Grève des armateurs : le prix du gasoil n’est pas le seul problème

Après 18 jours de grève, les armateurs ont obtenu un abattement de 1100 DH
sur la tonne de gasoil.
Le ministère de tutelle entend mettre l’accent sur la valorisation des produits
pour redresser la filière.

La grève des professionnels de la pêche côtière qui avait commencé le 1er février a pris fin lundi 18. Le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime et les représentants des opérateurs de la pêche côtière ont signé un accord en plusieurs points dont le plus discuté concerne le carburant. En définitive, ils ont obtenu une baisse de 1100 DH sur le prix de la tonne de gasoil qui est ainsi ramené à  5 850 DH. Cette baisse sera financée par une partie des ressources destinées à  la modernisation de la flotte.

Les deux parties ont décidé de maintenir le dialogue avec le ministère de l’énergie et les distributeurs de carburants pour la généralisation, dans tous les ports, de la réduction des prix annoncés par certaines sociétés. L’objectif est d’arriver à  un prix de 5 000 DH la tonne.

Ce problème est le plus visible, mais tout le monde comprend que la problématique est plus vaste. C’est pour cette raison que le communiqué du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime fait état de plusieurs éléments d’information.

Outre la simplification des procédures administratives, l’accord prévoit la réduction des prélèvements opérés sur les ventes. Mais il n’est pas précisé si cela concerne les taxes perçues par l’Office national des pêches (ONP), les communes ou autres…

Les moteurs de dernière génération permettent de réduire la consommation de carburant de 30 %
Les deux parties sont également convenues de mettre sur pied des commissions de travail qui vont plancher sur les problèmes de la pêche et qui devraient faire des propositions d’ici un mois et demi.
Mohamed Termidi, secrétaire général du département des pêches maritimes, ne s’appesantit pas sur la partie matérielle de l’accord. «L’essentiel est de travailler sur des pistes de nature à  permettre aux industriels de valoriser leurs produits. Il ne s’agit pas de subventionner le carburant mais de poursuivre le processus de mise à  niveau du secteur car c’est cela et seulement cela qui est de nature à  rétablir les équilibres et à  pérenniser l’activité. En un mot, il s’agit d’apprendre à  mieux pêcher, de moderniser les équipements pour réduire les frais, de mieux conserver les produits de la mer et d’avoir une approche marketing pour les valoriser. Est-il normal, par exemple, de pêcher de la sardine pour en faire de la farine, faute de moyens pour la conserver en bon état le temps du voyage ?», s’offusque-t-il.
Abdelfettah Zyne, président de l’Association de la pêche responsable (APR), exprime un avis tranché sur la question. « Je ne crois pas à  un prix du diesel à  5 000 DH avec la tendance et les fluctuations actuelles. Et puis, même si l’Etat peut faire un effort, ce sera pour combien de temps ? Il faut investir dans des équipements qui vont réduire les charges… Aujourd’hui, les bateaux aérodynamiques avec des moteurs de dernière génération peuvent réduire la consommation d’énergie de près de 30%», note-t-il. «Il est évident, ajoute-t-il, que la logique économique et l’approche industrielle actuelle ne permettent pas de dégager des comptes d’exploitation équilibrés». M. Zyne affirme que les charges (carburant, taxe et autres) représentent jusqu’à  50 % du chiffre d’affaires, contre 25 à  30% en Europe, par exemple. «Nous sommes pour un challenge gagnant/gagnant et un cahier des charges clairement défini», souhaite-t-il.

Même son de cloche chez Kamal Sabri, armateur et membre de la Chambre des pêches maritimes atlantique nord. Pour lui, les attentes des professionnels se focalisent sur le travail des commissions qui devraient trouver des pistes de travail et les affiner. «Les problèmes sont connus, il faut juste actualiser les approches et les méthodologies et nous sommes rassurés car les études que promet de lancer le ministère de tutelle sont également de nature à  rassurer les professionnels», laissent entendre plusieurs opérateurs de ce secteur qui compte quelque 2 600 immatriculations, dont 1 700 à  1 800 unités sont opérationnelles.
D’après les statistiques de l’ONP, les débarquements de la pêche côtière et artisanale se sont élevés à  plus de 826 000 tonnes en 2007, en hausse de 2 % par rapport à  l’année précédente. La valeur a progressé au même rythme pour atteindre 3,6 milliards de DH. Cette filière réalise plus de 80 % du total des débarquements et génère 115 000 emplois directs et indirects.