Finances publiques : déficit élevé du solde primaire depuis 2010

Le solde primaire commande dans une assez large mesure l’évolution à  la hausse ou à  la baisse du ratio de la dette par rapport au PIB. S’il faut éviter l’emballement du taux d’endettement, il vaut infiniment mieux le faire avant qu’il n’atteigne des niveaux difficilement soutenables.

Le Trésor a levé récemment 750 millions de dollars (environ 6,5 milliards de DH) en utilisant la ligne ouverte à la fin de l’année 2012 lorsqu’il avait emprunté 1,5 milliard de dollars. C’est bien par rapport au déficit de liquidité que connaît le marché, mais c’est évidemment très insuffisant : ça couvre moins d’une semaine d’importations de biens et services. Compte tenu des besoins de financement estimés à 6,8% du PIB pour cette année 2013, soit quelque 60 milliards de DH, et de la nécessité de maintenir le niveau des réserves de devises au moins à 4 mois d’importations de biens et services, la question est alors de savoir si le Trésor ne sera pas amené, de nouveau, à emprunter sur les marchés extérieurs. Ce sera très probablement incontournable, mais l’autre question qui se poserait alors est relative au poids de la dette dans le PIB et à l’effet boule de neige que cela pourrait créer par l’augmentation des charges d’intérêts en conséquence de l’augmentation du stock. D’où la nécessité de ne pas laisser trop filer le taux d’endettement.

Il se trouve que, depuis 2010, le solde primaire dégage des déficits dont les niveaux ne permettent pas de stabiliser le taux d’endettement. D’ailleurs, c’est cette année-là qu’est intervenue la rupture dans le processus baissier du niveau d’endettement du Trésor entamé depuis 2000. La dette du Trésor, en proportion du PIB, a en effet baissé de façon quasiment ininterrompue entre la fin de la décennie 90 et l’année 2009. En 2010, le taux d’endettement du Trésor est brusquement passé à 50,3% du PIB, alors qu’il n’était que de 47,1% en 2009. 3,2 points de plus en une année ! C’est qu’en 2010, le déficit budgétaire global venait d’enregistrer son plus haut niveau en dix ans (-4,7%). Surtout, le solde primaire, excédentaire en moyenne sur la période 2000/2009, avait dégagé en 2010 un déficit de 2,4%. Or, compte tenu du coût de la dette et du taux de croissance réalisé (en valeur), il fallait au contraire un excédent primaire d’au moins 0,4%, seulement pour stabiliser le taux d’endettement à son niveau de l’année précédente.

En 2011, grâce à une progression du PIB courant de 5%, un déficit primaire de seulement 0,3% aurait suffi à stabiliser le poids de la dette à 50,3% du PIB, soit son niveau de 2010. La réalité, c’est que le solde primaire était déficitaire de 3,7% du PIB. Par conséquent, le taux d’endettement a augmenté, cette fois, de 3,4 points en une année pour se situer à 53,7% du PIB. Et si en 2012 le taux d’endettement s’est encore accentué, approchant désormais les 60% du PIB, c’est parce que le solde primaire a été négatif de 5 % du PIB, alors qu’un excédent de 0,5% était nécessaire pour stabiliser le taux à 53,7% du PIB.

Des choix douloureux dans tous les cas…

Autrement dit, le solde primaire commande dans une assez large mesure l’évolution à la hausse ou à la baisse du ratio de la dette par rapport au PIB. Or, ces trois dernières années, comme on vient de le voir, il enregistre des déficits chaque année plus élevés. Bien entendu, et il faut clairement le souligner, le taux d’endettement du Trésor, pour l’instant, n’est pas si élevé que cela. Mais c’est la tendance à la hausse apparue ces dernières années qui retient l’attention ; en particulier le rythme accéléré de cette hausse. D’où l’intérêt de freiner ce mouvement. Quand l’Italie, pour prendre un exemple, avait atteint un taux d’endettement public de 120% du PIB à la fin des années 90, elle avait dû s’imposer depuis, et de manière continue, une discipline budgétaire lui permettant de dégager chaque année des excédents primaires. Mais c’était déjà trop tard en quelque sorte, car l’effort déployé pour stabiliser le taux d’endettement, voire le diminuer un peu, était si important (compte tenu du niveau de la dette) qu’il a affecté négativement l’économie italienne. Ce qui a conduit à s’endetter de nouveau, de sorte qu’en 2012 l’endettement du pays équivalait à 127% du PIB. Et pour 2013 et 2014, les autorités italiennes ont déjà déclaré qu’elles emprunteraient 40 milliards d’euros, à raison de 20 milliards d’euros chaque année (voir encadré).

Cela veut dire que s’il faut éviter l’emballement du taux d’endettement, il vaut infiniment mieux le faire avant qu’il n’atteigne des niveaux difficilement soutenables. On peut dire la même chose de la compensation : la réforme eût été incomparablement plus aisée, en tout cas un peu moins problématique à mener si elle avait eu lieu quand les charges (jusqu’en 2005/2006) atteignaient tout au plus une douzaine de milliards de DH.

Cela dit, agir sur le solde primaire suppose, soit de couper dans les dépenses (lesquelles ?), soit d’augmenter les recettes, ou encore de laisser filer l’inflation. Mais quel que soit le choix qui devra être fait, ce sera un choix…douloureux.