Gardiens de voitures improvisés, une activité qui se rapproche du racket

Tous ceux qui conduisent un véhicule (du moins à Casablanca) sont confrontés quotidiennement à des dilemmes bizarres imposés par les gardiens de voitures.

La femme descend de sa voiture, après l’avoir garée, pour se retrouver nez à nez face au gars portant un gilet de couleur fluorescente et qui se fait passer pour le gardien de voitures du secteur, avec une plaque sphérique rouge bien en vue sur sa poitrine. Il montre clairement que c’est son territoire. Même avec les lignes bleues, tracées par la société Casa développement, désignant les places payantes, c’est monsieur le gardien qui dicte la loi sur la chaussée. Une scène désormais familière dans nos rues. Questions : Que signifie la plaque rouge épinglée sur la poitrine d’un gardien et qui lui confère d’imposer sa propre loi sur les automobilistes ? Sur quelle base juridique on octroie ces autorisations individuelles ? Est-ce qu’il y aurait quelque chose dans la charte communale qui permet au conseil de la commune ou à une quelconque autre autorité d’accorder des autorisations de gardiennage à des individus ? Encore faut-il souligner que plusieurs de ces gardiens présumés se contentent du gilet, sans même cette plaque rouge obsolète. Tous ceux qui conduisent un véhicule (du moins à Casablanca) sont confrontés quotidiennement à des dilemmes bizarres imposés par les gardiens de voitures. Lorsque la femme revient quelques minutes plus tard, le gardien se plante à côté de la voiture attendant qu’il soit payé, sachant que la femme a déjà payé le ticket à l’horodateur (2DH pour quarante minutes). Devant le regard inquisiteur de la femme le gardien se lance dans une longue explication quant à son rôle à lui, indépendamment de la société qui «sabote» les voitures sans ticket visible sur le tableau de bord.

En attendant une organisation globale du secteur, les abus se poursuivent

En résumé, le paiement du ticket ne couvre pas le gardiennage, il ne concerne que l’espace du stationnement. En d’autres termes, un service payé. Et la femme de se demander quel danger nécessiterait la présence d’un gardien à 11h du matin, alors que la police fait son travail de veille en permanence. Sara H., notre dame concernée, est venue à l’agence bancaire réaliser une opération et repartir, en principe. La voilà harcelée par un individu s’érigeant en un ayant droit. «Je suis restée bouche bée quand il a demandé à être payé avec un ton menaçant à peine masqué». Finalement, elle put s’en débarrasser, arguant qu’elle n’avait plus de pièces de monnaie. Et le gardien de tourner son regard à l’autre côté, furieux. Encore heureuse qu’elle ne l’ait pas empêchée de s’en aller. Il faudrait un congrès de psychiatres pour pouvoir déchiffrer ce comportement contre la loi, contre la morale et contre les citoyens. Et souvent, des altercations éclatent entre les deux protagonistes, arrivant parfois aux coups et blessures. Certes, les autorités sont penchées sur la manière de mettre un terme à cette sorte d’anarchie «légalisée» par certains individus et en même temps d’offrir aux gardiens l’opportunité d’emploi au sein de structures organisées et régies par le code du travail en vigueur. Mais, en attendant une organisation globale du secteur, les abus et les dépassements de la part de ces gardiens, ou plutôt ces types qui s’improvisent en gardiens, continuent. Une situation engendrant un fort sentiment de lassitude, de dégoût. Parfois c’est le ras-le-bol chez les automobilistes agacés par un abus qui n’a que trop duré et une fausse activité nuisible à tout point de vue. On a aussi entendu parler à Casablanca, il y a plusieurs mois, d’une plateforme numérique dédiée aux plaintes contre les gardiens de voitures qui ne respectent pas la loi et qui est mise à disposition des automobilistes. Histoire de décourager les arnaqueurs. Il y a eu également une campagne et une série de hashtags dénonçant cette incivilité et l’emprise exercée sur l’espace public. Il faut dire par ailleurs que la prolifération de ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Lors des années précédentes, la mairie, censée normalement contrôler ce qui se passe sur son territoire accordait, à tout-va, des autorisations de gardiennage ! Faudrait-il qu’on cohabite avec cette anarchie désormais régnante.