Gestion de trésorerie : gare aux frais financiers !

Les entreprises supportent des charges exorbitantes en raison du contrôle approximatif des conditions bancaires. Les auditeurs constatent que les relations ne sont pas encadrées par des contrats en bonne et due forme. L’optimisation de la trésorerie passe forcément par l’établissement d’un plan de trésorerie.

Il n’y a pas que l’allongement des délais de paiement qui plombe la trésorerie des entreprises. Bien d’autres facteurs, entre autres les frais financiers, aggravent la situation. «Dans un contexte où les liquidités sont de plus en plus rares du fait de l’allongement des conditions de paiement, la maîtrise du cash devient une condition sine qua non pour la viabilité des entreprises et notamment les PME/TPE», insiste Imad Moumin, directeur administrateur et financier chez DB Schenker Maroc, une multinationale qui opère dans le transport routier, aérien et maritime. Il ajoute qu’il existe plusieurs frais financiers qui peuvent impacter, soit directement, soit indirectement, la liquidité d’une entreprise. Ainsi des charges liées aux lignes de fonctionnement (crédit spot, escompte, découvert) mises par les banques à la disposition des entreprises. Les frais financiers liés à ces outils varient en moyenne de 5 à 6%. Beaucoup plus élevés que le taux minimal appliqué aux comptes courants d’associés qui était de 2,53% pour l’exercice 2016.

Face à la volatilité des marchés financiers, un autre risque peut impacter la trésorerie des entreprises et notamment celles réalisant des opérations de change. «Ce risque n’est pas toujours bien appréhendé par les entreprises», souligne le directeur financier.

Par ailleurs, selon les conclusions émanant de différentes missions d’audit financier effectuées auprès de certaines entreprises qui visent l’optimisation de la trésorerie, le manque de contrôle des conditions de financement appliquées par les banques est soulevé à maintes reprises dans les rapports.

Les auditeurs financiers relèvent également l’absence de  contrats formalisant la relation entre l’entreprise et sa banque. De plus, les gérants ne se renseignent pas sur les conditions de financement pour un découvert, une facilité de caisse, une caution… Et lorsque des conventions sont signées avec la banque, les conditions bancaires ne sont pas énumérées de manière exhaustive. C’est le cas pour les dates de valeur et la tarification des produits et services. A ce propos, Youssef El Ouadi, directeur associé et expert-comptable au sein du cabinet CKE Consulting, explique, en substance, qu’il peut arriver que des taux d’intérêts débiteurs supérieurs aux taux contractuels soient appliqués et/ou que le nombre de jours de valeur calculés par les banques lorsque le compte bancaire est à découvert soit majoré.

L’heure de caisse est un autre facteur qui pénalise la trésorerie de l’entreprise. Les auditeurs financiers constatent souvent que certaines sociétés, généralement des grandes PME, ignorent cet élément, essentiellement pour les opérations de domiciliation des encaissements. L’heure de caisse est le moment précis pendant lequel la banque considère que toutes les opérations ordonnées par son client sont traitée au jour J ou à J+1 pour les opérations ordonnées au-delà.

En volume, les pertes générées par ces négligences et approximations sont très lourdes. Selon un expert, elles s’élèvent à plus de 1 MDH pour certaines PME. D’où des conséquences sur la rentabilité.

Les réclamations aux banques sont mal ou pas suivies

  Les auditeurs financiers soulignent en outre dans leurs rapports que beaucoup d’entreprises n’assurent pas un suivi permanent et rigoureux des réclamations à propos des agios et des frais débités. Pire, d’autres n’adressent aucune réclamation aux banques. Ce qui les prive de leurs droits à récupérer le «trop perçu» dans les meilleurs délais. Ce problème concerne essentiellement les structures qui ne disposent pas de ressources humaines spécialisées affectées à la gestion de la trésorerie. «Dans la plupart des PME, c’est le chef comptable qui gère la relation avec la banque», souligne M. Moumin.

Les analyses des auditeurs financiers ressortent également l’absence d’un budget de trésorerie qui permet de donner une projection annuelle. Une bonne optimisation de la trésorerie passe forcément par un plan de trésorerie. Il y en a qui en sont bien conscients. «Nous disposons d’outils qui nous permettent soit d’atténuer le manque de cash ou de réduire le risque d’erreur. Nous établissons des rapprochements bancaires d’une manière régulière et au moins une fois par mois, des outils  prévisionnels tels que les plans de trésorerie sont mis à jour», explique le financier de DB Schenker.