Fondation BP pour le microcrédit / Zakoura : histoire d’un sauvetage

Depuis octobre 2008, Zakoura était en difficulté à  cause des crédits impayés.
Un rapport de la SFI en février avait insisté sur l’urgence de sauver l’entité dans l’intérêt de tout le secteur.

C’était prévisible, le secteur du microcrédit a entamé sa reconfiguration. Mais il l’a fait plutôt et surtout là où beaucoup ne s’y attendaient pas. Mardi 5 mai, ce sont la Fondation Banque populaire pour le microcrédit (FBPMC) et l’Association Zakoura, fondée par le pionnier en la matière, Noureddine Ayouch, qui ont ouvert le bal en annonçant leur mariage qui donne ainsi naissance à la Fondation Zakoura Chaâbi, sous la forme d’une fusion-absorption. Opportunité de croissance externe pour la FBPMC ? Certainement, mais également une opération de sauvetage de Zakoura, fortement mis à mal par les impayés et qui risquait, au vu de sa taille, de constituer un danger pour tout le secteur. Certes, le cas de Zakoura n’est pas isolé et le fait n’est pas nouveau…

Un portefeuille à risques de 123 MDH à l’automne dernier déjà
En octobre 2008, un rapport du Consultative group to assist the poor (CGAP), puis une enquête de Bank Al Maghrib, avaient tiré la sonnette d’alarme sur l’évolution inquiétante des impayés dans le secteur. En février 2009, c’était au tour de la Société financière internationale (SFI) d’attirer l’attention sur la même question suite à une étude menée auprès de quatre plus grandes associations de la place, notamment Al Amana, Zakoura, la FBPMC et la Fondep. L’étude de la SFI avait clairement établi la situation particulièrement inquiétante de Zakoura (voir encadré). Avec un portefeuille à risque (PAR) à plus de 30 jours de retard de paiement avoisinant les 11,6%, soit 123 MDH sur un encours d’un milliard DH, à fin octobre 2008, la fondation était pour ainsi dire au bord du gouffre. Déjà, en 10 mois, l’encours de ses crédits avait fondu de 500 MDH.
Il est fort probable que ce rapport ait été le déclic qui a finalement convaincu le fondateur de Zakoura de chercher une alliance. «Certes, nous sommes passés par des moments difficiles quand nous avons enregistré à partir de septembre des taux d’impayés importants», concède M. Ayouch, interrogé à ce sujet lors du point de presse du mardi 5 mai. Mais il assure qu’après avoir étoffé ses équipes en auditeurs et autres chargés de contrôle, le taux d’impayés a rechuté à moins de 0,67 % des engagements à fin avril 2009. Entre-temps, le management de Zakoura aura été presque entièrement reconfiguré dans l’espoir de lui donner une nouvelle vie en la professionnalisant. On se rappelle encore qu’en mars dernier la fondation s’était adjoint les services de plusieurs hauts cadres débauchés chez de grandes banques de la place.
Au début de ce même mois d’avril 2009, d’autres dysfonctionnements continuaient à entacher le fonctionnement de la fondation. Ainsi en est-il de la non séparation entre direction de la production et celle de gestion des risques. Une incompatibilité flagrante quand on sait que l’une est axée sur la distribution de crédits quand l’autre s’assure que le risque y afférent est supportable. Enfin, alors même qu’une attention particulière était portée aux opérations de recouvrement, la mise en place d’une équipe de 60 agents (cf La Vie éco du 13/04/09, www.lavieeco.com), censée recouvrer les impayés au titre des années 2006 à 2008, a tardé.

500 000 clients actifs et un encours de 2 milliards de DH
Ce qui devait donc arriver arriva. Ainsi, mardi 5 mai, Mohammed Benchaâboune et Noureddine Ayouch, respectivement présidents de la FBPMC et de Zakoura, ont franchi le pas en signant le protocole d’accord fixant les modalités de ce mariage. Par là même, c’est le coup d’envoi du processus de transfert de l’intégralité de l’activité de la fondation Zakoura à la FBPMC qui a été officiellement donné.
 La fusion de Zakoura avec la FBPMC donne naissance à une institution à la taille critique et surtout adossée à une grande banque de la place.
Les agrégats du nouvel ensemble n’ont pas encore été calculés, mais la fusion porte de fait la base clientèle à
500 000 clients actifs. De même, la nouvelle entité jouit de 800 points de présence et gère dans l’immédiat un encours de crédits de 2 milliards de DH. Tout cela propulse la fondation Zakoura Chaabi pour le microcrédit au 2e rang à l’échelle nationale après Al Amana avec laquelle elle pourra rivaliser. Autre chiffre à retenir, la nouvelle fondation bénéficie de la même part de marché en termes de clients actifs que le leader du secteur  (38 %) et elle le marque à la culotte s’agissant de l’encours des prêts, avec 36,5 % de parts de marché, contre 46,2%.
Dans un premier temps, l’assise financière sera renforcée par un apport de 490 MDH de la FBP.  Cette dotation s’ajoutera aux 160 MDH de fonds de dotation (équivalent des fonds propres pour une association) dont disposent déjà Zakoura. Les fonds propres de l’ensemble seront ainsi portés à 650 MDH. Une telle opération est  nécessaire pour améliorer les indicateurs financiers du nouvel ensemble et porter ses ratios d’endettement à des niveaux acceptables.
Question, quid des autres petites associations qui elles aussi sont confrontées à des difficultés ? Trouveront-elles des alliances, à l’image de Zakoura ? Pour le secteur, avec l’opération qui vient de se conclure, c’est déjà un risque de type presque systémique qui a été évité. Le reste viendra…naturellement.