Goodyear se sépare de 150 employés

Le personnel a accepté le plan de restructuration mais exige le paiement des indemnités prévues par le Code du travail

Pour faciliter le déstockage, la production est arrêtée pour quelques semaines.

Le secteur pneumatique marocain n’en finit pas de plonger. Alors que le cadavre de General Tire n’a pas encore totalement refroidi – le syndic a encore du mal à boucler la liquidation -, Goodyear, le seul fabricant sur la place, discute un plan de restructuration avec les représentants de son personnel. Au total, 150 salariés parmi les 350 que compte l’effectif devront partir. Pour Christian Billaud, administrateur directeur général, qui dit avoir tout tenté, c’est la seule solution pour sauver l’entreprise.

Dans les faits, ce plan social traîne depuis huit mois, mais les deux parties ne sont pas encore tombées d’accord sur les modalités de sa mise en œuvre. Les représentants syndicaux ont indiqué qu’ils n’ont rien à dire sur le nombre de personnes appelées à faire leurs cartons et laissent le choix à la direction de constituer «la charrette» selon ses propres critères. En revanche, ils refusent catégoriquement le montant des indemnités légales de licenciement (par opposition aux indemnités de licenciement abusif) proposées et exigent l’application du Code du travail. Ce texte prévoit le versement de 96 h de salaire par an pour les 5 premières années travaillées ; 144 h de 6 à 10 ans, 192 h de 11 à 15 ans et 240 h au-delà de 15 ans. Les délégués du personnel doivent recevoir le double. Ces indemnités sont calculées sur la base de la moyenne des salaires perçus au cours des 52 semaines qui ont précédé la rupture du contrat.

La production reprendra fin janvier
Apparemment, la direction, qui précise avoir choisi de ne pas communiquer sur ce dossier, a mis un budget moins consistant sur la table. Dans tous les cas, le dialogue n’est pas rompu. Les deux parties devaient même se rencontrer une nouvelle fois, le15 décembre, chez le gouverneur pour continuer les discussions.
Dans le cas de Goodyear, on retiendra que le syndicat a fait preuve de maturité et retenu la leçon de ses anciens collègues de General Tire qui, à force de reconduire un mot d’ordre de grève pour exiger le retrait d’un plan de restructuration arrêté par le management, avaient précipité la fermeture définitive de l’usine, ce que visait discrètement la maison-mère Continental, alors engagée dans un plan mondial de réorganisation. Aujourd’hui, le personnel court encore après ses indemnités de licenciement.

Chez Goodyear même, une centaine d’employés en CDD (contrat à durée déterminé), mais qui en fait travaillaient de manière continue, avaient vu leur contrat rompu en 2000. En observant une grève illimitée pour exiger leur embauche, ceux-ci avaient aussi permis à l’entreprise qui en avait déjà tant besoin d’alléger ses charges.
C’est dire que les difficultés de la filiale marocaine de la multinationale éponyme remontent à plusieurs années et vont crescendo. D’ailleurs, depuis quelques mois, les employés sont en chômage partiel et, pour «réduire le stock», selon les mots de la direction, la production est arrêtée depuis le 12 décembre pour une période indéterminée. C’est ce qui est communiqué en interne. M. Billaud assure toutefois que la reprise aura lieu avant fin janvier 2006.

L’entreprise compte se spécialiser sur quelques dimensions
Parmi les causes à l’origine de ces difficultés figure l’incapacité de l’entreprise à faire face à la concurrence tant sur le marché intérieur (voir encadré) qu’à l’étranger. Sur le plan local, outre l’afflux des produits importés vendus à des prix jugés cassés, Goodyear ne s’est pas adapté à la reconfiguration du parc automobile. «Les dimensions sont trop nombreuses et l’on ne peut pas tout faire», explique-t-on. Le salut viendra donc de la spécialisation dans des niches précises. Le reste de l’offre sera importé des autres usines du groupe. A ce niveau, l’Etat aurait accepté d’accorder des facilités fiscales. Là aussi on peut dire que les pouvoirs publics ne veulent pas se voir reprocher de regarder l’entreprise s’éteindre à petit feu sans réagir. Reste qu’ils seront dans l’incapacité de faire face si Goodyear veut réellement se désengager du Maroc. En effet, la logique libérale qui n’épargne presque aucun pays fonctionne ainsi. Aujourd’hui, les multinationales sont sans état d’âme. Pour maintenir une rentabilité toujours plus élevée, elles privilégient les profits à court terme aux investissements in situ. Par conséquent, soit elles délocalisent dans des régions à faibles coûts, soit elles taillent dans les effectifs pour essayer d’améliorer la productivité, tout en bloquant les salaires. Souhaitons aux employés de Goodyear que les grands patrons du groupe s’en tiennent à cette seconde solution.

Impuissant face aux importateurs
En quelques années, Goodyear Maroc a vu ses parts de marché fondre progressivement. Pour ses dirigeants, le chantier du redressement n’est pas de tout repos. Ils devront batailler ferme pour enrayer la chute de l’entreprise sur un marché étroit de 1,4 million d’unités, tous segments confondus (voiture particulière, camionnette, tracteur, poids lourd et engins de génie civil), dont

35 % accaparés par la contrebande de pneus usagés et le rechapage. Ce n’est pas parce que Goodyear a en face un autre industriel, mais du fait que l’ouverture du marché a facilité les importations à faible coût. Aujourd’hui, une cinquantaine de marques d’horizons divers sont proposées et des importateurs agressifs et bien organisés, à l’instar de Pneu Amine, ne sont pas près de lâcher le morceau. En 15 ans de présence sur le terrain, cette enseigne tunisienne, qui présente Pirelli comme marque phare tout en produisant sa propre marque, revendique déjà

18 % du marché total et 27 % du secteur organisé. Le prix constitue certes l’un de ses principaux arguments, mais cet importateur mise aussi sur un réseau étendu et un service après-vente irréprochable. C’est là que l’on situe désormais le nouveau champ de bataille.