Gestion déléguée de la collecte des déchets : le pari perdu de Casablanca…

Trois ans après le démarrage des nouveaux contrats, la propreté à Casablanca laisse encore à désirer. Les opérateurs assurent avoir réalisé 95% des investissements prévus dans le cahier des charges. La forte présence des marchés informels et marchands ambulants dans la ville, le vol et le vandalisme des bennes à ordures ainsi que le manque d’implication des citoyens rendent le nettoiement difficile.

Casablanca ne se donne pas les moyens de ses ambitions ! A l’heure où les autorités veulent faire accéder la ville au rang de smart cities et des métropoles internationales, de graves carences continuent d’empester la vie des populations. En tête de ces maux que les autorités paraissent incapables de régler, la propreté et la collecte des ordures ménagères. Trois ans après le démarrage de la deuxième vague des contrats de gestion déléguée en février 2014, le bilan est décevant. «Dans toutes les préfectures et communes de la ville, les artères et rues sont, à des proportions différentes, dans un état d’insalubrité manifeste», regrette un professionnel du secteur.

Pourtant, les sociétés de gestion opérant dans la ville, en l’occurrence Sita Blanca et Averda, ont réalisé près de 95% des investissements à fin 2016 et ont respecté tous les engagements inscrits dans les contrats. C’est en tout cas ce qu’ils ont avancé en réponse aux questions de La Vie éco. Les deux opérateurs ont présenté le même argument pour expliquer la défaillance du nouveau système de collecte des déchets. «Ce n’est ni de la faute des opérateurs, ni de celle des salariés», déclare une source autorisée à Sita. De son côté, le représentant d’Averda avance que «le manque d’implication des citoyens et leur difficulté d’adaptation au nouveau mode et horaire de collecte sont à l’origine de cette situation».

Une stratégie globale et intégrée fait défaut

Assurément, les citoyens y sont pour quelque chose, mais c’est l’absence d’une stratégie globale et intégrée, arrêtée par les autorités locales, qui fait défaut. La preuve, la forte présence des marchands ambulants dans la capitale pose de grosses difficultés pour l’organisation de la collecte. Aucun quartier n’est épargné par ces activités informelles. Il s’agit là d’un argument qu’avancent les deux opérateurs. «Les marchands exercent à des heures très tardives. Par conséquent, les déchets qu’ils jettent ne peuvent être ramassés puisque les sociétés ont des horaires de passage précis», explique Rami El Sayyed, directeur d’exploitation à Averda. Selon lui, dans des localités telles que Hay El Hassani, Sidi Moumen ou encore Hay Mohammadi, il existe des marchés informels qui occupent les grands boulevards. A titre d’exemple, sur bd. Afghanistan, ces lieux de vente sauvages sont fonctionnels 7j/7 jusqu’à tard dans la nuit.

Le manque d’équipement en bennes constitue un autre souci. Dans certains quartiers, notamment populaires, les citoyens ne trouvent pas de poubelles et quand elles sont installées, les vandales s’empressent de les faire disparaître. Ce phénomène est d’ailleurs une des principales causes de l’échec de cette expérience. «Chaque mois nous perdons jusqu’à 90 bennes d’une valeur unitaire de 2 000 DH», déplorent-on à Averda. Même son de cloche du côté de Sita Blanca qui dit avoir perdu quelque 100 grandes bennes à ordures d’une valeur de 15000 DH l’unité. «Il ne s’agit pas là d’actes isolés, mais plutôt le fait de réseaux qui s’adonnent à la revente des bennes en plastique dans le marché noir où le kg vaut 13,50 DH», explique notre source. C’est un fléau que les opérateurs et les autorités sont incapables de régler.

Le police de la propreté se fait attendre

A ces problèmes s’ajoute l’absence de contrôle, de sanctions et de sensibilisation. Contacté à ce sujet, Fatima Mazar, directrice chargée entre autres du dossier au sein de Casa Prestations, n’a pas donné suite à notre requête. On sait malgré tout que le contrat conclu avec les opérateurs prévoit que la SDL sera dotée d’un budget réservé à la sensibilisation des citoyens au sujet de la collecte des déchets.

Dans un premier temps, la SDL devait familiariser les citoyens aux horaires de passage et aux bonnes pratiques qui faciliteront le travail de Sita Blanca et Averda, avant d’entamer la deuxième phase qui consiste à vulgariser le principe du tri. Or, trois ans plus tard rien n’est encore fait. A en croire le directeur d’exploitation d’Averda, «l’année 2017 sera consacrée à la sensibilisation. Un plan d’action est en cours de préparation par la SDL en concertation avec les opérateurs».

Le deuxième point concerne les organismes de contrôle. En 2014, une opération communication grand public a été menée au sujet de la création d’une police de l’environnement qui devrait contrôler, entre autres, les opérations de collecte des ordures ménagères et du nettoyage manuel de la ville. Les non-conformités constatées par ces gendarmes de la propreté devraient donner lieu à des pénalités à payer par les délégataires.

Cependant, aucune indication n’a été donnée quant au montant précis de ces pénalités. D’ailleurs, cette police de la propreté n’a jamais été créée.

Toujours à propos des promesses formulées dans le cadre des nouveaux contrats, la ville avait annoncé qu’un projet de décret préfectoral est en préparation. Ledit texte devrait fixer les conditions et horaires de sortie des ordures et devrait fixer des pénalités en cas de non- respect par les citoyens. A son tour, ce document est toujours au stade de projet. En matière de propreté, il est donc évident que les élus doivent revoir leur copie.