Grignon d’olive, un combustible à  pouvoir calorifique élevé peu exploité

La hausse des prix décourage les investissements dans une chaudière à  vapeur. Lesieur couvre 30% des besoins en électricité de son usine d’Ain Harrouda avec une centrale à  grignon de 10 MW. Près de 100 000 tonnes de grignons ont été extraits en 2012.

Autrefois embarrassés par ce déchet, les professionnels de l’huile d’olive ont fini par trouver une partie de la solution : le grignon d’olive peut en effet être revalorisé comme combustible. Le pouvoir calorifique élevé de ce résidu d’olive en fait en effet un très bon combustible au point de remplacer le bois de chauffage et le fuel dans les chaudières. Voilà pourquoi, aujourd’hui, une partie des grignons d’olives produits au Maroc alimentent les quelques chaudières et briqueteries que compte le pays. Une partie seulement car une quantité non négligeable est constamment gâchée ou répandue dans les terres agricoles. «La demande de grignons d’olives pour alimenter des chaudières est là, le potentiel de production également. Malheureusement, une bonne partie des grignons n’est pas traitée car issue d’unités de trituration artisanales», confie Mustapha Hassini, directeur de l’usine Lesieur à Aïn Harrouda qui dispose d’une centrale de production de vapeur alimentée par des grignons d’olive depuis 2009. D’une capacité de 10 MW, cette centrale couvre 30% des besoins en énergie de l’usine. La société s’apprête d’ailleurs à en acquérir une deuxième : le contrat devrait être prochainement signé et la livraison finale effectuée d’ici la fin de cette année.

Cinq unités d’extraction d’huile de grignons au Maroc

Concrètement, pour obtenir un grignon d’olive exploitable comme combustible, il faut récupérer le grignon humide issu de la trituration, que celle-ci soit réalisée de façon industrielle ou artisanale. Ce grignon humide, composé grosso modo de peaux, de résidus de pulpe et de fragments de noyau, passe ensuite par une unité d’extraction qui sépare l’huile du grignon sec, désormais exploitable comme combustible. A noter que cette dernière, comestible, est principalement vendue à l’export à un prix inférieur au prix de l’huile d’olive mais supérieur à celui de l’huile de table. Il existe au Maroc 5 unités d’extraction d’huile de grignon : 4 dans la région de Meknès-Fès et une à Marrakech. Evidemment, les unités d’extraction d’huile de grignon se trouvent principalement dans la zone où se situent la plupart des unités de trituration d’olives dans le pays. L’on estime à plus de 2 000 le nombre d’unités de trituration d’olive rien que dans la région de Meknès et Fès, la grande majorité étant bien sûr artisanale. Les grignons d’olives humides sont ainsi rassemblés et traités dans ces unités d’extraction.

Les cimentiers n’y trouvent pas leur compte

Malgré une capacité de production élevée, le Maroc ne tire toujours pas de bénéfices importants de ses grignons, contrairement à d’autres pays méditerranéens. Selon un professionnel de la place, près de 100 000 tonnes de grignons d’olive ont été extraits en 2012, ce qui est encore loin de la capacité de traitement qui atteindrait 175 000 tonnes. Une chose est sûre néanmoins : 80% des grignons d’olives secs exploitables au Maroc sont utilisés comme combustible. Le reste est transformé en aliment de bétail. Pour l’anecdote, le grignon d’olive est notamment apprécié des chameaux libyens.

En dépit de l’intérêt énergétique indiscutable du grignon d’olive, celui-ci a tout de même un inconvénient de taille : son prix. Indexé sur le cours de l’olive, le prix de la tonne a flambé en une seule année. L’année dernière, elle se négociait à 500 dirhams. Aujourd’hui, elle se vend entre 650 et 670 DH. De quoi démotiver les quelques industriels qui envisageaient de se doter d’une centrale à vapeur de ce type car, entretemps, l’intérêt économique de ce concept s’est réduit. Les cimentiers -on ne fait pas plus énergivores- n’y trouvent par exemple pas leur compte pour le moment. Une entreprise qui envisageait d’installer une centrale à Fquih Bensalah s’est finalement ravisée après avoir fait ses comptes. Pourtant, la production marocaine a doublé en quelques années et d’autres projets d’unités d’extraction sont actuellement à l’étude. Il faut savoir qu’une chaudière à vapeur de 10 MW, par exemple, nécessitant une enveloppe de 30 MDH, consomme entre 8 000 et 10 000 tonnes de grignons par an. Bien sûr, tout dépend de l’utilisation qui en est faite. Son approvisionnement en grignons peut en effet tripler si elle tourne à plein régime.