de l’office jugent honnête, comparée à la hausse réelle du coût de production du kWh qui, elle, est estimée à 18% par rapport à son niveau de 2003. D’autant plus que, depuis 1997, non seulement l’ONE n’a eu droit à aucune hausse mais il a dû opérer des baisses de tarifs dont la dernière, de 6%, date de janvier 2004.
Mais, que ce soit du côté de l’ONE ou de l’Onep, aujourd’hui, on se garde de tout commentaire quant à la suite que donnera le gouvernement à leurs demandes respectives. Les propos de ce haut responsable de l’ONE résument la situation : «nous comprenons qu’une hausse des tarifs aura certainement des répercussions sur les ménages et les entreprises qui n’arrangent pas forcément les affaires des politiques ». Et de poursuivre que «c’est au gouvernement, qui dispose aujourd’hui de tous les paramètres du problème, d’apprécier l’opportunité d’augmenter ou non les tarifs ». Du côté du gouvernement, cette fois-ci, le signal semble avoir été reçu. La preuve, au ministère des Affaires économiques et générales, on est convaincu que «la hausse des tarifs est inévitable»

Les régies de distribution d’eau sont pénalisées par une faible redevance fixe et l’ONE subit un surcoût en raison de la flambée des prix du charbon.