Forte dégradation du déficit extérieur au premier semestre

A fin juin, le compte des transactions courantes a accusé un déficit de 38 milliards de DH, en hausse de 60% en glissement annuel. Au vu de cette évolution, faut-il se dépêcher de mettre en œuvre la réforme du régime de change ?

Comme c’était prévisible, la balance des paiements au titre du premier semestre de 2017 a enregistré un déficit du compte des transactions courantes de 38 milliards de DH, en aggravation de près de 60% par rapport à son niveau de 2016 à la même période, selon les chiffres fournis par l’Office des changes. Par rapport au PIB (courant) réalisé sur la première moitié de l’année, tel que cela apparaît dans les comptes nationaux publiés par le HCP, ce niveau de déficit exprime un besoin de financement de l’économie équivalent à 7,3% de ce même PIB.

Il serait hasardeux pour le moment d’extrapoler, à partir de ce résultat, sur la situation de l’ensemble de l’exercice 2017 ; il n’en reste pas moins que la prévision d’un déficit courant légèrement inférieur à 4% du PIB, récemment publiée par Bank Al-Maghrib (BAM), au vu de la tendance actuelle des échanges extérieurs, paraît difficilement réalisable. L’hypothèse la plus probable serait plutôt un déficit autour de 5% du PIB, comme l’estimait le HCP lors de la présentation en juillet dernier de son Budget économique exploratoire 2018, dans lequel il réévaluait ses prévisions pour 2017 annoncées au début de l’année.

Dégradation du solde de pratiquement toutes les rubriques

Cette évolution de la balance des paiements, dans sa partie haute, l’Office des changes l’attribue à la détérioration des soldes de pratiquement l’ensemble des composantes du compte courant. C’est ainsi que le déficit de la balance des biens a augmenté de 5,1 milliards de DH pour s’établir à -86,85 milliards de DH au lieu de -81,7 milliards sur la même période de 2016. Les revenus primaires, structurellement déficitaires, ont vu, pour leur part, s’aggraver leur déficit de 4,2 milliards de DH pour s’établir à -11,7 milliards de DH. La Balance des services, comme toujours, a, elle, enregistré un solde positif (+26,4 milliards de DH) mais celui-ci est en recul de 2,6 milliards par rapport à 2016. Idem pour les revenus secondaires, constitués principalement des envois des MRE, dont l’excédent a baissé de 2,3 milliards de DH, à 34,14 milliards de DH.

L’aggravation du déficit de la balance des biens s’explique par la hausse des importations qui a concerné l’ensemble des postes, à l’exception de celui des produits alimentaires (en stagnation). Ce sont particulièrement les produits énergétiques qui ont accusé l’augmentation la plus élevée (+36,2%), suivis des produits bruts (+8,2%) et des biens d’équipement (+5,8%). Les produits finis de consommation et les demi-produits ont quant à eux légèrement augmenté, respectivement de 2,5% et de 2,2%.

Les exportations, elles, se sont biens comportées, puisque l’ensemble des secteurs a réalisé des progressions dont certaines sont importantes. C’est le cas notamment de l’agriculture et agroalimentaire (+9,6%), des phosphates et dérivés (+8,4%), de l’aéronautique (+11,3%), de l’électronique (+6,2%). Mais cela n’a pas suffi à compenser de manière substantielle le niveau de progression des importations de biens. D’autant que les services qui, habituellement, épongent une bonne partie du déficit des biens, ont cette fois accusé un recul de leur excédent, comme précisé plus haut.

Les réserves de change en léger redressement depuis fin juin

Quoi qu’il en soit, la montée du déficit courant sur le premier semestre 2017 paraît tout de même importante, et il a d’ailleurs fallu pour combler le «trou» non seulement recourir aux flux nets de capitaux au titre des IDE, des crédits commerciaux, des prêts, mais aussi ponctionner les avoirs de réserves de la Banque centrale. Cela explique la forte baisse des réserves internationales nettes (RIN) enregistrée à fin juin 2017. Les récentes estimations du HCP, publiées dans sa dernière note de conjoncture, indiquent toutefois que le déficit commercial se serait allégé au cours du troisième trimestre, en liaison avec l’amélioration des exportations, d’un côté, et le ralentissement des importations, de l’autre côté. Cette évolution apparaît d’ailleurs dans le niveau des RIN dont l’encours a légèrement augmenté à fin août.

Au vu de ces développements, la question se pose peut-être de savoir s’il faut, oui ou non, se dépêcher de mettre en œuvre la réforme annoncée du régime de change ou, au contraire, prendre son temps, en attendant l’amélioration du niveau des réserves de change. Si l’on se rappelle que cette réforme a été décidée précisément pour éviter la fonte des réserves de change, la réponse à la question coule de source. Mais cela suffira-t-il à redonner de la vigueur à la croissance, de la compétitivité aux exportations ?