Grand ménage dans le contrôle technique des véhicules

Les agréments ne seront plus délivrés à titre individuel mais sur la base d’un appel d’offres pour un réseau géographique donné.

Ce n’est un secret pour personne : la visite technique annuelle obligatoire des véhicules de plus de cinq ans est souvent effectuée de manière sommaire. Résultat : beaucoup d’accidents de la circulation, notamment d’autocars de transport public, sont dus à un état mécanique défectueux du véhicule. Le ministère de l’Equipement s’est donc décidé à mettre un terme à l’anarchie.

Une dizaine de centres techniques fermés
C’est ainsi que les 180 centres techniques répartis à travers le pays ont été audités par ses services. Déjà, courant 2005, une dizaine d’entre eux avaient été fermés et des poursuites judiciaires engagées contre des contrevenants. Les autorités de tutelle ont effectivement eu la main lourde parce que l’état des lieux est peu réjouissant.«Des dysfonctionnements graves ont été relevés au niveau des équipements, des locaux et des compétences des agents visiteurs. Les cahiers des charges ne sont pas respectés», confie à La Vie éco une source qui a participé à cette opération. Le département de tutelle compte maintenant attaquer le problème à la racine par la mise en œuvre d’une réforme qui vise à revoir de fond en comble le système et l’organisation de cette activité.

C’est dans cet esprit qu’il a organisé, vendredi 30 septembre, une journée de sensibilisation pour exposer son projet, qui se décline en deux volets.
A court terme, il est prévu la mise à niveau de ce qui existe déjà, en poussant vers la formation des agents visiteurs. Seront ainsi sollicités les centres de formation de l’OFPPT de Casablanca, qui vient de mettre sur le marché sa première promotion d’agents visiteurs, de Tanger et d’Agadir. Le Centre d’essai et d’homologation, dépendant du ministère du Transport, pourra aussi être mis à contribution le cas échéant. Dans le même sens, les centres techniques seront soumis à un contrôle plus rigoureux avec, à la clé, des sanctions qui vont de l’avertissement au retrait de l’agrément.
A moyen terme, une fois que l’Etat aura défini ses besoins en matière de contrôle technique, les agréments ne seront plus octroyés à titre individuel mais organisés géographiquement en réseaux, soumis à appel d’offres public. C’est l’aspect fondamental de la réforme en cours. Le but est de pousser les professionnels à s’organiser en sociétés pour soumissionner à l’exploitation de ces réseaux, avec notamment l’obligation de se doter d’un système qualité.
Tous les centres techniques seront reliés par ordinateur à un serveur central géré par le ministère qui disposera, en temps réel, des informations sur les véhicules diagnostiqués dans chaque centre. C’est cette structure qui, après analyse des données, jugera si le véhicule est apte ou non à circuler. Toutes ces dispositions seront incluses dans le nouveau cahier des charges, de même qu’une révision de la tarification, afin que «ces centres techniques cessent d’être des délivreurs d’imprimés pour devenir de vrais organes de contrôle».
Mais cela n’ira pas sans difficulté car les professionnels, qui se sont constitués en Fédération nationale des centres de visites techniques et de sécurité routière au Maroc, entendent aussi imposer leurs idées. Mohamed Labed , son président, tout en saluant l’esprit de concertation initié par le ministère, demande à ce que la réforme se fasse en douceur et prenne en considération certaines données comme l’âge du parc national, qu’il juge vieillissant, la qualité du gasoil, qui n’est pas des meilleures, ainsi que les tarifs de la visite, sachant, dit-il, qu’en Europe le prix d’une visite varie entre 70 et 80 euros, alors qu’il est chez nous de 120 DH. Par ailleurs, il estime que, étant donné l’état de notre réseau routier, le délai pour la première visite devrait être ramené de 5 à 2 ans, et deux fois par an plutôt qu’une, pour les voitures dont l’âge est supérieur à 5 ans.
Enfin, le président de la toute nouvelle fédération se demande pourquoi la visite technique pour les voitures particulières devrait continuer à avoir lieu dans la province d’immatriculation du véhicule. Mais c’est là une revendication que les centres techniques de Casablanca ne vont pas accueillir avec plaisir.

Le contrôle technique laisse à désirer et la plupart des accidents sont dus à l’état déplorable des véhicules.