Gestion des aéroports : l’Etat veut associer le privé

Le ministère de tutelle a engagé une réflexion sur des modèles de partenariats public-privé. Il veut en faire un moyen d’améliorer la qualité de service et d’optimiser le management des aéroports. Plusieurs options sont possibles, notamment la création d’entreprises où seront actionnaires l’ONDA et des partenaires privés.

Les aéroports marocains pourraient, à moyen ou long terme, être gérés par des opérateurs privés. C’est en tout cas l’un des objectifs d’une réflexion engagée par le ministère de l’équipement, du transport et de la logistique. Ce dernier voudrait en effet développer le partenariat public-privé (PPP) dans le secteur aéroportuaire et en faire un exemple de la volonté du gouvernement de s’ouvrir davantage sur le secteur privé. «Le gouvernement a pris l’engagement de développer des partenariats public-privé à travers le projet de loi soumis au Parlement. Ce dernier va créer un cadre équilibré entre l’Etat et les investisseurs qui souhaitent s’impliquer dans différents domaines, à commencer par les infrastructures de transport», souligne Aziz Rabbah, ministre de l’équipement, du transport et de la logistique. En fait, selon ce dernier, l’expérience internationale a déjà démontré que le secteur des aéroports est l’un des domaines où le PPP marche le mieux. C’est sur cette base que la réflexion sur les moyens d’impliquer davantage d’opérateurs privés dans le secteur a été engagée.

Deux volets sont à l’étude

Le premier concerne l’investissement dans les infrastructures. La construction de nouveaux aéroports nécessite en général des budgets importants, auquel il faut bien entendu rajouter les charges liées à leur fonctionnement. Or, dans un contexte où la pression sur les finances publiques est des plus fortes, le recours à des investisseurs privés est une alternative idéale pour financer les futurs projets dans ce domaine. Cela permettra à l’Etat de respecter ses engagements en matière de développement des aéroports sans pour autant grever ses caisses.

Le deuxième volet, nettement plus stratégique, concerne l’exploitation même des enceintes. Le recours à des opérateurs privés pour gérer les aéroports permettrait, selon le ministre, d’améliorer la qualité des services qui y sont développés, de l’accueil des passagers à la gestion des vols (arrivées et départs) en passant par la gestion des bagages. Cette option est déjà prise dans plusieurs pays. Depuis 2008, le recours à des entreprises privées, que ce soit en Angleterre, en France, en Arabie Saoudite ou même chez nos voisins tunisiens, est devenu de plus en plus fréquent. Bien qu’aucune statistique officielle ne soit disponible, des experts internationaux parlent d’au moins 10% des aéroports dans le monde gérés actuellement par le privé contre 3% avant 2008. En plus de voir beaucoup d’aéroports sous le giron du privé, le marché a également été marqué ces dernières années par l’émergence de grands opérateurs spécialisés dans ce domaine, dont les plus importants sont français, allemands, hollandais, australiens, américains ou encore émiratis.

L’aspect sécuritaire détermine les choix de l’Etat

C’est cette tendance qui semble intéresser les pouvoirs publics marocains, et ce, dans un contexte où les attentes vis-à-vis des aéroports sont grandissantes. «Les prévisions les plus modérées font état d’un triplement du trafic au niveau des aéroports sur les deux prochaines décennies. Nous avons donc intérêt à améliorer les infrastructures, mais aussi optimiser leur management», explique M. Rabbah. Il reste maintenant à définir de quelle manière cela pourrait se concrétiser. Précision utile, une privatisation de l’Office national des aéroports (ONDA) ne figure visiblement pas à l’ordre du jour. La tutelle a toutefois plusieurs autres possibilités, à commencer par la plus classique: la gestion déléguée. Celle-ci permettrait à l’Etat, à travers l’ONDA, de déléguer la gestion des aéroports à des entreprises spécialisées dans cette activité. Elle constitue une sorte d’évolution de certaines pratiques déjà connues au niveau des aéroports nationaux où l’ONDA externalise certains services comme l’accueil. Cette option aura l’avantage de permettre à l’Etat de garder la main sur ses infrastructures tout en imposant aux délégataires des cahiers des charges précis et un contrôle régulier. L’aspect stratégique des aéroports nécessite, selon plusieurs observateurs, le maintien de leur contrôle par l’Etat. C’est en tout cas l’une des questions majeures qui se sont posées lorsque les pays étrangers ont entamé la privatisation de leurs aéroports.

La deuxième option ne concerne pour sa part que les nouveaux aéroports à construire. Il reviendra au privé de construire et de gérer les infrastructures pendant une longue durée (50 ans par exemple). Dans ce cas de figure, les aéroports déjà existants resteraient dans le giron de l’ONDA. Cependant, le problème majeur auquel pourrait être confronté le ministère de l’équipement est de convaincre les investisseurs de la rentabilité. Actuellement, le besoin en nouvelles infrastructures aéroportuaires se fait surtout sentir dans des régions où le trafic est loin d’être aussi important qu’à Casablanca, Marrakech ou Agadir. Ces aéroports seraient donc logiquement moins rentables pour des investisseurs privés, ce qui pourrait nécessiter des subventions pour compenser le manque à gagner, voire leurs déficits. Cette approche mise à l’œuvre dans des pays européens est tout de même peu probable en raison de la polémique qu’elle pourrait soulever dans un contexte où l’Etat tente de faire des économies en revoyant son mode de soutien des prix de certains produits.

La troisième option, certainement la plus plausible, consiste en la création de nouvelles sociétés auxquelles sera confiée la gestion des aéroports et où seront actionnaires l’ONDA et les partenaires privés. Cette option assure à l’Etat marocain, à travers l’ONDA, le contrôle direct d’infrastructures aussi stratégiques que les aéroports tout en bénéficiant du savoir-faire du privé en la matière.

C’est dire qu’une petite révolution se prépare au ministère de l’équipement. Et si pour l’instant il est difficile de se prononcer sur un délai, on serait tout de même tenté de croire que cela ne saurait tarder, au vu des objectifs fixés dans la stratégie de développement du transport aérien, Ajwaa.