GPS dans les autocars : les petits transporteurs risquent de bloquer le chantier

Le ministère du transport devrait prendre en charge les frais liés à  l’équipement des autocars en GPS. Le système permettra à  la tutelle de disposer d’indicateurs sur l’activité des transporteurs, ce que les entités non structurées pourraient refuser. Le projet s’inscrit dans le cadre de la prévention routière.

C’est un projet qui risque de faire couler beaucoup d’encre dans les mois à venir. Comme rapporté en avant-première dans notre édition du vendredi 29 novembre, le ministère de l’équipement et du transport souhaite équiper les autocars dédiés au transport routier de voyageurs de GPS. L’objectif annoncé est de mettre en place un système permettant d’assurer un suivi en temps réel de ces véhicules. «Le ministère compte utiliser les nouvelles technologies dans la prévention des accidents de la circulation, notamment pour les véhicules de transport public en commun de personnes où le maximum de sécurité doit être garanti», explique-t-on auprès de la direction des transports routiers et de la sécurité routière. Si, globalement, cette disposition est louable au vu de la forte implication des autocars dans les accidents que connaît le pays au quotidien, elle est loin d’être facile à mettre en œuvre. «Le problème va se poser principalement chez les transporteurs non structurés, qui représentent la plus grande partie de la flotte nationale», explique un opérateur du secteur.

En fait, l’idée d’équiper les autocars par des systèmes de géolocalisation n’est pas nouvelle. Selon plusieurs sources, les entreprises structurées disposent déjà, dans leur majorité, d’une flotte équipée. C’est particulièrement le cas des entreprises qui opèrent dans le transport international de voyageurs et qui sont soumises à des contrôles très stricts, notamment en Europe. Avec ces transporteurs, le seul défi qui devra être relevé est d’adapter leurs systèmes aux outils de traitement et de suivi des données qui seront centralisées auprès du ministère. En revanche, avec les autres transporteurs, le chantier risque de connaître des complications.

Le système unifié d’achat des tickets à la gare Ouled Ziane n’a pas vu le jour

D’abord, une grande partie de ces petites structures opère avec des autocars non équipés. Il faudra alors se décider sur qui prendra en charge l’installation de ces systèmes. A priori, c’est l’Etat qui devrait assurer le financement, vu que le ministère de l’équipement a déjà lancé un appel d’offres pour la location du matériel. Selon les termes de cet appel d’offres, le prestataire aura la responsabilité d’équiper les autocars. Dans un premier temps, une phase de test concernera 10 autocars, avant la généralisation aux 2 740 véhicules restants (à condition que la phase de test soit concluante).

Ensuite, nombre de transporteurs risquent d’exprimer des réticences quant au fait d’être «traqués» par les pouvoirs publiques. «Dans ce secteur, plusieurs opérateurs refusent tout ce qui peut toucher au contrôle de leur activité», explique un expert en transport routier. Le fait est que le suivi de l’itinéraire des autocars, de la fréquence d’utilisation des véhicules et des comportements des chauffeurs (notamment les arrêts en cours de route), qu’induirait l’utilisation des balises GPS permettrait au ministère de disposer d’indicateurs sur l’activité du transporteur. Or, dans un secteur qui reste dominé par l’informel et la sous-déclaration, il est difficile de faire passer la pilule auprès des opérateurs les moins honnêtes. «L’échec de l’expérience des guichets uniques pour les tickets des autocars à la gare routière de Casablanca en est la parfaite illustration», ajoute l’expert. En effet, il y a quelques années, la ville de Casablanca avait comme projet de restructurer la gare de Ouled Ziane, point névralgique du transport de voyageurs dans la métropole, à travers l’unification du système d’achat des tickets. Or, finalement, les transporteurs ont mis la pression sur les pouvoirs publics pour annuler ce projet, en raison de l’incidence que cela aurait pu avoir sur le contrôle de leur activité. C’est dire que la tâche risque d’être difficile pour convaincre les opérateurs d’installer les GPS. Et même si le ministère y parvient, nul n’empêche que le matériel soit la cible d’actes de vandalisme de la part des chauffeurs ou des transporteurs eux-mêmes. La tutelle semble d’ailleurs s’y attendre puisque l’appel d’offres prévoit que «la balise GPS devra être installée à un endroit non accessible, confidentiel, non visible et sécurisé dans l’autocar pour lutter contre tout acte de vandalisme».