Grandes manÅ“uvres dans le secteur électrique

De manière inattendue, EDF s’est retiré de Koudia Blanco avant la fin de son contrat de concession.

Le repreneur, Theolia,
vise de grands projets au Maroc

L’appel d’offres
de la gestion déléguée de Marrakech suscite les appétits
des groupes internationaux, de l’ONE et l’Onep.

Les manœuvres dans le secteur énergétique
se poursuivent. Ainsi, quelques mois après le retrait du consortium américano-helvético-suédois, ABB/CMS de Jorf Lasfar Energy company (JLEC), c’est au tour d’un autre opérateur étranger, EDF en l’occurrence, de se retirer du marché marocain. Il y a quelques jours, en effet, le français a retiré ses billes de la Compagnie éolienne du Détroit (CED) qui exploite la centrale éolienne de Koudia Blanco (50 MW), à Tétouan en cédant les 84,5 % du capital qu’il détenait dans la société à Theolia, un producteur européen d’électricité à partir des énergies renouvelables, principalement l’éolien. Montant de la cession : environ 40 millions d’euros, selon une source bien informée. Et comme pour le cas de JLEC, aucune explication officielle n’a été donnée à ce retrait d’EDF. Mais les milieux bien informés imputent ces désengagements à une volonté de «redéploiement stratégique» de l’opérateur.

En réalité, tout se passe comme si les opérateurs électriques que sont ABB/CMS et EDF n’ont investi le marché marocain que pour des durées limitées, le temps de tirer le maximum d’avantages et de profitabilité qu’offre un marché garanti, en vertu des contrats de concession qui les lient à l’acheteur exclusif, l’ONE. Le fait qu’aucun de ces concessionnaires n’est allé jusqu’aux termes de la concession (30 ans pour JLEC et 19 ans pour Koudia Blanco) indique bien, d’après certains analystes, à quel point la rentabilité de ces projets prime sur le reste. Et justement, en vertu des contrats conclus avec l’opérateur historique national, la rentabilité est beaucoup plus importante au cours des premières années d’exploitation.

Il y a lieu néanmoins d’apporter un bémol à cette explication s’agissant du retrait d’EDF, à en croire un proche du dossier. Pour ce dernier, l’éolien représente une activité «marginale» pour EDF, porté plutôt sur les grands parcs électriques à combustibles fossiles, alors qu’elle est le cœur du métier de Theolia. Et d’ailleurs, ajoute-t-il, l’opérateur français et européen des énergies renouvelables «nourrit de grandes ambitions» pour le Maroc puisqu’il est intéressé par le projet éolien de Tarfaya et celui de Tan-Tan (pour le dessalement de l’eau de mer).

Par ailleurs, confie-t-on, Theolia s’intéresserait à l’équipement des industriels marocains, gagnés à l’idée de produire leur propre électricité à partir des énergies renouvelables, notamment l’éolien. «Des contacts sont d’ores et déjà pris avec certains industriels pour leur installer des parcs de 10 MW», précise un haut cadre de Theolia.

Le schéma du multiservice pour 2008-2009
Toujours est-il que, pour certains spécialistes du secteur, aussi bien le retrait d’EDF que celui d’ABB/CMS peut s’expliquer par le fait que les opérateurs mondiaux ont tendance à préférer les activités de distribution parce que plus rentables que celle de production.

Il est significatif à cet égard, et pour ne prendre que cet exemple, que le projet de confier en gestion déléguée la Régie de distribution de Marrakech (RADEMA) est suivi de près par de grands groupes, notamment français. Avant même de lancer l’appel à manifestation d’intérêt le 29 août 2007, un intense lobbying français est mené auprès des responsables de la ville ocre pour s’adjuger un marché en pleine expansion.

Pourtant, les pouvoirs publics ont lancé une réflexion, aujourd’hui bien avancée, selon laquelle les activités de distribution d’eau, d’électricité et d’assainissement seraient regroupées et gérées par une même entité, à l’échelle régionale. C’est le système du multiservices. L’ONE, l’ONEP et probablement la CDG s’associeraient pour créer cette entité, en vue de «profiter des synergies» existants entre ces trois partenaires. « Le schéma tient toujours, mais ce sera pour 2008-2009 dans le meilleur des cas ; et il concernerait les régions de l’Oriental (Oujda, Nador, Al-Hoceima) et de Casablanca-Settat…». Pourquoi pas Marrakech ? «Marrakech ne peut pas attendre. La ville s’étend de jour en jour et, comme vous le savez, connaît de ce fait des problèmes récurrents en termes de fiabilité des installations, et donc de distribution», explique un proche du dossier. Est-ce à dire que les opérateurs nationaux se trouvent de facto exclus de la course ? Tout porte à le croire à moins que les élus de Marrakech n’en décident autrement !