Fruits, légumes, viandes blanches, Å“ufs, ciments…, les dégà¢ts de la grève des transports

Les agriculteurs estiment à  10% la production perdue dans le maraîchage.
Pour les aviculteurs, 8 500 tonnes de poulet de chair et 100 millions d’Å“ufs non livrés.
300 000 tonnes de ciment sont restées dans le silo.

C’est une évidence. Toute l’économie a pâti de la dernière grève dans le transport routier. L’ampleur des dégâts diffère cependant d’un secteur à l’autre. Mais à ce jour, pratiquement aucune association professionnelle n’a encore dressé un bilan chiffré et précis des pertes subies. Toujours est-il que parmi les branches les plus touchées figurent les fruits et légumes, l’aviculture et le secteur cimentier.
Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Association des producteurs d’agrumes au Maroc (Aspam), explique que s’il est impossible d’évaluer les pertes, il y a fort à parier qu’elles sont considérables. Il estime que 8 à 10 % de la production de cette période sont perdus ou dégradés.
Pour le SG de l’Aspam, le préjudice subi se situe à plusieurs niveaux. Il y a d’abord, et bien sûr, la perte ou la dégradation des produits, par définition périssables et le non-respect des délais de livraison vis-à-vis des partenaires étrangers (clients et distributeurs) auxquels les producteurs nationaux sont liés par contrat et qui peuvent demander réparations et pénalités. Mais à cela s’ajoutent d’autres effets tout aussi préjudiciables sur la chaîne. «Il faut comprendre que toute la planification du travail a été mise à mal. Cela va des cueillettes suspendues parce qu’il était impossible de transporter la main-d’œuvre à l’interruption des stations de conditionnement. Actuellement, ce sont les fraises et les melons qui en ont fait les frais pour ce qui est de l’export», commente-t-il. Un exploitant agricole va plus loin en soulignant que les dégâts vont au-delà de la production perdue. Pour illustration, il fait savoir qu’un bateau d’une capacité de 2 500 à 3 000 tonnes affrété peut coûter jusqu’à
100 000 DH par jour quand il est immobilisé.
Pour le reste, on a vu que l’approvisionnement des marchés à partir d’Agadir, Oualidia et du Nord s’est fait au compte-gouttes et cela n’a pas manqué de se répercuter sur les prix. Du côté de l’Aspam comme de celui de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL) et de l’Association des producteurs exportateurs de maraîchage et primeurs du Maroc (ASPEM), on a même déploré l’immobilisation par les grévistes de leurs propres véhicules qui devaient permettre de réduire les pertes.

Augmentation des coûts de stockage et de sous- activité
A la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), on fait également état de conséquences graves sur l’acheminement du poulet de chair ou des œufs vers les marchés et les approvisionnements en poussins. «Si on considère que la grève n’a été effective que pendant une semaine pleine et sachant que l’on produit quelque 34 000 tonnes de poulet de chair, ce sont 8 500 tonnes qui n’ont pu être livrées sur les marchés», explique le directeur de la fédération, Chaouki Jirari. A cela, il faut ajouter, dit-il, toutes les difficultés qu’ont vécues les propriétaires des élevages pour transporter aliments, paille, gaz et poussins d’un jour. Pour le directeur de la Fisa, «cela peut paraître exagéré, mais il faut savoir que des poussins qui arrivent que quelques jours plus tard que la date prévue représentent une sérieuse perturbation pour tout le cycle de production».
Abdellatif Zaïm qui chapeaute l’Association des producteurs d’œufs, lui, parle de 12 millions d’œufs par jour qui n’ont pu être livrés et qui ont subi un dommage ou une altération (la consommation annuelle est de près de 4 milliards d’œufs par an). Même si tout n’est pas perdu, le décalage sera ressenti à l’heure du bilan de l’exercice parce que certains achats des ménages ne sont pas différés.
Sur un tout autre registre, les cimentiers parlent de pertes durant cette grève surtout à cause de sa durée. A l’Association professionnelle des cimentiers (APC), on ne dispose pas, non plus, de chiffres précis. Mais on déplore que la baisse de production constatée en mars 2008 (autour de 2,4 %) s’est légèrement aggravée durant les jours de grève. L’association parle d’une production mensuelle de 1,2 million de tonnes par mois à diviser par quatre, ce qui donne quelque 300 000 tonnes qui n’ont pu être livrées. Et contrairement à ce que l’on peut penser, les cimentiers ne font qu’affréter des camions parce qu’ils n’ont pas de flotte propre. D’où une augmentation des coûts de stockage ou du coût de sous-activité pour ceux qui avaient choisi de modérer la production. Après un mauvais premier trimestre, les cimentiers avaient commencé à ressentir une reprise des livraisons à la fin du mois de mars et surtout début avril. Cette reprise, si elle s’était poursuivie, pouvait permettre, selon les membres de l’APC, de rattraper le retard.