Fraude sur le cuir : la Nouvelle Somatam propose un règlement à  l’amiable

Elle a tenté d’exporter des peaux semi-finies sous couvert de croûtes
de cuir.

L’administration des Douanes ne veut pas lâcher prise dans l’affaire de la Nouvelle Somatam. Une commission des douanes planche actuellement sur les modalités d’une transaction avec ladite société. Cette dernière, entreprise marocaine à capital étranger (yéménite notamment), est poursuivie pour avoir voulu exporter frauduleusement 144 tonnes de wet-blue (peaux semi-finies), d’une valeur de 5,1 MDH, au lieu de 80,4 t de croûtes de cuir déclarées ne coûtant pas plus de 65 000 DH. Outre la fraude, les contrôleurs ont aussi constaté une entorse à la réglementation des changes. Les charges qui pèsent sur la société, dont les responsables sont injoignables, sont donc lourdes. De source proche du dossier, nous avons appris que celle-ci a proposé un règlement à l’amiable pour échapper à la procédure judiciaire enclenchée par la Douane et récupérer sa marchandise frappée de saisie conservatoire.
La direction de la prévention et du contentieux de la Douane se montre discrète sur ses propositions et se contente d’indiquer «qu’une commission est en train de les étudier». Toutefois, l’on sait que dans pareils cas, la transaction est privilégiée, sachant qu’elle permet de gagner du temps par rapport à une procédure judiciaire. Elle est également avantageuse pour l’exportateur.

Le règlement à l’amiable profitable aux deux parties
Quoi qu’il en soit, la Nouvelle Somatam est encore une fois montrée du doigt. En 2001, cette tannerie était derrière une vague d’exportations de wet-blue qui a généré une pénurie suivie d’une flambée des prix sur le marché, provoquant l’ire des tanneurs. A la suite de quoi, le ministère du Commerce et de l’industrie avait décidé de soumettre ces exportations à licence.
Aujourd’hui encore, les tanneurs estiment que le fraudeur a fait beaucoup de mal au secteur qui est affecté par une crise profonde. A en croire l’Association professionnelle des patrons des tanneries du Nord, «la Somatam est la cause de tous les maux du secteur notamment en ce qui concerne le prix et l’approvisionnement en matières premières» . Cette association souligne que le prix a augmenté de l’ordre de 20 à 30 %. Aujourd’hui, le prix d’une peau ovine se situe entre 50 et 90 DH et celui d’une peau bovine entre 300 et 400 DH. Pour le caprin, le prix varie entre 25 et 30 DH. «Compte tenu de cette hausse régulière, les petites tanneries sont dans l’incapacité de s’approvisionner en matière première», explique M.Berrada, président de l’association. Seules 60 des 104 tanneries existant dans la région sont encore en activité.
Le même phénomène est signalé par l’Association des tanneurs de Fès-Boulmane qui constate une dizaine de fermetures sur soixante tanneries. Cette corporation qui dénonce les agissements de la Nouvelle Somatam entend «saisir incessamment les pouvoirs publics par voie de courrier pour les sensibiliser aux problèmes du secteur», annonce son président, M. Filali. Une démarche similaire est envisagée par l’Association des tanneries de Marrakech où il n’ y a plus que deux tanneries d’une capacité de 1000 peaux par jour, encore en activité. Les dix autres ont mis la clé sous le paillasson durant les deux dernières années.