Grosse pagaille dans les marchés de Casablanca

Sur un total de plus de 100 marchés, seule une trentaine est autorisée par la ville. Dans les marchés autorisés, 80% des commerçants ne versent pas de loyer. Une étude est menée pour mettre de l’ordre dans ces établissements.

Grosse pagaille dans les marchés communaux de Casablanca. «Un désordre qui coûte à la ville des millions de dirhams par an», regrette un des vice-présidents de la Commune urbaine de Casablanca. Pour remettre de l’ordre dans ces établissements, le Conseil de la ville vient de lancer une vaste enquête qui portera à la fois sur les marchés autorisés et ceux installés de manière anarchique. Elle se déroulera en deux étapes. La première consiste à recenser tous les marchés installés dans la ville, à diagnostiquer les problèmes d’exploitation des marchés autorisés, à analyser les origines de ces dysfonctionnements, et à déterminer les conditions de création et d’installation des marchés clandestins. La deuxième étape de l’enquête se traduira quant à elle par la conception et la mise en place d’une stratégie pour la réorganisation et l’encadrement de ces structures et la valorisation des recettes de la CUC. Les premiers résultats de l’enquête, dont LaVie éco a pris connaissance, révèlent plusieurs anomalies dans ce secteur. Déjà, sur un total de plus de 100 marchés à Casablanca, seule une trentaine est autorisée. Et «le diagnostic des marchés autorisés des 16 arrondissements de la ville a levé le voile sur de nombreux dépassements», ajoute le responsable. Le principal dysfonctionnement dans les structures autorisées est le non-paiement des redevances mensuelles, sachant que tous les marchés communaux sont concédés en location.

Plusieurs locatairescèdent illégalement le droit d’exploitation des magasins

«En moyenne, seuls 20% des commerçants versent régulièrement les loyers», développe notre source. Les autres s’abstiennent de le faire pour de nombreuses raisons. D’abord, «il y a ceux qui ne paient pas juste par simple refus», explique le responsable avant d’ajouter qu’il y a en d’autres qui se considèrent propriétaires des locaux puisqu’ils ont dû verser des montants très importants aux anciens occupants pour pouvoir exploiter les magasins. Au regard du responsable, cette situation renvoie aux conditions initiales d’attribution de ces locaux. En effet, les opérations de concession ont connu au départ quelques dépassements, puisqu’elles n’ont pas bénéficié uniquement aux commerçants recensés dans le cadre des projets sociaux mais également à ceux qui avaient des connexions dans les communes et versé illégalement des sommes d’argent pour pouvoir bénéficier de ces projets. Dans plusieurs cas, certains bénéficiaires ont revendu le droit d’exploitation des locaux à des tiers, moyennant des sommes importantes, ou les ont sous-loués. Par conséquent, la majorité estime qu’il s’agit d’établissements qui n’appartiennent pas à la ville. «Nous avons aujourd’hui un réel problème de recouvrement des impayés puisque les fiches du Conseil de la ville ne contiennent que les noms des bénéficiaires initiaux dont certains sont décédés», développe notre source.

Les recettes des marchés ne dépassent pas 300 000 DH par an

Les marchés communaux souffrent également de la mainmise de certains commerçants. «Ces derniers ont transformé des espaces vides dans les marchés en magasins. Actuellement, ils considèrent ces espaces comme leur propriété», indique le responsable.

En somme, cette situation de désordre se traduit par un manque à gagner important pour la ville. «Les recettes générées par les différents marchés de la métropole ont été à peine de quelque 300 000 DH en 2014», avance un responsable de la direction des impôts communaux. Un montant qui ne couvre même pas les factures annuelles de l’eau et de l’électricité de ces établissements. A ce titre, il s’agit là d’un autre problème dont souffre la CUC, puisque les responsables considèrent que la consommation des marchés est trop élevée. «Il est donc urgent de trouver une solution pour que la ville ne supporte plus des factures totalisant des millions de DH par an», ajoute le responsable de la CUC.

Le deuxième problème qu’a révélé cette enquête est l’existence d’un nombre important de marchés non autorisés dont certains sont installés sur des terrains appartenant à la ville. «Ces marchés ont été soit créés et commercialisés par des individus, ou apparus de manière spontanée suite aux rassemblements des commerçants ambulants», développe le responsable. Il conclut en affirmant que cette anarchie est le résultat de la complicité des autorités et des élus, soit de manière indirecte en ignorant volontairement le phénomène ou de manière directe en étant impliqués dans les affaires de concession des locaux ou dans la création des marchés clandestins.

Les responsables de la ville assurent que l’aboutissement de cette opération de toilettage nécessite du temps et du courage politique. Car les autorités compétentes doivent gérer un problème qui remonte à plus d’une trentaine d’années et faire face à des élus qui tirent des bénéfices financiers de ce cafouillage. Ainsi, ils s’attendent à ce que toutes les mesures qui seront prises par le Conseil de la ville pour mettre de l’ordre soient contestées par certains représentants des Casablancais.