Halieutis : cap sur la durabilité des ressources

Nouveaux plans d’aménagement, halles au poisson, mécanisme de traçabilité… De nombreux projets sont réalisés ou très avancés. L’objectif de production halieutique fixé à  1,66 million de tonnes est réalisé à  82%. Le bilan à  mi-parcours est satisfaisant.

Le Salon Halieutis prend, d’année en année, une dimension nouvelle. Organisé du 18 au 22 février 2015, il est devenu, hormis une rencontre sectorielle et un événement de promotion des produits de la pêche, l’occasion de faire le point sur la stratégie gouvernementale élaborée en 2009 afin de «permettre aux opérateurs de répondre aux exigences croissantes qu’impose l’environnement international», selon Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime. Et il paraît aujourd’hui évident que le principal challenge à relever est celui de la durabilité des ressources, comme l’explique le ministre. Le Maroc, avec ses 3 500 km de côtes, dispose d’une richesse et d’une diversité halieutique quasi unique, a souligné M. Akhannouch. Une partie des opportunités a d’ores et déjà été identifiée par la stratégie Halieutis, dont un des axes majeurs est justement la durabilité. A ce jour, bon nombre de projets structurants sont lancés.
Il en est ainsi de l’instauration de nouveaux plans d’aménagement de pêcheries. Cette décision est marquée par l’entrée en vigueur au 1er janvier de cette année des plans d’aménagement de la crevette, des grands crustacés, des petits pélagiques au nord de Boujdour et du merlu. Le ministère a aussi mis en place de nouvelles infrastructures de commercialisation comprenant 13 halles au poisson de nouvelle génération dans les ports de pêche pour un investissement d’environ 300 MDH et de 9 marchés de gros de poisson pour une enveloppe de près de 600 MDH.

Généralisation des mécanismes de traçabilité

La préservation des ressources se lit également dans la volonté affichée de l’Etat de généraliser les mécanismes de traçabilité. Cela consiste en le contrôle des activités de pêche, notamment à travers la lutte contre la pêche INN (Illicite, Non déclarée, Non réglementée), dont la loi 15-12 a été publiée au Bulletin Officiel et les textes d’application sont «en cours de préparation», a confié Aziz Akhanouch dans un point de presse organisé en marge de l’inauguration du Salon. Le suivi par satellite des navires de pêche par leur équipement en balises VMS est, quant à lui, «réalisé à 100%». Reste encore à équiper toutes les barques artisanales ciblant le poulpe dans l’Atlantique Sud de caisses isothermes (ice-box) permettant de préserver la fraîcheur des captures jusqu’à leur débarquement à terre (61% du projet réalisé à fin décembre 2014).

Autre point important pour la préservation des ressources, les filets maillants dérivants sont totalement mis hors de course.

«Il convient cependant de réfléchir à tout ce que pourrait apporter au Royaume cet accès direct à la mer et à l’océan en prenant l’exemple de grandes nations maritimes aujourd’hui reconnues telles que le Japon. Une nouvelle économie pourrait être créée dans le Royaume sur la base d’infra et de superstructures, de plateformes techniques et technologiques au niveau des ports, de chantiers navals, de centres de traitement et de valorisation des produits de la mer ou encore de centres de formation», indique, quant à lui, Karmenu Vella, commissaire européen à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche. 15,5 milliards de DH de produits halieutiques exportés en 2014

D’une manière générale, le bilan à mi-parcours fait ressortir des taux d’avancement satisfaisants et la réalisation d’une partie des objectifs escomptés à l’horizon 2020. A cette date, 95% des espèces commercialisées au Maroc seront gérés durablement contre 85% en 2015. Aujourd’hui, 82% de l’objectif de production halieutique fixé à 1,66 million de tonnes est atteint (1,3 million de tonnes) et la valeur de la première vente des captures de la pêche artisanale et côtière a totalisé un niveau historique de 6 milliards de DH, en progression de 40% par rapport à 2009.

De même, les exportations ont totalisé 15,5 milliards de DH en 2014, en hausse de 7% en valeur et de 4% en volume par rapport à 2013. Le montant représente 58% du niveau attendu en 2020 (3,1 milliards de dollars, soit 27 milliards de DH). La valeur ajoutée de l’activité de pêche maritime a également augmenté de 33% entre 2009 et 2013, et de 7% en moyenne annuelle, à 8,3 milliards de DH. L’investissement privé dans l’industrie de valorisation est en amélioration. Le montant s’élève à 1,7 milliard de DH entre 2009 et 2014, soit une progression annuelle moyenne de 12%. Une performance qui «reflète la confiance des industriels marocains dans nos choix stratégiques et la bonne santé du secteur», selon Aziz Akhannouch.
Mais pour atteindre un PIB sectoriel de 21,9 milliards de DH en 2020, il ne faudrait pas dormir sur ses lauriers. Le ministère a en effet annoncé l’identification de «chantiers prioritaires pour le court et moyen terme afin de compléter la vision Halieutis». Le défi est désormais de réussir le décollage de l’aquaculture grâce notamment à la définition de plans d’aménagement dédiés à cette activité. Trois zones prioritaires devraient faire l’objet de planification à des fins aquacoles. Il s’agit de la zone située entre le nord de la baie de Dakhla et le sud de la baie de Cintra (région d’Oued Eddahab-Lagouira), de celle délimitée par la baie d’Imessouane et celle d’Agadir (région Souss-Massa-Drâa) ainsi que la bande côtière s’étendant de Cap Targha à Saïdia en Méditerranée. L’objectif est de produire 200 000 tonnes en 2020.