Formation Professionnelle : Entretien avec Grégory Guéneau, Président-Fondateur d’ADALIA School of Business

«50% des métiers qui seront proposés d’ici 5 ans n’existent pas encore». z ADALIA School of Business met ses compétences au service des cadres et des entreprises, en proposant un large choix de formations destinées aux professionnels. Quelles sont ces formations ?

Gregory-GueneauTout d’abord, il est essentiel de souligner que nos formations ont été conçues en partenariat avec des entreprises, lesquelles nous ont fait part de leurs besoins sur le terrain. C’est une dimension fondamentale de notre travail : être dans une approche très pragmatique pour répondre aux enjeux de management que rencontrent les entreprises. Nous avons élaboré un portefeuille de plus de 35 formations réparties en 4 catégories :
– Leadership & Entrepreneuriat
– Innovation & Digital
– Marketing & Ventes
– Finance & Back office

Au sein de ces catégories, nous proposons à la fois des formations longues dites Executive Master, des formations certifiantes de 3 à 6 mois et des séminaires courts de 2 à 5 jours. C’est une offre riche, large et profonde qui -nous en sommes convaincus- répondra aux besoins des entreprises les plus exigeantes.

Que signifie exactement le concept Executive Education ?

On entend parler souvent de formation professionnelle, de formation continue et d’Executive Education, sans qu’une distinction claire puisse apparaître aux yeux des profanes du secteur.

Les deux premiers types de formation s’adressent davantage à des techniciens ou cadres en ce que ces formations leur permettent de renforcer leurs compétences opérationnelles.

Concernant l’Executive Education, nous sommes dans le registre du management avec toutes ses composantes, avec un recours important aux professionnels eux-mêmes pour transmettre leurs savoirs. Des formations de dirigeants par les dirigeants. On retrouve dans le domaine de l’Executive Education, des formations portant sur les composantes du management : leadership, stratégie, finance, marketing, IT, supply chain, RH, etc.

Est-ce que vous approuvez le fait de miser sur la formation professionnelle pour relever les défis de l’économie marocaine ?

Ce n’est un secret pour personne, le Maroc connaît aujourd’hui un déficit important en ressources humaines qualifiées pour l’accompagner dans ses challenges, aussi bien au niveau national qu’international. Renforcer la formation initiale est, bien entendu, un enjeu majeur mais qui ne produira ses effets que dans 10, 15, voire 20 ans. Pour agir maintenant, et pour s’adapter à un monde qui change en permanence, la composante de formation professionnelle, de formation continue et d’Executive Education sont par conséquent critiques. Chaque technicien, chaque cadre, chaque manager a besoin en permanence de relever son niveau de compétences, de remettre en question ses pratiques, d’apprendre de nouvelles techniques, etc.

Je fais souvent le parallèle avec les sportifs de haut niveau, qui doivent beaucoup s’entraîner pour être à la hauteur au moment de la compétition. Il en va de même ici.

Vous êtes pour le principe de la formation tout au long de la vie. Qu’est-ce que cela signifie et pourquoi ?

Comme je viens de le dire à l’instant, il s’agit de «muscler» en permanence ses pratiques professionnelles. Mais il y a un autre enjeu sous-jacent, celui de l’évolution des métiers. Une récente étude a démontré que 50% des métiers qui seront proposés d’ici 5 ans n’existent pas encore. De quoi s’agit-il ? Prenons un exemple, il y a 5 ans, qui parlait du métier de community manager, ou de bloggueur ? C’était alors des pratiques amateurs, aujourd’hui cela devient de vrais métiers. Bien entendu, le digital est au cœur de ces transformations, mais pas seulement. L’interculturalité, l’évolution rapide des business-models, les nouvelles formes d’organisation, etc, sont autant de vecteurs de modifications profondes des métiers.

Aussi, pour qu’une société entière s’adapte à ces nouveaux paradigmes, pour que des professionnels puissent changer 5, 10, voire 15 fois de métiers dans une vie, il faut qu’ils se forment en permanence. La formation professionnelle dans toutes ses dimensions est un facteur stratégique de compétitivité pour une nation comme le Maroc.

Quels sont les enjeux de transformation de la relation organisme de formation-entreprise ?

Nous sommes convaincus à ADALIA que cette augmentation de vitesse de la transformation des métiers a pour conséquence une modification de la relation de l’entreprise à l’organisme de formation. Les deux parties entretiennent pour l’heure une relation client-fournisseur qui – à notre sens- doit être réinventée. Nous pensons plus à une relation de partenariat, voire d’alliance stratégique. Certains pensent, quand ils voient des grandes entreprises, souvent américaines, déployer des systèmes de certifications professionnelles à leurs solutions, que celles-ci peuvent prendre demain ce marché de la formation. Nous ne le pensons pas. En effet, enseigner est un métier, cela requiert une organisation spécifique d’excellence pour associer les talents académiques, professionnels, d’organisation des études et d’ingénierie de formation propres à délivrer des enseignements de qualité. Certains pensent que les plateformes de e-learning, MOOC, ou autres, peuvent prendre la place des écoles. Nous pensons au contraire -en tout cas s’agissant d’Executive Education- que c’est bien dans la salle de classe que la connaissance peut réellement circuler. Mais ces certitudes nous mettent aussi devant une évidence : les établissements d’Executive Education doivent réinventer leur modèle, car il nous semble qu’ils sont de moins en moins adaptés aux besoins du tissu économique.

Que pensez-vous de la montée en gamme du secteur et des conditions de cette montée en gamme ?

Il y a, nous le pensons, une relation symbiotique entre une économie et son système de formation. Si une économie dans son ensemble opère une montée en gamme, son système de formation doit suivre. C’est le cas du Maroc. Nous savons que depuis la loi 01-00 régissant le secteur de l’enseignement supérieur, et les différents décrets d’application qui ont suivi et suivront dans les années qui viennent, des efforts importants de régulation ont été opérés dans le secteur. Par ailleurs, nous constatons avec intérêt l’implantation d’établissements étrangers de référence au Maroc. La conséquence de ces tendances est pour nous le développement d’écosystèmes d’enseignement plus denses et plus riches, liés à des bassins d’emploi dynamiques. Donc d’un certain point de vue, c’est une excellente nouvelle que le secteur montre des signes de montée en gamme. Cependant, nous restons prudents sur une dimension : celle de l’adéquation de cette montée en gamme par rapport à la réalité économique du pays, cette montée en gamme doit être équilibrée et correspondre aux besoins réels des entreprises. Je donne un exemple simple. Lors d’une réunion avec des dirigeants d’entreprises nous avons été mis face à un besoin très important sur le terrain, celui de disposer de commerciaux de qualité. Notre réponse a été bien entendu de concevoir des programmes de formation très précis pour former des jeunes Marocains et Marocaines aux techniques de vente. Si l’on avait réfléchi sous un angle «excellence pédagogique» à la façon d’un établissement étranger, ce type de formation n’aurait dès lors plus été réellement au cœur des attentions, on se serait concentré sur des formations en leadership ou en stratégie. Donc «importer» sans adaptation réelle des formations –certes d’excellence- venues de l’étranger, c’est risquer de ne pas correspondre aux besoins réels de l’économie marocaine. D’un autre côté, si ces mêmes établissements conçoivent des programmes spécifiquement pour le Maroc, adaptent le niveau de leurs formations (à la baisse donc), quelle est dès lors la valeur de leurs diplômes ? La montée en gamme du secteur est une nécessité, une obligation stratégique pour le Royaume, avec une approche adaptée.

Jusqu’à quel point les entreprises sont impliquées à vos côtés ?

Comme vous l’avez compris au travers des différents exemples que je vous ai cités, nous avons déjà établi des relations très étroites avec les entreprises s’agissant de l’identification des besoins de formation, et l’ingénierie de formation. Nous sommes également très proches d’elles s’agissant de l’élaboration d’études de cas et de témoignages professionnels. Enfin, nous sommes également proches d’elles s’agissant de l’identification de débouchés pour nos lauréats. Mais nous pensons que ce travail initial évident n’est que le début d’une autre aventure, celle d’une alliance nouvelle entre école et entreprise que nous appelons de nos vœux.