Grand chambardement au sein des filiales régionales d’Al Omrane

De nouveaux présidents et directeurs généraux à  Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir et Tanger.
Les filiales invitées à  dépasser les blocages qui entachent le programme Villes sans bidonvilles.
En six ans, les autorités ont démoli plus de 140 000 baraques et recasé près de 700 000 habitants, mais c’est loin d’être suffisant.

Le holding public d’aménagement Al Omrane, cet ex-Erac qui a pris de plus en plus de poids depuis 2004, avec les nouvelles orientations étatiques en matière d’habitat, met de l’ordre dans son organisation. Un vaste mouvement de nominations vient, en effet, d’être opéré dans toutes les filiales en régions. Al Omrane Rabat, Casablanca, Marrakech et Agadir ont eu chacune un nouveau président et un directeur général. A Tanger également, le poste de présidence, qui n’existait pas, vient d’être créé. Pourquoi un aussi grand mouvement ? «Cette réforme permet aux nouveaux présidents de superviser non seulement la filiale régionale d’Al Omrane, mais également la ville nouvelle qui se trouve dans le chef-lieu de la région. Par exemple, le président d’Al Omrane Marrakech sera également le président de Tamansourt et celui de Rabat supervisera également la ville nouvelle de Tamesna» , explique-t-on auprès d’Al Omrane.
Ainsi, Nabil Kerdoudi, précédemment Pdg de Tamesna, est devenu Pdg d’Al Omrane Casablanca et de la ville nouvelle de Lakhyayta, alors qu’El Khatib Lahbil, ex-directeur général d’Al Omrane Marrakech, rejoint la présidence d’Al Omrane Rabat et de la ville nouvelle de Tamesna. M. Lahbil est remplacé à la tête de la filiale de Marrakech par Merahi Benali qui occupait le poste de Pdg d’Al Omrane Agadir et Al Janoub. A Agadir, M. Benali est remplacé par Najib Benyahya et le nouveau poste de président d’Al Omrane Tanger et de la ville nouvelle de Charfate est occupé par Abdelilah Benzakour. Les postes de directeurs généraux et de directeurs généraux délégués ont également subi quelques changements puisque c’est Youness Seffiani qui dirige la filiale de Rabat alors que la direction de Tamesna sera assurée par Mohamed Boukhlal. Deux directeurs généraux délégués, à savoir Abderrazzak Sadok et Abdellatif Tlemsani Berahma, ont été nommés pour la filiale de Casablanca et la ville nouvelle de Lakhyayta. A Agadir, c’est Abdelmalek Latifi qui assure les fonctions de DG alors que les villes de Marrakech et de Tanger n’ont pas connu de changement à ce niveau. 

Les directeurs généraux en charge de l’opérationnel, les présidents pour réfléchir sur la stratégie

Pour entériner ces nouvelles nominations, les 14 filiales du holding public d’aménagement ont respectivement tenu leurs conseils d’administration tout au long du mois de mai. Le dernier conseil a eu lieu le 26 mai au siège d’Al Omrane à Rabat.
Le jeu de chaises musicales qui a concerné pas moins de 5 présidents entre dans le cadre d’un rajeunissement de l’effectif dirigeant du holding public d’aménagement. «Nous avons voulu mettre des directeurs régionaux jeunes et dynamiques qui assureront le volet opérationnel au quotidien alors que les présidents s’occuperont davantage de la stratégie du groupe sur le moyen et le long terme», explique un responsable au ministère de l’habitat. Il est à noter que toutes ces nominations relèvent d’une promotion interne au sein du personnel d’Al Omrane.
Mais au-delà du rajeunissement de l’équipe dirigeante, les changements intervenus ont également pour objectif de dynamiser le programme Villes sans bidonvilles qui connaît quelques blocages depuis plusieurs mois déjà. «Al Omrane est engagé dans la lutte contre l’habitat insalubre et ce phénomène résiste aux actions de recasement de bidonvillois. Les nouveaux présidents et directeurs généraux des filiales auront pour mission donc d’établir des plans d’action efficaces afin d’enrayer le développement des bidonvilles notamment en misant sur le développement des villes nouvelles», analyse un responsable du holding public. C’est pour cette raison d’ailleurs que les présidents des filiales régionales s’occuperont aussi des villes nouvelles situées dans la même région. Pour les aider dans leur lutte contre l’habitat insalubre, le ministère de l’habitat vient de créer, en collaboration avec les départements des finances et de l’intérieur, un comité interministériel composé de représentants des trois ministères et destiné à plancher sur des solutions aux blocages dont souffre le programme Villes sans bidonvilles, initié en 2004.

Seulement 140 000 baraques détruites en six ans

Six ans après le début de sa mise en oeuvre, seulement 37 villes sur 83 sont déclarées sans bidonvilles et de grandes villes comme Casablanca, Salé, Marrakech et Kénitra n’arrivent toujours pas à réduire le nombre de leurs bidonvilles. Pis encore, le nombre des ménages qui habitent dans des bidonvilles augmentent d’année en année dans une ville comme Casablanca qui regroupe, à elle seule, près du tiers des bidonvilles du pays puisqu’elle comptait, en 2004, près de 80 000 ménages habitant dans des baraques. En 2009, près de 17 000 baraques ont été démolies et 12 000 unités de relogement étaient en cours de construction. Mais le manque de foncier urbanisable et l’augmentation incontrôlée des ménages qui habitent les baraques empêchent les autorités locales d’avancer rapidement dans cette ville. C’est la région de Skhirat-Témara qui abrite la deuxième plus grande colonie de bidonvilles au Maroc avec un peu plus de 30 000 baraques. Elles sont suivies de Marrakech (19 066 ménages dans des bidonvilles), Rabat-Salé (14 700 ménages) et Kénitra (13 442 ménages). Globalement, le Maroc comptait au moment du lancement de ce programme près de 1,5 million d’habitants dans des bidonvilles, soit plus de 266 000 ménages. En 6 ans, les autorités ont démoli plus de 140 000 baraques et recasé près de 700 000 habitants, mais c’est loin d’être suffisant pour éradiquer ce mal qui continue de polluer les principales villes du Royaume.