Fiscalité, aérien, promotion… Les professionnels du tourisme réclament des mesures fortes

Les résultats de l’année 2012 sont jugés tout à  fait modestes par les opérateurs. Les arrivées et les nuitées devraient progresser de 1%, et le taux d’occupation se maintiendrait autour de 40%.

Dans le tourisme, les autorités de tutelle et les professionnels ne parlent pas toujours le même langage. L’analyse des résultats du secteur effectuée par la Fédération nationale du tourisme (FNT) et la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) qui ont, toutes les deux, tenu leur conseil d’administration le mercredi 16 janvier, est à l’antipode de la satisfaction exprimée par le ministère du tourisme et la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) sur l’évolution de l’activité en 2012. En se basant sur les derniers chiffres publiés à fin novembre, les deux organisations prévoient que «les arrivées et les nuitées devraient progresser de 1%, et que le taux d’occupation devrait se maintenir autour de 40%, tandis que les recettes baisseraient de 2%», par rapport à 2011. Cette situation s’explique par une baisse du pouvoir d’achat dans les principaux marchés émetteurs européens, le niveau de maturité atteint par le marché français qui reste le principal émetteur pour le Maroc et la baisse des dessertes aériennes durant la saison d’été 2012 de 22% par rapport à la même période de 2011, et de 16% durant la saison d’hiver 2012.

En dépit de cette conjoncture, le Maroc aurait pu mieux s’en sortir. Même si les réservations de packages ont augmenté de 17% de mai à octobre, soit beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale (+4%), d’après les statistiques des tour-opérateurs français (CETO), il n’a pas pu profiter réellement du net repli concédé par la Turquie (-14%), l’Egypte (-10%) et même l’Espagne (-15%). Se pose ici l’éternel problème de la promotion que les professionnels ressassent à longueur d’année.

Le financement est toujours problématique

Ce talon d’Achille du tourisme marocain est également mis en évidence pour expliquer le faible taux de pénétration des marchés allemand -en hausse- et anglais, relégués au second plan au profit des marchés émetteurs traditionnels (France, Espagne, Italie…..) qui sont pourtant en baisse. Du reste, la FNT parle de «la non-efficacité des campagnes de promotion, notamment la dernière en date («For more summer») réalisée sans concertation avec la profession». Bref, une réorientation s’impose.

En effet, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce que parmi les 10 principaux marchés internationaux en termes de dépenses de voyages pour les 9 premiers mois de l’année, on trouve la Chine en tête de peloton avec une hausse de 30% par rapport à la même période de 2011, suivie de la Russie avec +15%, les Etats-Unis (+9%), le Canada (+6%), l’Allemagne (+5%) et le Royaume-Uni qui, après une baisse ces dernières années, connaît une croissance de ses dépenses touristiques de 2%.

Que faire face à cette situation ? Apparemment, les professionnels ne manquent pas d’idées. Ils réclament une enveloppe budgétaire destinée à la promotion du secteur pour une période d’au moins trois ans avec l’objectif de récupérer les parts de marché perdues et améliorer ainsi le taux d’occupation des établissements d’hébergement classés. Les actions de promotion doivent en outre cibler davantage les marchés prometteurs. En même temps, un rééquilibrage de l’offre aérienne low-cost, charter et régulière s’impose.

Les opérateurs demandent aussi une exonération des charges sociales patronales pour permettre aux entreprises touristiques de maintenir leur personnel en activité. Plus largement, les hôteliers remettent sur la table une batterie de revendications qui n’ont jamais été totalement satisfaites tel l’alignement des tarifs de l’eau et de l’électricité pour les hôtels sur celui du secteur industriel, ou encore l’augmentation de la durée des crédits bancaires à 25 ans comme c’est le cas dans d’autres pays, sachant qu’aujourd’hui la durée de ces crédits n’excède pas 12 ans, sauf pour de rares projets. Ils voudraient également que la taxe de promotion touristique (TPT) et la taxe de séjour ne soient plus soumises au paiement de la TVA. De même qu’ils demandent à ce que les pourboires perçus par le personnel des établissements classés ne soient plus inclus dans l’assiette de l’impôt sur le revenu.

A propos des futurs instances de pilotage de la Vision 2020, c’est-à-dire le Conseil national du tourisme (CNT) et les Agences de développement touristiques (ADT), la FNIH, qui appuie cette démarche, insiste pour que ces instances soient composées de trois collèges : secteur public, secteur privé et élus, avec à leur présidence le secteur privé.
Le dialogue de sourds n’a que trop duré. Il revient donc à l’autorité de tutelle de trancher et vite.