Hanouty : le rythme d’ouverture progresse moins vite que prévu

150 magasins déjà  ouverts et 100 autres en cours alors que l’objectif pour 2007 était de 550 ouvertures

Principaux freins évoqués : une mise de départ trop lourde
et des conditions trop rigoureuses à  l’entrée

Le concept
est séduisant mais nécessite sans doute quelques retouches.

L’enseigne de commerce de proximité Hanouty peine à  décoller. Actuellement, le réseau compte 150 magasins, dont une centaine gérée en propre. Selon des sources proches de la société de gestion, les dossiers d’une centaine de franchisés sont validés et les points de vente correspondants sont en cours d’aménagement ou sur le point de l’être. Si tous les chantiers sont concrétisés, on arrivera finalement à  250 ouvertures. Or pour cette première année d’activité, les promoteurs, qui n’ont pas donné suite à  nos différents appels jusqu’à  l’heure o๠nous mettions sous presse, s’étaient assigné un objectif de 550 points de vente à  fin décembre sur les 3 000 à  atteindre à  l’horizon 2009. Sachant qu’au lancement officiel du concept, en avril 2007, 100 magasins étaient déjà  opérationnels, le rythme d’ouverture n’incite pas à  l’optimisme, à  moins qu’il n’y ait eu un afflux massif d’investisseurs au cours des deux derniers mois.

La Vie éco a appris que l’on peut toutefois observer des éléments positifs dans le déroulement du projet, notamment en ce qui concerne la localisation géographique. Les magasins Hanouty étaient destinés à  couvrir l’axe Kénitra-El Jadida ; ce pari est gagné puisque plus de sept villes sont couvertes, en plus des classiques Casablanca, Rabat et Salé.

Des jeunes diplômés aux entrepreneurs confirmés, la chaà®ne ratisse large
Par ailleurs, les profils des investisseurs sont variés, allant de jeunes diplômés à  des entrepreneurs expérimentés. La chaà®ne ratisse donc large, mais il va falloir faire montre d’une grande capacité de persuasion pour convaincre le maximum d’investisseurs de rejoindre le réseau.
Les réserves émises par les épiciers (ils peuvent aussi rejoindre le réseau selon les conditions fixées dans le contrat) ne sont pas minces. Ces derniers soulignent que le fait d’exiger un diplôme équivalant à  Bac + 4 des franchisés gérants et un niveau Bac des vendeurs écarte d’office une bonne partie des personnes intéressées, d’autant plus que le commerce de proximité ne permet que des gains plutôt modestes.

A ce propos, il convient quand même de souligner que le business model est basé sur une offre multiservice comprenant la possibilité de commander de l’électroménager sur catalogue, le transfert d’argent, l’activité de change, les services bancaires (des guichets de retrait sont prévus) ou de téléphonie, ce qui, en principe, permet d’augmenter substantiellement le chiffre d’affaires. De plus, le fait de s’approvisionner chez le franchiseur qui dispose d’une solide force de négociation garantit à  l’exploitant des prix compétitifs.

Plus de 5 000 emplois prévus
Pourtant, rien n’y fait. Des investisseurs jugent la mise de départ trop lourde. Pour rejoindre le réseau, il faut en effet disposer d’un local d’une superficie comprise entre 20 et 120 m2 et débourser 224 000 DH pour l’installation, l’aménagement (le franchiseur fournit tout l’équipement, des rayons aux blouses des vendeurs en passant par les outils de communication) et le stock de démarrage. Pour eux, le concept est «encore loin d’un Acima de quartier». En outre, fait remarquer un épicier, «on perd la liberté de gérer notre affaire comme bon nous semble». En effet, le fait de s’engager à  respecter le plan de mise en rayon des produits signifie ne pas gérer soi-même ses approvisionnements en fonction des spécificités locales du magasin et de sa clientèle, avancent d’autres investisseurs potentiels contactés. «Au final, je préfèrerais lancer moi-même mon commerce sans leur aide !», conclut un commerçant. Compte tenu des mentalités, les opérateurs ne sont donc pas prêts à  franchir le pas.
Pourtant, le concept présente plusieurs avantages. Il a tout pour plaire au consommateur, d’abord, qui est sûr de trouver des produits de qualité commercialisés dans le strict respect des normes d’hygiène (respect de la chaà®ne du froid et propreté des lieux). S’y ajoutent la transparence sur les prix et même la possibilité de faire usage du fameux carnet (de crédit) très usité dans les quartiers populaires.

Pour l’Etat, la transparence en matière de gestion garantit une nouvelle source de revenus. Le concept est aussi un moyen d’accélérer la modernisation du secteur de la distribution et de lutter contre le chômage (à  terme, le franchiseur vise 450 emplois directs et 4 800 par les franchisés et le financement peut se faire à  travers le programme Moukawalati). Hanouty Shop et le ministère du commerce et de l’industrie ont d’ailleurs signé une convention relative à  ces deux points.

Certes, il est trop tôt pour faire un bilan, mais, compte tenu de toutes les pesanteurs mises en exergue, il va falloir nécessairement revoir la copie, sans toucher au fond, pour mieux attirer les investisseurs potentiels.