Fonds d’investissement : d’où vient l’argent et où va-t-il ?

40% seulement des fonds levés sont investis. Les secteurs des services, BTP et agroalimentaire brassent 78% des investissements. Les PME sont plus intéressées par des solutions aux soucis de trésorerie que par des partenariats stratégiques.

S’il est un constat qui fédère les professionnels de la private equity, c’est que la profession arrive à tirer son épingle du jeu en dépit d’un contexte global qui ne s’y prête guère. Seulement, plusieurs écueils empêchent, selon eux, les fonds d’investissement de s’imposer en tant que mode de financement à part entière.

Déjà, le «Smart Money» marocain est un métier relativement jeune, pratiqué par une vingtaine d’opérateurs et pèse environ 3,3 milliards de DH de fonds sous gestion pour un total fonds levés avoisinant les 8 milliards à fin 2011, soit un taux d’utilisation d’à peine 40%. Il s’agit d’un marché à prévalence de fonds d’investissements «généralistes». «Le marché marocain n’offre pas assez de profondeur pour l’émergence de fonds spécialisés», apprend-on de Brahim El Jai, président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (Amic). Près de la moitié des fonds exerçant au Maroc est logée à l’étranger avec une dominante pour les îles Maurice, l’Ecosse et le Luxembourg. Côté performance, les investisseurs peuvent espérer un taux de rendement interne de l’ordre de 18% après les 4 ans et demi que dure en moyenne leur investissement/accompagnement.«Ce qui constitue une prestation au-dessus du seuil psychologique du marché de 15%», si l’on s’en tient aux propos de M.El Jai.

Ces fonds puisent leurs ressources essentiellement auprès d’institutions financières (43%) et d’organismes  de développement internationaux (33%), et dans une moindre mesure auprès des caisses de dépôt (3%) et des holdings privés (4%). Les fonds levés sont investis principalement dans les secteurs des services (45%), du BTP (21%) et de l’agroalimentaire (12%) et dans une moindre mesure l’industrie automobile (10%) et l’industrie chimique (12%). «Nous sommes vraiment dans l’économie réelle, loin de faire de l’Excel», note M. El Jai en mettant en exergue les secteurs financés et le lien qu’ils entretiennent directement avec la création de valeur dans l’économie nationale.

120 entreprises financées dont 50% ont déjà fait l’objet de sortie

Cependant, et bien qu’en se déclarant aux antipodes des banquiers, les capital-risqueurs continuent de boycotter les entreprises en création, à l’instar des banques. C’est ainsi que les capitaux levés sont investis pour 88% dans des affaires en développement qui ont atteint une certaine vitesse de croisière et qui présentent un profil de risque maîtrisable. «Nous continuons d’assister à un inversement du modèle du capital investissement au Maroc. Ce dernier étant caractérisé par une abondance de l’offre en capital développement dont la demande se fait rare, alors qu’il y a rareté de l’offre sur le capital création qui enregistre une demande importante», remarque Khalid Azzouzi, directeur général du fonds d’investissement Dayam.

Par ailleurs, les montants désinvestis, c’est-à-dire récoltés lors des sorties du capital des entreprises financées, ont totalisé un volume record d’environ 500 MDH au titre des deux dernières années, hors exercice courant, et ce, suite à l’arrivée à échéance des fonds de première génération. Soulignons qu’à l’issue de la période que dure leur investissement, les fonds d’investissement peuvent quitter le capital de l’entreprise en cédant les titres sur la place boursière, ou en se faisant rembourser auprès des actionnaires, comme ils peuvent céder leur part à un autre fonds d’investissement, alternative qui n’est pas encore répandue dans le Royaume. Récemment, les gestionnaires des fonds d’investissement optent pour la cession de titres en Bourse (IPO) comme voie de sortie, notamment avec Jet Alu et S2M en 2011 et HPS en 2006. «Les fonds ont investi plus de 120 entreprises, dont 50% ont déjà fait l’objet d’exit. Une trentaine de sorties de capital s’est soldée par des échecs», résume M. El Jai.

Ces réalisations sont à considérer dans un contexte peu favorable à l’essor de ce moyen alternatif de financement, comme le déplorent les opérateurs tous azimuts. En effet, la classe d’actifs à laquelle adhèrent les fonds d’investissement n’est pas encore appréciée à sa juste valeur, peu vulgarisée, et sujette à amalgame avec d’autres instruments. Aussi, les cadres juridique et fiscal sont-ils peu incitatifs, selon les professionnels. De surcroît, ces derniers trouvent une résistance culturelle des chefs de PME qui refusent d’ouvrir leur capital à des tiers, qui sont plus intéressées par des solutions aux soucis de trésorerie que par des partenariats stratégiques, et pour qui le facteur temps n’est pas encore important dans leur processus de décision. «Ça nous prend parfois plus de deux ans pour entrer dans le capital d’une PME, avec tout ce que cela suppose comme charges de structure pour le fonds d’investissement», fait savoir, avec un air de regret, M. Azzouzi.

Nonobstant tous ces écueils, les gestionnaires des fonds d’investissement abordent le futur avec des propos confiants. En effet, la moitié des sociétés de gestion compte lancer de nouveaux fonds dans le futur proche. Aussi, l’ensemble de la profession s’accorde sur le développement probable du marché secondaire, ce qui est de nature à donner plus d’élan à la private equity qui voit se développer davantage le segment de la transmission.