Glucose : l’Etat cherche-t-il à  protéger le seul producteur local ?

Les confiseurs ont saisi la Commission consultative des importations pour la baisse des droits de douane sur ce produit qui devrait remplacer le sucre, trop cher.
De 32,5%, ces droits devraient passer à  17,5%, mais l’on parle d’un taux intermédiaire de 25%.

A l’heure o๠les cours mondiaux des matières premières continuent de flamber, les industriels du Maroc (et d’ailleurs) ont un grand souci : baisser les coûts de leurs intrants. Pour le secteur des biscuits et de la confiserie, c’est encore plus urgent vu la déferlante des produits étrangers à  des prix défiant toute concurrence.

Ainsi, depuis quelques semaines, l’idée de remplacer le sucre par le glucose a fait son chemin dans les milieux industriels. L’idée est séduisante sauf qu’un problème se pose : les droits de douane sur le glucose sont encore élevés : 32,5%.

C’est ce qui a poussé certains industriels à  introduire une requête auprès du ministère de l’industrie et du commerce, qui a saisi à  son tour la Commission consultative des importations (CCI), demandant de ramener ces droits de douane à  17,5%.

Réunie il y a quelques jours, ladite commission a débattu de la question. Mais a-t-elle tranché ? Difficile de le savoir. Ce qui est sûr, c’est que la baisse est acquise mais il est moins sûr que ce soit du 17,5%. En effet, selon des sources présentes à  cette réunion, la discussion s’est d’abord orientée vers l’idée d’une baisse progressive du taux, de 32,5% à  25%, dans un premier temps, avant de passer à  17,5% puis de continuer le démantèlement pour atteindre le taux 0% dans cinq ans.

Une seule entreprise fabrique du glucose au Maroc : Tate & Lyle

Questionnés sur le pourquoi d’une telle proposition, les industriels, mais aussi de hauts fonctionnaires, expliquent que l’idée se justifie par le fait qu’il y a une entreprise au Maroc qui fabrique du glucose et qu’il faut s’assurer au préalable qu’une telle baisse des droits de douane ne lui porterait pas préjudice. «Il ne s’agit pas de protéger quiconque, mais la commission est obligée d’examiner les conséquences d’une décision avant de la prendre», explique-t-on auprès de l’administration.

Soulignons que l’entreprise en question, Tate & Lyle Maroc, filiale d’un groupe américain du même nom (à  l’origine Amylum Maroc, fliale de l’Ona à  travers la Cosumar), ne répond pas à  toute la demande du marché en glucose. A cela s’ajoute le fait que le niveau de son prix sur le marché local est un deuxième argument expliquant le recours aux importations, essentiellement des Etats-Unis.

En effet, le prix de la tonne de glucose national varie entre 5 400 et 6 000 DH contre 3 800 à  4 000 DH quand il est importé des Etats-Unis. Avec les droits de douane actuels, soit 32,5%, le prix du produit importé atteint à  peine, selon certains industriels, le prix plancher de la production locale.

Dans le milieu industriel, on explique aussi que la glucoserie nationale bénéficie en fait d’une double protection. En plus des droits de douane, il existe, dit-on, «une protection naturelle d’ordre logistique car, pour un conteneur de 20 tonnes, un industriel paie 15 000 DH pour le fret, alors que pour la même quantité achetée localement, le transport coûterait 300 DH !».

Le glucose local est bien plus cher que l’importé
Au vu de ces éléments, certains industriels ne voient pas de raison de maintenir des droits de douane élevés. Il faut dire que le système actuel assure aussi indirectement un marché à  la Cosumar qui vend annuellement 100 000 tonnes de sucre (qu’ils transforment en sucre liquide) aux industriels utilisateurs potentiels de glucose.

Si on baisse les droits de douane sur le glucose, poursuivent ces mêmes observateurs, les industriels pourraient en importer au lieu d’acheter le sucre de la Cosumar, ce qui mettrait à  mal les agriculteurs. «Le maintien des droits de douane préserve donc un marché pour le sucrier national», commente un professionnel. Toutefois, l’hypothèse de la protection de l’agriculture sucrière ne tient pas la route.

Cosumar ne produit en effet qu’un million de tonnes de sucre provenant de matière locale alors que la consommation est de 2 millions. Si protection il y a, c’est plutôt en faveur de la Cosumar.

Selon des sources proches du dossier, tout ce débat n’a été soulevé qu’en marge de l’option d’une baisse progressive qui, disons-le, n’était pas du goût des professionnels. Ces derniers sont d’autant plus inquiets que, plusieurs jours après la réunion, ils n’ont encore rien vu venir, ce qui leur fait croire que la commission des importations n’a pas encore tranché.

Ces craintes seront-elles dissipées dans quelques jours ? Auprès de l’administration, on apprend que «la baisse des droits de douane aura bien lieu et qu’il seront probablement ramenés à  17,5% comme prévu initialement». Quant au retard de la décision, on explique auprès du ministère de l’industrie qu’il s’agit seulement d’un impératif technique car le ministère devait encore soumettre des renseignements complémentaires aux membres de la commission. Affaire à  suivre…