Gare de l’Oasis, le temps d’une halte

Le concept de nouvelle gare de l’Oasis à Casablanca : une structure haubanée qui sert un double objectif, matérialiser un parti de transparence et réaliser un repère urbain.
Groupe 3 Architectes livre à l’ONCF un bâtiment qui enrichit un patrimoine architectural de caractère.

Après avoir exécuté en 2000 une étude pour le déplacement de la gare de Marrakech, l’ONCF confie à G3A, en 2003, le projet de réaménagement de la halte de l’Oasis, la première gare réhabilitée avec le développement d’Al Bidaoui. La problématique de ce lieu ouvre un champ de réflexion sur les gares au Maroc et un débat interne à l’ONCF entre les tenants de l’aspect commercial traditionnel – vente de billets et de services-, et ceux qui souhaitent développer des gares conçues comme des lieux de vie en proposant d’y implanter une surface marchande.
L’étude dure un an, un an de précision sur les termes et les intentions. Les architectes insistent sur le rôle déterminant du maître d’ouvrage. Sans le soutien total de l’ancien directeur général de l’ONCF, Karim Ghellab, aujourd’hui ministre de l’Equipement et du Transport, le projet avait peu de chance d’aboutir. Des choix décisifs qui donnent aujourd’hui tout son caractère au projet. G3A voulait une gare objet, un repère pour le quartier, une ouverture dans une enceinte pour voir le mouvement des trains et des éléments métalliques en référence à l’architecture des gares et aux ouvrages d’art des chemins de fer. Ce dernier point ne manqua pas de soulever quelques contradictions à l’ONCF entre l’idée de renouveler l’image des gares et celle d’accepter le projet proposé. Le choix d’une charpente métallique fut, dans un premier temps, difficilement perçu, car associé à la réalisation de bâtiments industriels ou synonyme de travail «peu sérieux ou pas fini». En retenant une structure haubanée, ils réalisent un double objectif, celui de servir leur parti de transparence et de réaliser un repère urbain. Les premières esquisses situaient le projet dans l’axe du boulevard Abderrahim Bouabid. Une gare-pont au-dessus des voies qui ne put être réalisée. Un rétrécissement de la parcelle à cet emplacement ne permettait pas d’y inscrire tous les éléments du programme.

Une gare objet qui joue la transparence
Le bâtiment est en réalité une halte, par définition un point d’arrêt sur une ligne, un temps consacré au repos au cours d’un voyage. Si la fonction a sous-tendu la forme, G3A a su dépasser avec brio cette notion première et concevoir un bâtiment d’une lecture facile.
On y accède grâce à un rythme d’«emmarchement» progressif et à un plan incliné, soulignés de garde-corps. Au centre, un hall d’accueil pour l’attente et l’accès aux quais, caractérisé par un espace traversant et libre, délimité par deux façades vitrées sur toute la hauteur. Sur la droite, en prolongement du mur d’enceinte, un parallélépipède rectangle accueille les espaces de la cafétéria. À gauche, un volume identique abrite les bureaux du chef de gare et les points de vente. Dix colonnes passent au travers d’une nappe de toiture soutenue par des haubans et légèrement relevée aux quatre extrémités. Pas de liaison visuelle entre les volumes construits et la couverture. Un bandeau de verre, dans le prolongement des façades, mais posé en retrait des édicules latéraux, crée une zone d’ombre et accentue l’impression de suspension. En sous-face, un faux plafond également métallique évite une trop grande transition entre intérieur et extérieur.
Sur les quais, la protection des voyageurs est assurée par le débord de la toiture en aplomb du premier quai et par des auvents haubanés similaires à ceux de la gare. L’accès au second quai se fait par un passage souterrain. De ce côté de la parcelle, le mur d’enceinte a été ravalé et rabaissé pour réaliser une fluidité visuelle avec l’environnement urbain. La façade arrière et les dix colonnes de la structure sont parallèles à la ligne des quais. Cinq sont implantées dans le hall d’accueil, cinq autres, en vis-à-vis, se retrouvent à l’extérieur le long de la façade principale. Tous les autres éléments construits jouent subtilement avec la géométrie de la parcelle pour réaliser de légères asymétries et développer, côté rue, un porte-à-faux important sur la droite du bâtiment.

Pierre de Salé et éléments métalliques
De la pierre de Salé et des éléments métalliques constituent les matériaux essentiels de la halte. Le ton doux et doré de la pierre qui recouvre les murs est simplement ponctué par le blanc du métal peint. Un parking sur la droite complète cet ensemble. Légèrement plus haut que la gare, il suit la pente du terrain. Il est délimité par un mur de clôture aménagé de vues pour suivre le mouvement des trains. La nuit, le bâtiment diffuse sa lumière chaude sur l’espace proche, réalisant ainsi ce signal urbain souhaité par les architectes .

Points forts, points faibles

Dans cette gare où tout est apparent, il fallait que le moindre détail soit correct. Tout était préfabriqué et usiné à l’avance, ce qui a demandé beaucoup de précision dans les études et sur les finitions. La toiture est le point sur lequel ils ont le plus réfléchi.
Les architectes déplorent l’absence de bureau d’études spécialisé en charpente métallique au Maroc. Ils ont dû faire face à la défaillance du BET et c’est l’entrepreneur, en acceptant un lot unique, qui a sauvé le projet, en faisant appel à un ingénieur belge, Sylvain Lowette, pour l’étude de la charpente

Bio Groupe 3 architectes

Hakim Alioui et Omar Tijani ont fait leurs études en France, Amine Skander en Allemagne. Voilà un peu plus de quatre ans que ces trois jeunes architectes marocains se sont installés à Rabat. Après avoir réalisé de la sous-traitance pour des confrères et initié de nombreux contacts, ils s’associent en SNC avec comme principe de fonctionnement une collaboration globale dans leurs engagements et leur responsabilité. A leur actifs les projets suivants :
– Hypermarchés Marjane de Tétouan et de Fès.
– Immeuble Zara à Casablanca.
– Ateliers de maintenance pour moteurs d’avions à Casablanca.
– Laboratoire d’analyse environnementale, maritime et de salubrité à Safi