Fruits secs : une filière à grandes opportunités de développement

• Une part de 83% de la production de noix est réalisée à Marrakech-Safi, Beni Mellal-Khénifra et Draa-Tafilalet • La culture des pistaches n’a pas connu une importante croissance • La production du pacanier atteint 260 tonnes seulement • Le Maroc fait appel aux importations pour combler ses besoins nationaux.

Le Maroc a depuis quelques années diversifié son agriculture en introduisant la culture des fruits secs, dont les noix, les pistaches et les pacanes. Avec une superficie de
6 923 ha, le Maroc produit un volume de noix d’environ
12 000 tonnes, contre une production mondiale en 2018 de 2,1 millions. Une part de 83% de cette production est réalisée au niveau des périmètres de montagne localisés dans les régions de Marrakech-Safi, Beni Mellal-Khénifra et Draa-Tafilalet. Même avec cette production en croissance, la productivité moyenne de cette filière est faible et se situe à 0,6 t/ha de noix en coque non décortiquées contre 3t/ha comme moyenne mondiale. «Cette faiblesse de production est liée au statut de la culture où le matériel végétal exploité est peu performant. Les arbres sont issus de semis qui donnent des arbres hétérogènes et peu productifs, destinés essentiellement pour la fixation des sols, l’embellissement, l’ombre et d’autres utilisations comme la production de bois et le souak», explique Tayab Snoussi, président de la FÉDAM (Fédération interprofessionnelle de la filière de l’arboriculture fruitière). Il faut savoir que ces arbres épousent le statut d’arbres forestiers, recevant ainsi peu d’entretien en matière de fertilisation, d’irrigation et de protection. Les vergers commerciaux installés sur la base de variétés sélectionnées dans des périmètres où les conditions pédoclimatiques sont favorables avec une conduite appropriée, sont rares. «Cette situation est liée à la non-maîtrise des techniques de multiplication qui se fait jusqu’à aujourd’hui exclusivement par des semis. Ce qui ne reproduit pas fidèlement la nature du matériel végétal», ajoute M.Snoussi. D’autant que le recours à l’introduction de l’étranger de plants de noyer greffés avec des variétés sélectionnées ne peut se faire qu’à racines nues par crainte d’importation de maladies de quarantaine dans le substrat de multiplication. La transplantation à racines nues lors de l’installation des vergers induit des échecs énormes qui peuvent coûter jusqu’à 250 DH/plant.

Du côté écologique, le noyer a des exigences strictes en vivant «les pieds dans l’eau». Autrement dit, les racines se trouvent souvent à proximité de l’eau. Il prospère donc au bord des ruisseaux et des rivières et ses besoins en eau sont estimés à 9 000 m3/ha annuellement.  Il est très exigeant aussi en froid hivernal pour produire et fructifier convenablement. De nouvelles variétés moins exigeantes en froid sont mises au point dans des programmes d’amélioration génétique, notamment américains, dont la culture commence à s’étendre dans certains pays du pourtour méditerranéen.

De son côté, la culture des pistaches n’a pas connu de développement remarquable, bien qu’elle soit introduite par l’INRA, depuis les années cinquante, sous forme de vergers de comportement et de démonstration. Cela, «en raison de problèmes liés à la lenteur dans la mise à fruits et à la faible production durant les premières années de production qui nécessite plus de 10 ans pour commencer à donner une production commercialisable avec un début de retour sur investissement» note M.Snoussi. Il ajoute : «La problématique de la pollinisation reste aussi une autre contrainte chez cette espèce dioïque, puisqu’elle nécessite la sélection et le choix du pollinisateur qui fleurit d’une manière concordante avec les arbres femelles». Il faut noter que cet arbre préfère le climat des zones arides (froid en hiver et chaud et sec en été) avec la nécessité d’apporter des irrigations appropriées, variant entre 2 500 et 3 000 m3/ha. Face à cette situation, le Maroc se voit obligé de recourir aux importations pour combler ses besoins nationaux. Elles ont ainsi triplé pour passer de 370 t en 2018 à 1 170t de pistaches en 2020 avec une valeur d’environ 8 MDH.

La culture du pacanier est aussi ancienne au Maroc que celle du pistachier et occupe une superficie d’environ
74 Ha implantés essentiellement dans le Gharb et le Saiss. La production nationale, elle, est de l’ordre de 260 t. «Cet arbre jouit de grandes potentialités de développement dans les périmètres de moyennes altitudes. Cependant, il est confronté à la disponibilité de plants greffés comme c’est le cas pour le noyer», se désole M.Snoussi. Du reste, le pacanier représente une filière qui sert aussi à une diversification fruitière rentable au niveau de certains périmètres où les possibilités d’irrigation existent. En tout cas, les noix de pécan ont un poids moyen de 7 à 8 g, pour la variété Mahon qui est la plus célèbre, et sont appréciées pour leur facilité au concassage (coque fine) en donnant environ 55% de cerneau.

Quoi qu’il en soit, le développement de ces filières reste donc tributaire de la mise au point des techniques de multiplication par greffage en pépinière ou par micro greffage dans des conditions de laboratoire comme il se fait ailleurs pour produire des plants de variétés performantes, particulièrement pour le noyer et le pacanier. Pour satisfaire ses besoins en noix, le Maroc fait appel aux importations qui représentent environ 13 700 t, avec une valeur commerciale d’environ 389 MDH. Dans ce cadre, la nouvelle stratégie agricole Generation Green, en cours de déclinaison avec la profession, prend en considération ce défi de production en projetant une extension des superficies dans les périmètres favorables à ces cultures.