Hassan Aourid : Meknès deviendra un rendez-vous agricole incontournable

Avec le SIAGRIM, le Maroc aura enfin un vrai salon agricole polyvalent.
Comité de pilotage, cellule d’organisation, recours aux professionnels…
l’ambition est d’en faire un évènement de dimension
internationale.
Ministère de l’Agriculture, région, wilaya, OFEC… plusieurs
acteurs impliqués.

50 000 m2 dont 10 000 de stands, 350 exposants nationaux et internationaux, conférences… Pour sa première édition, qui se tient du 17 au 24 mars, le SIAGRIM (Salon international de l’agriculture de Meknès) vise haut. Hassan Aourid, wali de la région de Meknès-Tafilalet, partie prenante dans le projet, nous parle de ce salon professionnel, le premier du genre consacré au secteur agricole.

La Vie éco : La région de Meknès-Tafilalet se prépare à accueillir un salon international de l’agriculture fin mars. Pourquoi un salon de l’agriculture et pourquoi international ?
Hassan Aourid : Parce que le Maroc en a besoin. Par ce que l’agriculture de nos jours est une affaire de savoir-faire et affectée par des facteurs exogènes. Et de ce fait le salon est international. Nous parlons de quelque chose d’inédit dans les annales des foires et des expositions au Maroc. Il s’agit d’un salon et non d’une foire. Qui dit salon dit professionnel. A la différence de ce qui se faisait avant, le salon de Meknès ou SIAGRIM est polyvalent. Vous avez par exemple le SIFEL d’Agadir, qui est un salon destiné uniquement aux produits agricoles. Vous trouvez la même chose ailleurs : le salon de Berlin est spécifique aux fruits, celui de Paris est général. C’est un peu l’ambition que caresse le salon de Meknès. Une rencontre touche à tout, pour dire les choses le plus simplement avec, en plus, l’interaction intellectuelle d’experts et hommes de métier.

Comment est venue l’idée du SIAGRIM ?
L’idée est de SM le Roi Mohammed VI qui avait présidé une réunion de travail lors de sa visite à Meknès en septembre dernier pour lancer l’INDH. Sa Majesté a tracé, disons-le sans ambages, un dessein pour la ville et la région. Le salon est un chaînon important de cette vision.
Meknès et la région ont, grâce à la sollicitude royale, un projet structurant. Pour revenir au salon agricole de Meknès, il faut tout de même se départir de l’idée qui voudrait faire de cette rencontre un événement régional. Et c’est de cela que procède l’implication des seize régions du Royaume dans ce salon. Avec cette nuance qu’il ne s’agit pas du salon des régions. C’est le Salon de l’agriculture avec la participation des régions, des agriculteurs et des exposants nationaux et internationaux, sans oublier les petits agriculteurs.

Si l’on devait faire un comparatif, penseriez-vous au Salon de l’agriculture de Paris ?
C’est notre souhait. Mais un salon ça se travaille sur la durée. Nous souhaitons relever le pari. Et la première édition, nous en sommes conscients, sera décisive. Nous ambitionnons que le salon de Meknès puisse avoir sa place dans le concert des salons internationaux. Un rendez-vous agricole international incontournable.
n On a souvent vu des salons se tenir de manière irrégulière, d’autres ont carrément disparu. Comment va-t-on pérenniser ce salon ?
Nous voulons que ce salon soit l’affaire de professionnels et si l’Etat s’engage dans une première phase, c’est pour jouer le rôle de catalyseur et de facilitateur. A charge pour les professionnels de reprendre le flambeau. Vous connaissez l’adage, «un livre qu’on supporte est un livre qui tombe».

Est-il prévu de faire appel à des professionnels de l’événementiel pour les questions de logistique et de régie ?
C’est déjà le cas. On ne peut faire les choses à moitié. Le salon se doit d’être professionnel ou ne sera pas. A chacun son métier. Il y a l’événementiel, comme vous l’avez souligné, et puis il y a la communication autour du salon avant et pendant sa tenue. Elle sera menée par l’agence Lowe Shems. Quel est le budget prévu pour la première édition ? Qui financera l’opération ?
Il est encore trop tôt pour parler de budget définitif. C’est une affaire de sponsoring et le processus est enclenché. Je ne peux parler que de ce qui relève de mes prérogatives : l’aménagement de l’espace et alentours. C’est supporté par le budget préfectoral et la commune Mechouar, puisque le salon aura lieu sur l’esplanade Sahrij Souani qui relève de ladite commune. Il y aura la contribution du ministère de l’Agriculture. Il y a la contribution de la région Meknès-Tafilalet. Tout comme il faut mentionner l’accompagnement de Maroc Telecom, qui prend en charge la communication et de ce fait devient notre sponsor officiel.

Entre le ministère de l’Agriculture, la wilaya de Meknès, la région, la Fédération des Chambres d’agriculture et l’OFEC, qui fait quoi ?
Ce n’est pas un cafouillis, soyez rassuré. Nous avons mis en place des structures : il y a un comité de pilotage, une sorte de conseil de veille composé du ministre de l’Agriculture, du wali de la région, et du président de la région Meknès-Tafilalet. Et puis tous ceux qui sont au charbon, le comité d’organisation, composé de représentants du ministère de l’Agriculture, des représentants de la wilaya, l’OFEC, tout cela coordonné par un commissaire, en l’occurrence Jaouad Chami, président de la CGEM de Meknès et agriculteur lui-même. Et comme partenaires, les régions et la Fédération des Chambres de l’agriculture. Retenez que c’est le comité d’organisation qui s’occupe de la tenue de la manifestation, responsable devant le comité de pilotage.

Vous êtes wali de la région de Meknès depuis maintenant six mois, un premier bilan ?
Un bilan pour six mois, c’est trop tôt. Il ne faut pas juger sur le court terme mais sur la durée.

On dit qu’il y a des frictions entre le maire de la ville et le wali ?
Pourquoi y aurait-il des frictions ? Je ne suis pas membre du Conseil de la ville. Je n’ai pas d’obédience politique. Mes prérogatives ne sont pas d’être un président du conseil bis et elles sont assez claires pour qu’on ne les cantonne pas à un rapport bicéphale avec le président du Conseil de la ville. J’assure la coordination de tous les services de la préfecture. Je veille, de concert avec les gouverneurs, au développement de la région.

Le fait que le maire soit encarté PJD a-t-il une influence sur vos relations ?
Le critère pour l’édile, ce n’est pas son obédience politique, mais son apport pour la ville. Dans le travail communal, le ton ne fait pas la chanson. Et puis il y a le citoyen qui juge à chaque consultation. Le reste n’est que littérature.

Quels sont les secteurs économiques dont le potentiel demeure inexploité ?
La région est potentiellement riche, mais parlons de Meknès. C’était, du temps du Protectorat, la deuxième ville industrielle après Casablanca. On l’appelait le Petit Paris (même si en réalité elle n’était pas la seule qu’on appelait ainsi, Midelt avait droit à cette appellation ; Sidi Bel Abbès aussi, en Algérie) mais cela renvoie à une réalité : la ville était moderne et modèle. Je me remémore ce beau vers d’Aragon : «Ce qui a été sera, à condition qu’on s’en souvienne». Je persiste à croire que l’avenir de cette ville est devant elle. Et le doit, et sans flagornerie, à la sollicitude royale.

Ne focalise-t-on pas trop sur la vocation agricole de la région au détriment d’autres secteurs comme l’industrie ou encore le tourisme ?
Le bon sens voudrait que l’agriculture soit aux premières loges, dans une région qui a été à une époque le grenier de Rome et a connu le fleurons des exploitations agricoles pendant le Protectorat. Je suis d’accord avec vous, la ville a une vocation touristique. Le problème de Meknès est qu’elle est mal connue. Voilà une ville qui compte des monuments imposants, qui sont autant l’expression du génie architectural marocain et portugais. Vous ne trouverez nulle part ailleurs ce mariage heureux entre l’architecture saharienne, sobre et imposante, et l’architecture portugaise… Au XVIIe siècle, la ville, Méquinès comme l’a citée Voltaire dans Candide, défrayait la chronique. Quant à la région, elle est la seule au Maroc à présenter quatre produits touristiques différents : vestiges romains (Volubilis), ville impériale (Meknès), montagne (Ifrane, Khénifra), et puis le produit saharien avec les oasis, les ksours et les dunes de Merzouga.

Si vous aviez à parler des principaux problèmes de la région…
Le gros problème, c’est la mise à niveau de la ville, son aménagement urbain. Je ne sais par quel hasard des monuments historiques ont été squattés voire appropriés. On faisait peu de cas du patrimoine historique. J’avoue que j’en fais une fixation.
Autre problème épineux, celui des bidonvilles. C’était moralement inadmissible et, grâce à l’action du ministère de l’Intérieur, du ministère délégué chargé de l’Habitat et de l’Agence des logements militaires, on doit pouvoir recaser plus de trois mille ménages. Il ne restera que le bidonville N’zlat redaya. Cela dit, autant nous avons été prompts à éradiquer les bidonvilles, autant nous serons intraitables dans leur reproduction.

Dans les dernières statistiques sur la pauvreté, la région de Meknès-Tafilalet figure parmi les régions les plus mal classées. Y a-t-il un plan d’action spécifique pour y parer ?
Dites les choses telles qu’elles sont, la région est la plus pauvre du Royaume. Il y a ces projets structurants que j’ai ébauchés. L’INDH nous permettra d’éradiquer les poches de pauvreté, particulièrement en montagne, où il y a un sérieux effort à faire. Je pense à la province de Khénifra (Boumia, Leqbab, Mibladden), et puis, du côté d’Errachidia (Imilchil et les contrées frontalières). Montagne et oasis bénéficieront du programme Millénium Challenge Account financé par les Etats-Unis. Mais le tourisme saharien à Errachidia va bon train. Nous souhaitons juste que la RAM puisse honorer son engagement et assurer des dessertes régulières avec de gros appareils pour répondre à la demande. C’est une aberration que la desserte soit subventionnée par le budget de la région sans que la RAM ne fasse le moindre effort pour améliorer ses services. On le comprendrait s’il n’y avait pas de marché. Dans le cas d’espèce, le marché y est. Mais l’espoir est permis.

Hassan Aourid Wali de Meknès-Tafilalet
Nous voulons que ce salon soit l’affaire de professionnels et si l’Etat s’engage dans une première phase, c’est pour jouer le rôle de catalyseur et de facilitateur. A charge pour les professionnels de reprendre le flambeau.